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Bulletin Quotidien Europe N° 11734
Sommaire Publication complète Par article 32 / 32
BIBLIOTHÈQUE EUROPÉENNE / Bibliothèque européenne

N° 1172

***   MICHEL CATALA, STANISLAS JEANNESSON, ANNE-SOPHIE LAMBLIN-GOURDIN (sous la dir. de) : L’Europe des citoyens et la citoyenneté européenne. Evolutions, limites et perspectives. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, CH-3012 Berne. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : info@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Dynamiques citoyennes en Europe ». 2016, 457 p., 82,50 €, 66 £, 107,95 $. ISBN 978-3-0343-2007-8.

Une citation et un paradoxe illustrent la pertinence de cet ouvrage, fruit d’un colloque organisé voici deux ans et demi à l’Université de Nantes. Dans leur introduction, le Pr. Michel Catala (qui enseigne l’histoire dans cette Université) et Anne-Sophie Lamblin-Gourdin (maître de conférences en droit public à l’Université de Bretagne-Sud) se souviennent d’Henri Brugmans qui, lors du Congrès de La Haye de mai 1948, avait jugé qu’une « opinion politique européenne » serait indispensable pour assurer la légitimité démocratique de la construction européenne fédérale qu’il appelait de ses vœux, le futur premier recteur du Collège d’Europe de Bruges précisant aussitôt : « Et cette opinion politique européenne ne sera pas faite de la somme des opinions nationales additionnées », mais bien « un élément sui generis, un phénomène nouveau dans l’histoire, une prise de conscience durable des Européens en tant que tels, la découverte d’un citoyenneté commune ». Quant au paradoxe, il est relevé par Arnaud Leclerc dans les conclusions qu’il tire en fin d’ouvrage, constatant que 2013 avait été proclamé « année de la citoyenneté » par les institutions européenne, mais que personne n’avait « osé fêter les 20 ans de la citoyenneté européenne », devenue réalité le 1er janvier 1993 lors de l’entrée en vigueur du Traité de Maastricht.

C’est à mesurer le chemin parcouru depuis le lancement de la citoyenneté européenne, à jauger la manière dont les citoyens se sont approprié celle-ci et, de manière plus large, à vérifier la place qui a été reconnue par les autorités nationales et européennes à ces derniers dans le cadre de l’Union que s’emploient les vingt-huit experts académiques (de disciplines diverses) réunis dans ces pages. Une première partie revient d’abord sur la citoyenneté dans l’histoire de l’idée européenne et de son unification, de l’entre-deux-guerres au début des années 90. Exercice utile qui permet de recroiser, entre autres, Julien Benda, Coudenhove-Kalergi, Thomas Mann, Raymond Aron, Jean Monnet et Altiero Spinelli. A propos de ces derniers, Bertrand Vayssière rappelle notamment que les deux hommes s’appréciaient assez peu : « Jean Monnet a le grand mérite d’avoir construit l’Europe et la grande responsabilité de l’avoir mal construite », aurait ainsi observé Spinelli, l’historien de l’Université de Toulouse Le Mirail revenant aussi sur le « curieux paradoxe d’un père qui n’est pas reconnu par ses propres enfants », à savoir les Français. Les quatre parties suivantes voient ensuite des auteurs aborder la constitution d’une citoyenneté européenne, ses réussites et ses limites sous plusieurs angles, à savoir par le droit, par les politiques publiques, par la participation politiques et, enfin, par les espaces et débats publics. On y trouve notamment des regards particulièrement éclairants sur « le rôle de la politique d’enseignement des langues dans la construction de la citoyenneté européenne » et une analyse critique bien sentie des subventions accordées par l’Union sans qu’émerge un média radiophonique européen digne de ce nom.

La partie la plus jouissive intellectuellement que réserve cet ouvrage réside toutefois dans le chapitre conclusif d’Arnauld Leclerc. Précédant la retranscription des échanges lors d’une table ronde ayant notamment réuni les professeurs Gérard Bossuat et Jean-Marc Ferry autour du thème « Quelle(s) citoyenneté(s) pour quelle Europe ? », cette contribution porte sur « la citoyenneté européenne en temps de crise ». Il est peu de dire que celui qui enseigne la science politique à l’Université de Nantes ne mâche pas ses mots pour décrire une crise de l’Europe « qui dépasse – et de loin – la seule dimension économique », le vrai problème étant que « l’Europe est en panne d’imagination », elle qui « ne se présente plus, ni ne se vit plus comme un projet ». Cette Europe qui « exaspère » et « désespère » y compris dans les rangs de ses aficionados traditionnels alimente bien sûr l’euroscepticisme, voire carrément l’europhobie, ce qui pourrait être une donnée positive puisque, comme l’a relevé l’historien Bernard Bruneteau lors de la table ronde, cela peut être interprété comme « une composante de la citoyenneté européenne active ». Par contre, ce qui est gravissime, c’est que l’Europe travers « surtout une crise de sens, c’est-à-dire une crise de la finalité de son projet politique ». Arnauld Leclerc a des mots d’une dureté implacable pour dénoncer les décisions qui ont été prises – « en catimini, en court-circuitant le débat public » – par les autorités au cœur de la crise, imposant à l’Union européenne rien de moins qu’un « recul démocratique ». Est-il utile de se demander, dès lors, pourquoi la citoyenneté européenne est plutôt en berne aujourd’hui ? Michel Theys

*** CORINNE DORIA, GERARD RAULET (sous la dir. de) : L’espace public européen en question / Questioning the European Public Sphere. Histoire et méthodologie / An Historical and Methodological Approach. Presses Interuniversitaires Européennes/Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761717 – Courriel : info@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Pour une histoire nouvelle de l’Europe », n° 1. 2016, 225 p., 45 €, 36 £, 58,95 $. ISBN 978-2-87574-288-9.

Que Robert Schuman, Jean Monnet et les autres « pères fondateurs » aient eu pour projet véritable de créer en Europe « un espace culturel commun, reconnu comme tel par ses citoyens », est une évidence pour ceux qui acceptent de regarder l’histoire sans œillères nationalistes. Pourtant, force est de constater avec les coordinateurs de cet ouvrage que les Etats ont fait de la résistance et que, « au cours des soixante dernières années, l’Europe s’est pour l’essentiel construite comme espace politique, juridique et économique ». Pourtant, les historiens, philosophes, sociologues et juristes réunis dans ces pages après l’avoir été physiquement lors d’une rencontre organisée en 2014 à Paris dans le cadre d’un projet de recherches intitulé « Ecrire une histoire nouvelle de l’Europe » en sont persuadés, un espace public européen est bel et bien en cours de reconfiguration et justifie qu’on tente d’en saisir précisément la nature et la portée. Dans leur chapitre introductif, les historiens Corinne Doria et Gérard Raulet, tous deux actifs au sein de l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne (Mme Doria enseignant aussi à l’Università degli Studi de Milan) commencent par rappeler très utilement combien l’espace public est une « notion polysémique », étant chargée de significations différentes selon les époques et selon les domaines scientifiques. Ils montrent aussi que la notion d’un « espace public européen » fait l’objet d’interprétation différentes et même divergentes, certains en voyant la trace dans la « République des Lettres » des siècles précédents, d’autres prétendant que cet espace n’a jamais existé ; certains jugent qu’il n’existe pas encore mais est « destiné tôt ou tard à apparaître », ce que réfutent ceux qui estiment que font défaut « une langue commune et une identité européenne ressentie comme telle par les citoyens ». C’est à apporter un peu de clarté sur ce sujet que s’emploient les auteurs, quatre d’entre eux exposant dans un premier temps les outils sociologiques, politologiques et juridiques permettant d’appréhender la problématique. Trois contributions tendent ensuite à démontrer que les prémices de la conception contemporaine de l’espace public européen ont pris corps lors du « siècle des nationalités » qu’a été le XIXe siècle, notamment grâce à l’action de Joseph de Maistre. Dans la quatrième partie, la conscience européenne se voit confrontée aux dimensions du monde vécu, notamment à la lumière de la guerre d’Algérie, la cinquième et dernière partie invitant au même exercice par rapport à des combats aujourd’hui menés au nom de l’environnement et du refus du nucléaire. (MT)

 *** PAOLO BIANCHINI, ROBERTO SANI (sous la dir. de) : Textbooks and Citizenship in Modern and Contemporary Europe. Peter Lang (32 Hochfeldstraße, CH-3012 Berne. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : info@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). 2016, 217 p., 57,50 €, 46 £, 74,95 $. ISBN 978-3-0343-1335-3.

Focalisés sur la production et l’utilisation des manuels scolaires dans différents pays (Italie surtout, mais aussi Espagne, Grèce, Roumanie et Turquie) et à des périodes différentes, les essais rassemblés dans ce livre mettent en lumière certains moments importants pour l’évolution de ces manuels. De la sorte, les auteurs permettent que soit mieux comprise l’histoire de l’éducation puisqu’ils montrent notamment comment les matières scolaires ont, à travers les contenus des ouvrages, servi à influencer les étudiants aux différents niveaux d’enseignement. De la sorte, ils montrent aussi que l’école reste décidément l’un des moyens les plus puissants de formation et d’orientation. (PBo)

*** ANTONIS ANDROULIDAKIS : Les aspects socio-psychologiques de la crise grecque. Editions Nissides (3 rue Desperai, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0236575 – Courriel : info@nissides.gr – Internet : http://www.nissides.gr ). 2016, 212 p., 12,72 €. ISBN 978-618-5228-05-7.

Pourquoi la Grèce ne crée-t-elle pas et n’est-elle pas autorisée à le faire ? Pourquoi la crise conduit-elle à de la résignation existentielle ou presque ? Quel était le profil anthropologique du Grec qui a dominé le pays après la fin de la dictature (1974 ? Quel a été le nouveau rôle de la famille, de la mère en particulier, et comment l'autonomie a-t-elle contribue au déficit ? De quelle manière les Grecs ont-ils maximisé leur handicap national avant d’être pris au piège dans un échec collectif invisible ? Quel est aujourd’hui le vrai traumatisme collectif qui les affecte ? Existe-t-il des incompatibilités fondamentales entre le monde contemporain et le style de vie grec ? L’européanisme est-il la maladie enfantine de l’hellénisme, les Grecs ayant été amenés à cultiver un caractère occidental qui n’est pas le leur ? Comment le syndrome de l’euro a-t-il fait le lit d’une normalisation autoritaire et quelles pourraient être les effets psychologiques de la crise sur les générations futures ? Les mémorandums peuvent-ils entraîner une dépendance psychologique et, surtout, pourquoi ont-ils laissé le peuple sans réaction notable ? Comment le pays peut-il diviniser les droits de l'homme alors que l'homme grec est « piétiné » ? Quels sont les éléments à la base de la collégialité grecque moderne et est-il possible de répondre à la rationalité instrumentale occidentale avec « l’amour » ? Enfin, est-il permis que l’impasse actuelle soit prometteuse de quelques privilèges à l’avenir ? Telles sont les principales questions auxquelles, dans ce livre, sont apportées des réponses par un philosophe et psychothérapeute ayant promu les concepts d'humanisation de l'organisation du travail et le municipalisme comme bases d’un nouveau modèle culturel. (AKa) 

*** ANDREAS ANDRIANOPOULOS : La liberté narrative. Cri d'angoisse pour l'avenir. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet : http://www.epikentro.gr ). 2016, 296 p., 16 . ISBN 978-960-458-660-8.

Pour sortir de l’impasse budgétaire actuelle, il existe d'autres solutions que celles imposées à la Grèce. Loin de l'étatisme qui a contribué à plonger durablement les Grecs dans un cauchemar socio-économique sans nom, il est des options qui peuvent ouvrir la voie à une nouvelle période de croissance et de prospérité. Pourquoi ne sont-elles pas promues par le monde politique grec ? Tout simplement parce qu'elles ne conviennent pas aux clientèles des partis qui ont colonisé le secteur public de l'économie afin d’influencer l'opinion publique. Dans cet ouvrage, un politologue qui a été à plusieurs reprises ministre dans des gouvernements comprenant la Nouvelle Démocratie analyse soigneusement et compréhensibles pour le plus grand nombre les causes profondes de l’impasse avant de formuler quelques solutions simples qu’il juge raisonnables et réalisables. Il aborde aussi des sujets tels que le problème des réfugiés – à la lumière des faiblesses de l'Etat grec, mais aussi de l'Europe dans son ensemble – et le défi islamique qui frappe désormais le cœur des sociétés européennes. Andreas Andrianopoulos explique avoir conçu ce livre afin de réveiller les gens et de les inviter à penser à l'avenir de la Grèce, tous étant appelés à s’employer à comprendre les causes du drame et à se mobiliser, par-delà leurs croyances politiques et sensibilités individuelles. (Aka)

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