Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a averti les responsables britanniques, vendredi 1er décembre à Dublin, que toute offre sur la frontière irlandaise jugée insuffisante par le gouvernement irlandais le serait aussi par les Vingt-six.
Ce n’est qu’à cette condition que pourront être adoptées, mi-décembre, des lignes directrices sur la période de transition et le futur partenariat UE/Royaume-Uni post-Brexit,
« Si l’offre est jugée inacceptable pour l’Irlande, alors elle le sera aussi pour l’UE », a mis en garde M. Tusk. Il a reconnu qu'une telle position était peut-être « difficile à comprendre pour les responsables politiques britanniques ». « Mais l’Irlande est un membre de l’UE à part entière » alors que « le Royaume-Uni part », a-t-il insisté.
Donald Tusk était venu discuter de l’état des négociations avec le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar. Ce dernier a estimé que « certains bons progrès » avaient été obtenus sur la question irlandaise, notamment sur le respect de la zone commune de voyage ou le respect de l’équilibre de l’accord du Vendredi saint. La meilleure solution aurait été que le Royaume-Uni reste dans l’Union douanière, mais, comme l’option a été écartée, il faut parvenir à des solutions concrètes et qui puissent marcher en pratique, a estimé le Premier ministre irlandais, comme il faut éviter les divergences dans l’application des règles du marché intérieur et de l’Union douanière qui sont, elles, appliquées en Irlande.
« Les prochains jours seront cruciaux », a ajouté Leo Varadkar, qui sera prêt à faire preuve de « fermeté » si les offres britanniques sont en deçà des attentes.
Vendredi matin, c’est le ministre des Affaires étrangères, Simon Coveney, qui avait donné le ton en affirmant qu’il estimait faisable de parvenir à un accord lors du Sommet de décembre, mais « nous ne sommes pas encore où nous devrions être ». Le ministre a estimé cependant que ce pourrait être le cas dans les prochains jours.
« Sur l'Irlande, il y a encore beaucoup de choses à faire. Nous voulons être positifs, mais nous insistons aussi sur le fait qu'il ne peut y avoir de frontière », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.
« L’Irlande comme les Vingt-sept ont la volonté de passer à la seconde phase, mais il faut plus d’efforts », insistait encore une autre source à Bruxelles.
Simon Coveney a répété vendredi qu'« avant d'aller de l'avant dans les négociations », Dublin souhaitait obtenir la garantie écrite de Londres qu'une frontière physique ne serait pas rétablie avec l'Irlande du Nord. « Si l'Irlande du Nord quitte l'UE, ce qu'elle fera en tant que membre du Royaume-Uni, le gouvernement britannique a l'obligation d'assurer que les gains durement acquis au cours des vingt dernières années seront protégés et maintenus », a-t-il déclaré.
« On ne peut pas nous demander de sauter dans le vide en ouvrant la deuxième phase des négociations en espérant que ces problèmes seront résolus » ultérieurement, a-t-il ajouté, demandant des « garanties » pour le maintien en Irlande du Nord des règlementations actuelles, notamment en matière de sécurité alimentaire.
Vendredi après-midi, un groupe de travail 'Article 50' se réunissait au Conseil avec l’objectif d’évaluer les avancées et de guider la Commission européenne dans la décision qu’elle rendra le 6 décembre. Le collège étudiera en effet s’il est possible de recommander le passage à la phase des pourparlers commerciaux. Cela, alors qu’un délai a été donné à Mme May jusqu’au 4 décembre pour présenter tous les éléments demandés par la partie européenne. (Solenn Paulic)