Incertitudes géopolitiques, contrecoup de la mondialisation, tendances protectionnistes et suites du référendum britannique pèsent de tout leur poids sur la reprise européenne, a indiqué mercredi 9 novembre la Commission européenne dans ses prévisions macroéconomiques d’automne.
La croissance du PIB dans la zone euro est restée lente « et ne devrait pas accélérer dans les années à venir ». La croissance de la zone euro s’affichera à 1,7% en 2016, 1,5% en 2017 et 1,7% en 2018. Dans ses prévisions de printemps, la Commission projetait une croissance de 1,6% cette année et de 1,8% en 2017. Dans l’UE, une tendance similaire : 1,8% cette année, 1,6% en 2017 et 1,8% en 2018 (les prévisions de printemps prévoyaient 1,8% en 2016 et 1,9% pour 2017).
Interrogé sur la tentation d’ajouter la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine à la liste des risques plombant la croissance, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, lui-même, qui le qualifiait du « pire » mardi soir sur son compte Twitter, a répondu qu’hier « on était encore à la fin de la campagne et nous parlions de candidats. Maintenant, nous parlons d’un président, j’espère que ce sera différent ». « Il y a des frustrations qui ont conduit à ce vote qui ont un écho dans nos pays. Beaucoup de nos concitoyens se sentent exclus de la reprise économique (…)». Cela « n’est pas et ne peut être la fin des sociétés et des économies ouvertes », a-t-il ajouté, expliquant encore que cela supposait « d’accepter la mondialisation », qui ne fait pas « que des heureux » puisque certains citoyens craignent d’être déclassés. « Nous devons combiner les deux », répondre aux préoccupations des citoyens et « rester dans un mouvement qui poursuit l’ouverture des échanges » car ceux-ci sont promoteurs de croissance.
Ce contrecoup (‘backlash’) de la mondialisation, la Commission semble s’en inquiéter grandement et y consacre tout un chapitre de ses prévisions économiques. Elle estime que le débat a été éclipsé par la crise financière et de la dette et que la contestation a été exacerbée par d’autres facteurs, comme la crise migratoire. Elle craint un retour du protectionnisme qui aurait pour impact de contracter la croissance, en raison de l’incertitude politique qui en découle. « Par exemple, une inquiétude majeure dans le référendum britannique était l’immigration », écrit-elle. Et ses chiffres pour le Royaume-Uni ne peuvent que conforter son propos. « En 2017, la croissance va presque diminuer de moitié, reflétant l’impact sur la confiance et l’incertitude du vote » qui a porté aux nues le ‘Brexit’. Dans ses prévisions de printemps, présentées en mai, elle projetait une croissance de l’ordre de 1,9% de PIB en 2017 pour le Royaume-Uni. Ce chiffre a été révisé à la baisse à 1%. Le contexte post-'Brexit' plombera également l’économie irlandaise, qui résiste toutefois plutôt bien et affichera un des taux de croissance les plus élevés de la zone euro.
La semaine prochaine, la Commission doit rendre ses avis sur les projets de budgets que lui ont transmis les États membres. Madrid doit ramener son déficit sous 3% en 2018, la Commission le projette toutefois à 3,2% cette année-là. « Je rappelle que ce chiffre est à politique inchangée et en l’absence d’une loi budgétaire pour 2017, la réduction s’appuie en grande partie sur la croissance », a expliqué Pierre Moscovici. L’Espagne vient tout juste de former un gouvernement après plusieurs mois de tractations politiques. Le commissaire a dit attendre un projet de budget « dans les meilleurs délais ».
La France devrait repasser dans les clous en 2017 (un déficit à 2,9%). Dans l’hypothèse de politique inchangée, le déficit devrait à nouveau se creuser en 2018 pour atteindre 3,1%. Sa croissance atteindra 1,4% en 2017 et 1,7% en 2018, alors que sa dette approche du montant de sa richesse annuelle (96,8% en 2017 et 97,1% en 2018).
Après deux jours de polémique autour du budget italien (le Président de la Commission aurait dit lundi que le coût de la migration et des reconstructions creuserait le déficit italien de 0,1% de PIB, alors que l’Italie clame un chiffre de 0,4%), le commissaire Moscovici a dit que la Commission devait « s'atteler à prendre en compte de manière juste et proportionnée les dépenses qui peuvent et qui doivent être faites pour accueillir des réfugiés pour le compte des autres pays de l’UE » de même que les dépenses visant à prévenir ou guérir les catastrophes naturelles que sont les tremblements de terre. (Élodie Lamer)