Le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a estimé, mercredi 9 novembre, que la Turquie s’éloignait de l’Union européenne.
« Dans le rapport de suivi de cette année, nous insistons sur le recul de la Turquie dans le domaine de l'État de droit et des droits fondamentaux », a expliqué le commissaire en présentant le paquet 'élargissement' 2016. Tout en rappelant que la tentative de coup d’État du 15 juillet avait été une attaque contre la démocratie et qu’une réaction rapide à cette menace était légitime, M. Hahn a jugé que « le caractère général et collectif des mesures prises au cours des derniers mois soulevait de très graves préoccupations ». Il a ajouté que de « graves violations des droits de l'homme avaient été signalées ».
Selon le commissaire, la dégradation de la situation était bien antérieure au coup d’État. « Il est important de dire que le retour en arrière ne date pas de cette année ni de l’été, mais qu’il s’agit d’un processus qui se poursuit depuis plusieurs années », a-t-il souligné, ajoutant qu’Ankara avait « largement ignoré » les recommandations faites l’an passé par la Commission européenne, qui avait déjà évalué une régression (EUROPE 11428). M. Hahn a détaillé les « sérieux reculs » dans les domaines de l’État de droit, des droits fondamentaux, de l’indépendance du judiciaire et la liberté des médias, mais aussi dans la réforme de l’administration et dans les réformes socioéconomiques. Le commissaire, tout en notant les progrès dans la feuille de route vers la libéralisation de visas, a appelé à modifier la loi antiterroriste « pour être sûr qu’elle ne soit pas utilisée contre l’opposition, les journalistes, les universitaires et d’autres parties de la société ». Il a aussi souligné que la situation dans le sud-est demeurait un des défis les plus importants pour le pays, ajoutant que la question kurde ne pouvait être réglée qu’à travers un processus politique.
Les actions de la Turquie, « y compris la réintroduction de la peine de mort, semblent de plus en plus incompatibles avec la volonté officielle de la Turquie de devenir membre de l'UE », a prévenu le commissaire. Selon lui, il est temps qu’« Ankara nous dise ce qu’elle veut vraiment. C'est un test pour sa crédibilité, mais aussi pour celle de l'UE ».
Interrogé sur une possible suspension des négociations d’adhésion, demandée par certains États membres et députés européens, dont les présidents de groupe PPE, Manfred Weber (allemand), et ADLE, Guy Verhofstadt (belge), et le rapporteur pour le Parlement européen, Mme Kati Piri (S&D, néerlandaise), le commissaire a précisé qu’il revenait aux États membres de tirer « leurs conclusions », « ce qui est attendu pour le Conseil des Affaires étrangères de décembre ». Les chefs de la diplomatie discuteront, lundi 14 novembre, lors de leur Conseil, de la situation en Turquie. M. Hahn a précisé qu’une unanimité était nécessaire pour suspendre les négociations d’adhésion avec un pays.
La Turquie, comme à son habitude, critique le rapport de suivi
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs invité, le même jour, l’UE à se prononcer rapidement sur la demande d'adhésion de la Turquie. « Évaluez, mais ne tardez pas dans cette évaluation. Prenez une décision définitive », a-t-il lancé à destination des Européens lors d’un discours retransmis à la télévision.
Le ministre des Affaires européennes, Omer Celik, a, lui, rejeté les conclusions du rapport, estimant que certaines sections étaient « loin d’être objectives ». Devant la presse, M. Celik a jugé que le rapport était « loin d'être constructif et loin d'offrir une voie pour aller de l'avant ». « Ce rapport est rédigé d'une manière qui ne sert pas les intérêts des relations entre la Turquie et l'Union européenne », a-t-il ajouté. Selon lui, plusieurs conclusions reflètent un manque de compréhension de la situation en Turquie. (Camille-Cerise Gessant)