La Commission européenne et l’OCDE mettent en garde : si les décideurs politiques ne réorientent pas leurs dépenses en matière de santé maintenant, ils risquent d'être confrontés à des coûts importants dans les prochaines années. Tel est le message des deux institutions dans leur rapport conjoint publié le 23 novembre.
Ce document, intitulé « Panorama de la santé : EUROPE 2016 », présente les dernières tendances relatives à la santé et aux systèmes de santé dans les 28 États membres de l’UE, 5 pays candidats et 3 pays de l’Association européenne de libre-échange.
D’importantes différences. Le constat est accablant : alors que l’espérance de vie a augmenté de plus de 6 ans en moyenne dans les États de l’UE (passant de 74,2 ans en 1990 à 80,9 ans en 2014), des disparités persistent entre les différents pays et à l’intérieur même des pays. Les différences entre les pays de l’UE s’expliquent en partie par le degré d’investissements des États membres : ainsi, les dépenses de santé sont généralement plus élevées dans la partie occidentale de l'Union, où l’on vit encore huit ans de plus en moyenne que dans les pays d’Europe centrale et orientale ayant l’espérance de vie la plus faible. L’Allemagne, la Suède et la France consacrent chacune à la santé environ 11% de leur PIB contre 5 à 6% pour les pays situés dans la partie orientale de l’UE (seuls 3% sont réservés aux campagnes de santé publique et de prévention). Les différences à l'intérieur des différents pays coïncident, quant à elles, en partie avec les variations du niveau d’études : les personnes ayant un faible niveau d’éducation vivent, en moyenne, 7 ans de moins que les autres.
Un défi commun. Malgré ces différences, tous les pays risquent à l’avenir d’être confrontés à une augmentation de leurs dépenses de santé, principalement sous l’effet du vieillissement de la population et de la diffusion des nouvelles technologies de diagnostic et de traitement. Dans ce contexte, la Commission européenne et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recommandent aux États membres d'améliorer l’accessibilité aux prestataires de soins primaires et d’investir dès maintenant dans la prévention.
En matière d’accessibilité, le rapport encourage les États membres à couvrir un maximum de personnes et de soins différents, à prendre en charge un maximum de coûts et à veiller à ce que les prestataires de soins soient suffisamment nombreux et diversifiés dans toutes les régions géographiques. Il recommande, par exemple, à Chypre, la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie de mettre en place une couverture universelle des coûts pour un ensemble de services de base, puisqu’encore en 2014, plus de 10% de leur population n'était toujours pas couverte.
En matière de prévention, le rapport souligne qu’un grand nombre de personnes meurent chaque année de maladies évitables liées à des facteurs de risque tels que le tabagisme et l’obésité. Malgré des progrès notables, un adulte sur cinq dans l’UE continue de fumer quotidiennement, la même proportion consomme de fortes doses d’alcool au moins une fois par mois et un adulte sur six souffre d’obésité.
« Il faut orienter les ressources là où elles ont le plus d’impact sur les résultats en matière de santé, comme les activités de prévention », a conclu le secrétaire général de l'OCDE, M. Angel Gurría. Le rapport peut être consulté à la page : http://www.oecd.org/health/health-systems/health-at-a-glance-europe-23056088.htm. (Sophie Petitjean)