Le nouveau président de l’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier, a critiqué, mardi 4 avril à Strasbourg lors d'une séance solennelle au Parlement européen, la décision britannique de quitter l'Union européenne et il a appelé à mener la résistance contre les populistes.
M. Steinmeier s’est montré déterminé à défendre l’Europe contre « les prophètes de l’apocalypse »: « Je veux l’Europe, comme le veut une majorité d’Allemands. Nous ne voulons pas d’un retour en arrière dans un passé maudit ». « Il est irresponsable d’essayer de faire croire aux gens que les dangers comme le terrorisme ou le changement climatique peuvent être écartés via des murs et des barricades », a lancé l’homme d'État allemand, membre du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), qui a réservé au Parlement son premier discours en dehors de l’Allemagne en tant que président.
M. Steinmeier a fait état de son amertume après la décision des Britanniques de quitter l'UE. Il a évoqué la Déclaration de Rome, signée par les Vingt-sept fin mars, insistant sur le fait que « nous sommes unis et plus forts ensemble » (EUROPE 11754). « C’est un héritage sur lequel nos enfants peuvent bâtir leur avenir » et il ne faut pas le remettre aux opposants de l’Europe, a dit l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères du pays, très applaudi au sein de l’hémicycle.
Selon le président allemand, l’Europe traverse une période difficile et des efforts sont nécessaires pour réaliser ce qui est inachevé en Europe. « Nous devons jeter des ponts au-dessus des tranchées », a-t-il notamment souligné. Renforcer le marché intérieur, protéger les victimes de la mondialisation, renforcer notre force innovatrice et notre créativité : telles sont les actions à entreprendre, a estimé M. Steinmeier. C’est ainsi que l’on pourra retirer le terrain fertile des populistes qui prétendent que quitter l’UE permet à un État de retrouver sa pleine souveraineté.
M. Steinmeier a dit oui à une Europe plus forte mais qui laisse l’espace aux pays qui ne peuvent pas participer encore pleinement à davantage de construction européenne. Il a soutenu la solidarité européenne à l’égard des pays en crise, cette solidarité européenne devant soutenir et non pas remplacer les efforts nationaux. Quant à l’hégémonie allemande supposée en Europe, il a estimé que la puissance de l’Europe ne saurait se fonder sur le leadership d’un seul pays.
Sur l’élargissement, le président allemand a estimé que, « sans l’intégration de nos voisins à l’Est et au Sud, il n’y aura pas d’ordre pacifique durable sur ce continent ». (Lionel Changeur)