Les ministres des Finances de la zone euro aborderont, une nouvelle fois, vendredi 7 avril à La Valette, les négociations en cours entre Athènes et ses créanciers institutionnels dans le cadre du 3ème plan de sauvetage grec, mais aucune décision politique ne semble attendue au mois d'avril.
« Aucune décision significative n'est à attendre » à La Valette, a confirmé une source européenne, mardi 4 avril. Selon elle, ce sont toujours les mêmes points d'achoppement de nature politique - réformes fiscale et des retraites, privatisation du secteur de l'électricité - qui empêchent la finalisation de la 2ème mission de suivi du 3ème plan de sauvetage, malgré l'intensification des négociations depuis le dernier Eurogroupe (EUROPE 11749).
Ce haut fonctionnaire a mis en garde contre toute procrastination qui renverrait la recherche d'un accord à après juillet, alors que la Grèce fera face cet été à un pic de remboursement de plus de 6 milliards d'euros, voire même à après les élections législatives allemandes de fin septembre. Il serait « improductif et inutile » de spéculer sur la possibilité d'outrepasser la date limite de juillet, voire au-delà, car cela serait « extrêmement nocif » pour la reprise qui s'amorce en Grèce et la confiance des acteurs économiques, a-t-il souligné.
Une fois un accord trouvé au niveau technique sur les mesures que le gouvernement grec appliquera pour respecter ses engagements budgétaires (excédent primaire de 3,5% du PIB) en 2018 et au-delà, les ministres devront décider combien de temps Athènes devra tenir un excédent budgétaire et à quel niveau, et ils devront aussi discuter de mesures d'allègement à moyen terme de la dette grecque à appliquer mi-2018.
On ne peut pas demander à la Grèce de tenir un excédent budgétaire élevé « pendant des années et des années » car cela pénaliserait la croissance, a considéré le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, face à un hémicycle du Parlement européen particulièrement remonté contre les créanciers d'Athènes. Il a fait état de négociations entre le gouvernement grec et les représentants des créanciers institutionnels, qui devaient avoir lieu dans la soirée à Bruxelles, la réunion de La Valette devant simplement servir, selon lui, à mesurer « le long chemin » parcouru depuis février.
Sur la réforme du marché du travail, le commissaire a redit l'attachement de la Commission au modèle social européen, appuyant le rétablissement de « systèmes de négociations collectives efficaces » qui respectent les meilleures pratiques européennes. Il a plaidé pour plus de concurrence dans le marché de l'énergie « dans l'intérêt de tous les consommateurs », se référant à de précédentes décisions de justice.
Finaliser la 2ème mission de suivi du 3ème plan de sauvetage grec permettrait à la Grèce de rembourser en partie ses arriérés des paiements et de bénéficier de l'opération 'quantitative easing' de rachat de titres publics de la BCE, chose cruciale pour envisager plus sereinement la sortie du plan d'aide mi-2018.
Présidence de l'Eurogroupe. La question de la présidence de l'enceinte informelle des ministres de la zone euro ne serait pas à l'ordre du jour de la réunion de La Valette. La situation de l'actuel président de l'Eurogroupe, M. Dijsselbloem, est devenue intenable (voir aussi autre nouvelle) après ses remarques clivantes et sexistes et sachant qu'il ne devrait pas figurer dans le prochain gouvernement 'Rutte'.
Les ministres seront informés de la concrétisation de l'union bancaire en zone euro en présence des présidentes du Mécanisme unique de supervision (SSM), Danièle Nouy, et du Comité de résolution unique (SRB), Elke König. La première devrait intervenir sur la question des créances bancaires douteuses ('non performing loans') et la seconde sur les contributions du secteur bancaire au Fonds européen de résolution et l'état de préparation des plans de résolution par les banques de l'UE.
Ne serait en revanche pas discutée la création du filet de sécurité ('backstop') pour doter, à tout moment, le Fonds unique de résolution des moyens suffisants.
Enfin, en vue des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, l'Eurogroupe discutera des évolutions récentes liées au taux de change. Il sera informé de la dernière mission de suivi ex post du plan de sauvetage chypriote (EUROPE 11760). (Mathieu Bion)