Peu après l'annonce de l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le vice-président de la Commisison européenne en charge du pôle économique, Jyrki Katainen, et sa collègue commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, ont affiché un optimisme prudent, mercredi 9 novembre, concernant la poursuite des négociations pour un accord de libre-échange UE/États-Unis (TTIP), lancées en 2013, mais que les parties ne sont pas parvenues à conclure sous l'administration sortante de Barack Obama.
« C’est un excellente journée pour parler de libre-échange », a affirmé M. Katainen, un sourire aux lèvres empreint de sarcasme, lors d'un point presse au cours de laquelle la Commission a dévoilé sa proposition de nouvelle méthodologie pour le calcul antidumping (voir autre nouvelle). « Nous avons 19 négociations commerciales en cours entre l'UE et les pays tiers, ce qui montre bien que l'UE est en faveur du libre-échange, d'un commerce plus libre et d'échanges équitables », a-t-il ajouté, dans un message pouvant être entendu comme l'affirmation de la volonté d'ouverture commerciale de l'UE, en opposition au programme isolationniste en la matière promu par M. Trump lors de sa campagne électorale.
« Il est naturel de s'attendre à ce qu'il y ait une sorte de rupture dans les négociations TTIP étant donné que la nouvelle administration doit se mettre en place et prendre position. Nous verrons ensuite quelle sera sa nouvelle position », a expliqué M. Katainen, interrogé sur l'avenir du TTIP.
M. Katainen a toutefois voulu afficher son optimisme pour la suite du processus, soulignant que le TTIP « n'avait pas été un problème » au cours de la campagne électorale américaine, « du moins, pas dans dans la même mesure que le TPP » (l'accord de libre-échange entre les États-Unis et onze pays de la zone Asie-Pacifique, conclu début 2016, NDLR).
« Le président élu, Donald Trump, a fait des déclarations qui peuvent être interprétées comme étant contre le libre-échange. Mais il y a beaucoup d'intérêts parmi l'administration, les autorités et surtout dans le secteur des entreprises aux États-Unis en faveur du TTIP. Il ne faut pas sous-estimer cela », a estimé M. Katainen, soulignant que les raisons sous-jacentes à cette négociation « étaient toujours les mêmes et n'avaient pas changé » : améliorer le commerce parce qu'il génère des emplois, créer un meilleur environnement pour des investissements sûrs et renforcer la coopération géopolitique. « Tous ces faits soulignés sont toujours là. Tout le reste reste à voir. La seule chose qui est sûre maintenant est l'incertitude. Et nous avons juste à garder notre calme et à attendre d'obtenir des réponses de la nouvelle administration et du président », a-t-il insisté.
« Je ne crois vraiment pas que les deux parties voudraient compromettre la valeur de la relation transatlantique qui est très enracinée. Ce n'est pas une question cyclique, ce n'est pas une question de personnes. Nous représentons les mêmes valeurs dans le commerce mondial et quand il s'agit des droits de l'homme, et nous sommes partenaires en matière de sécurité. Simplement, pour l'instant, nous ne savons pas. Le nouveau président va clarifier les choses une fois en poste », a ajouté M. Katainen.
« Il était clair depuis un certain temps que le TTIP ne serait pas conclu sous l'administration actuelle. Nous allons faire le bilan avec elle d'ici la fin de l'année et discuter avec nos États membres. Il est clair qu'il y aura une rupture naturelle dans cette négociation. Combien de temps durera cette pause ? Impossible de le dire. Nous devons en savoir plus sur la future nouvelle administration, sur qui sera le représentant au Commerce » (à la place de Mike Froman, NDLR), a souligné Mme Malmström.
« Il y a encore beaucoup d'incertitude. Mais il y a toujours de bonnes raisons de conclure le TTIP. Faciliter le commerce entre les deux plus grandes puissances économiques du monde a tout son sens au plan mondial. Et il y a beaucoup de soutien pour cela aux États-Unis aussi », a poursuivi Mme Mamlström, voulant afficher son optimisme.
« Le TTIP n'a pas du tout été à l'ordre du jour, ni pendant la campagne intense, ni même avant. Ce qui a été discuté aux États-Unis dans le contexte plus vaste du libre-échange est l'ALENA (l'accord de libre-échange en Amérique du Nord, entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, NDLR) et le TPP. Le TTIP n'est tout simplement pas sous le radar parce qu'il n'a pas été considéré comme controversé. Et parce que TTIP n'est pas encore un accord », a poursuivi la commissaire, assurant que, du côté européen, il y avait une « forte majorité » de gens en faveur du TTIP « dans de nombreux pays », et reconnaissant du bout des lèvres « une opposition au TTIP dans certains pays ». (Emmanuel Hagry)