Convaincues que la séquence actuelle est plus propice au débat sur l'avenir de l'Union européenne, plusieurs forces politiques du Parlement européen ont exprimé leurs attentes, mardi 12 septembre, à la veille du discours annuel sur l'état de l'Union du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.
« Il faut faire le bilan, montrer que nous sommes capables d'avoir des résultats sur les questions économiques et migratoires », a déclaré le chef de file du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber. Selon lui, les circonstances actuelles constituent « une chance à saisir » pour réaliser des percées en matière d'intégration européenne. Pour son homologue du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella, « la scène politique européenne que nous avons face à nous s’est sensiblement améliorée ». « Après le Brexit, un vent nouveau souffle sur l’UE et le citoyen européen commence à bien comprendre aujourd’hui que l’Union est beaucoup plus positive que la désunion », a-t-il ajouté, mettant en garde contre tout sentiment de complaisance. Le leader du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, a estimé que les attentes des citoyens envers une réforme de l'UE, qui se seraient exprimées lors des récentes élections dans les États membres, constituent « la grande différence avec l'année dernière ». D'après lui, après avoir surtout fait de la gestion de crise, la Commission 'Juncker' doit désormais identifier « quelles réformes sont nécessaires pour les deux ans à venir ».
Le coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, a justement tourné en dérision le discours ambiant selon lequel « tout va bien » : on n'a pas eu de raz-de-marée populiste, l'Eurobaromètre fait état d'une confiance qui revient, la croissance économique est de retour... Certes, en France, M. Macron a été élu (et interviendra en octobre devant l'hémicycle à Strasbourg, NDLR), mais « franchement ce n’est pas une grande victoire », a-t-il estimé. Dans la même veine, Patrick Le Hyaric (GUE/NGL, français) a critiqué les élites qui croient l'Europe sortie d’affaire parce qu’après le Brexit, des montées populistes ont été évitées, alors qu'elles « sous-estiment la nature de la crise européenne ». Il a fustigé ces initiatives européennes comme l'accord de libre-échange avec le Canada qui mènent les citoyens « dans le mur de l’injustice sociale et climatique ». Et d'insister : « la croissance reprend, mais la croissance pour qui ? »
Plusieurs groupes politiques ont cité plusieurs dossiers sur lesquels la Commission européenne devrait se concentrer pour obtenir des résultats probants lors des dix-huit mois utiles d'ici à la fin de la présente législature.
Dressant le bilan des six premiers mois de son mandat, le président du PE, Antonio Tajani, a estimé que la priorité numéro 1 était de parvenir à un accord interinstitutionnel sur la réforme en cours du système dit de Dublin sur le droit d'asile (voir autre nouvelle).
Pour M. Weber, les Européens ne peuvent plus faire comme si de rien n'était dans leurs relations avec la Turquie. Le Parlement s'est prononcé pour la suspension des négociations d'adhésion à l'UE, mais les États membres sont loin d'être unanimes sur cette question (EUROPE 11857). Sur la question migratoire, le chef de file du PPE au PE a demandé que tous les États membres respectent le récent arrêt de la Cour légitimant le mécanisme temporaire de relocalisation de demandeurs d'asile depuis la Grèce et l'Italie (EUROPE 11856).
Le groupe S&D a plaidé pour plus de justice sociale et fiscale, afin notamment que les géants de l'Internet paient leur juste part d'impôts là où ils réalisent leurs activités. M. Pittella évoquera, mercredi en plénière, la question de l'État de droit et des mesures arbitraires des gouvernements polonais et hongrois. Les sociaux-démocrates prônent également un approfondissement de la gouvernance de la zone euro avec la création d'un ministre des Finances européen qui surveille les finances publiques et soit aussi le gardien de l’emploi et d’une politique de cohésion. Quant à la question migratoire, ils souhaitent un équilibre entre mesures renforçant la sécurité et accueil des migrants, par exemple, en mettant en place des canaux légaux de migration. (Mathieu Bion et Marion Fontana)