Le Parlement européen s’apprête à adopter, mercredi 5 avril à Strasbourg, une résolution très ferme sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les principaux groupes politiques, le PPE, le S&D, l'ADLE et les Verts/ALE, rejoints mardi après-midi par la GUE/NGL, devant rappeler dans ce texte leurs lignes rouges concernant la négociation qui s’ouvrira en théorie le 22 mai entre Londres et l’UE. Le Parlement européen devra donner son avis conforme à la fin du processus et ses familles pro-européennes espèrent pouvoir imposer leurs vues.
Le contenu de cette résolution avait déjà été dévoilé le 29 mars par le président du Parlement européen, Antonio Tajani, et le négociateur du PE pour le 'Brexit', Guy Verhofstadt. Les deux hommes avaient insisté sur le respect des droits des citoyens européens vivant au Royaume-Uni et le principe de non-discrimination entre les citoyens britanniques vivant dans l'UE et les citoyens de l'Union vivant au Royaume-Uni.
Ils avaient aussi insisté sur le règlement des aspects financiers, le gouvernement de Londres étant tenu de respecter tous ses engagements budgétaires ainsi que sur la résolution de la question de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.
Mardi matin, lors de points presse, les groupes politiques du PE ont renouvelé ces demandes. L'Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE, a insisté sur l’importance pour les Vingt-sept et pour les institutions européennes de se montrer unis dans ces négociations et de ne pas se diviser.
Pour le PPE, le mot d’ordre est « les citoyens d’abord » et le PPE n’acceptera jamais des différences de traitements entre les citoyens européens. Il n’y aura pas de citoyens de première et seconde classe. En ce qui concerne la facture britannique, il est aussi hors de question que les citoyens européens assument le coût de ce départ, a observé Mandred Weber.
Quant au futur accord commercial que Londres souhaite contracter avec l’UE, le tempo fait consensus au sein du PE, à savoir que cette discussion n’aura lieu que si les modalités du divorce avec l’UE ont bien avancé. Et tout dumping fiscal ou social ne sera pas acceptable, a ajouté Manfred Weber.
La ligne défendue par les S&D est similaire, Gianni Pittella (italien) s’étant félicité de la large convergence de vues des groupes politiques. L’Italien a rappelé quelques principes comme le fait qu’aucun pays ne peut être mieux traité que les États membres eux-mêmes. La porte de l’UE restera aussi toujours ouverte aux Britanniques s’ils veulent revenir. Mais le divorce pour l’heure aura un coût et Londres devra s’en acquitter.
Mercredi, le PE devrait adopter cette résolution avec une large majorité. Mardi après-midi, des amendements étaient en préparation notamment sur la question de Gibraltar, a expliqué une source, mais ces « amendements ne devraient pas passer ».
Les autres groupes ont déposé des résolutions alternatives, comme le groupe CRE. Les eurosceptiques dirigés par le Britannique pro-'Brexit', Syed Kamall, pensent que l’objectif principal de ces négociations est l’établissement d’un partenariat spécial et renforcé à long terme.
Le groupe CRE veut d’ailleurs que les discussions sur ce futur accord commencent au plus tôt et soient menées parallèlement aux discussions sur le divorce. S’il faut régler de manière prioritaire la question des droits des personnes affectées par le 'Brexit', le groupe est d’avis que « les négociations devraient viser immédiatement à façonner une relation économique approfondie à long terme qui favorisera de manière pragmatique la prospérité des 28 États ».
Il note aussi dans son projet que le 'Brexit' « devrait amener une réflexion profonde sur la situation de l’Union européenne elle-même ».
Le groupe ELDD juge, pour sa part, dans sa résolution, que tout futur accord doit exclure la libre circulation des personnes, car, sinon, cela reviendrait à trahir la volonté des électeurs britanniques. Il souligne aussi que le 'Brexit' « pourrait encourager d’autres pays à se retirer également » et que la sortie de l’Union « présente un potentiel économique et démocratique important ». (Solenn Paulic)