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Bulletin Quotidien Europe N° 11664
ACTION EXTÉRIEURE / États-unis

Les Européens redoutent l'onde de choc du séisme 'Trump' 

Pris de court par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, les Européens ont immédiatement réagi, mercredi 9 novembre, en félicitant le milliardaire américain au nom du respect du vote démocratique, tout en lui rappelant la responsabilité des États-Unis dans le traitement des grandes questions internationales telles que les conflits au Proche-Orient et au Moyen-Orient, la lutte contre la menace terroriste et les dérèglements climatiques, la gestion du défi migratoire ou la stimulation du commerce mondial (voir autres nouvelles).

Faisant écho aux incertitudes multiples nées d’un environnement géopolitique instable, leurs réactions ont oscillé entre le rappel des liens historiques et des valeurs fondamentales qui nourrissent les relations transatlantiques, et la peur d’un désengagement américain qui laisserait l’Europe livrée à elle-même face aux défis de son voisinage immédiat. Dans la perspective d'échéances électorales majeures programmées en 2017 aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, des voix lancent un nouvel appel aux élites pro-européennes à se reconnecter avec les citoyens européens, seul moyen de contrer l’essor des mouvements populistes qui, déjà galvanisés par la perspective d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE, menacent l’existence même de la construction européenne.

Alors que M. Trump n’accèdera à la présidence américaine que début 2017, les Européens commencent à réfléchir à l’évolution inévitable des relations transatlantiques. Répondant à une demande allemande, le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a convié les ministres européens des Affaires étrangères à un dîner extraordinaire destiné à tirer les premières conséquences des élections américaines, dimanche 13 novembre à la veille du Conseil ‘Affaires étrangères’.

Les leaders européens craignent que les liens transatlantiques se distendent

Dans leur lettre de félicitations à M. Trump, les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont invité le prochain président américain pour un sommet UE/États-Unis « à la date la plus proche qui (lui) convient ». « Cette conversation nous permettrait de tracer la voie de nos relations pour les quatre prochaines années », lui ont-ils indiqué. Ils ont insisté sur l'importance de n'économiser aucun effort pour garantir que les liens unissant l'UE et les États-Unis demeurent « solides et durables » et permettent d'affronter les défis partagés, citant notamment la menace terroriste de Daech et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Plus tard, M. Tusk, atlantiste convaincu, a estimé que « l'isolationnisme était impossible », sans toutefois nier l'existence de nouvelles « incertitudes » dans les relations transatlantiques.

Selon le représentant à Bruxelles d'un grand consortium industriel, la victoire du camp républicain aux États-Unis devrait stimuler l'intégration européenne dans le domaine de la défense autour du noyau franco-allemand. Elle pourrait remettre en cause les négociations commerciales transatlantiques, l'accord de Paris sur le climat ainsi que l'accord international sur le nucléaire iranien.

« Quiconque gouverne ce grand pays, avec son énorme puissance économique, son potentiel militaire, son influence culturelle, détient une responsabilité qui est ressentie à travers le monde », a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel. Elle a listé les valeurs qui unissent son pays aux États-Unis : « la démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité humaine quels qu'en soient l'origine, la couleur de peau, la religion, le genre, l'orientation sexuelle ou la conviction politique ». Le ministre allemand des Affaires étrangères a, lui, espéré que l'élection de M. Trump n'était pas le signe avant-coureur de « plus grands mouvements tectoniques dans le domaine des affaires étrangères ».

Pour le président français, François Hollande, la victoire surprise de M. Trump ouvre une « période d'incertitude » qu'il convient d'affronter « avec lucidité et clarté ». « Certaines positions que M. Trump a adoptées durant la campagne électorale américaine devront être confrontées avec les valeurs que nous partageons avec les États-Unis », a indiqué le socialiste français qui a soutenu la candidate démocrate Hillary Clinton.

Le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, est persuadée que « la relation spéciale et durable » entre le Royaume-Uni et les États-Unis se poursuivra en vue de garantir « la sécurité et la prospérité de nos nations dans les années à venir ». En Europe centrale, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a salué la victoire de la démocratie.

Au Parlement, les pro-européens encaissent le choc et les europhobes exultent

Les eurodéputés ont ouvertement exprimé des sentiments qui ont souvent mêlé l’appréhension, l’incrédulité et la méfiance. Ils ont été nombreux à voir dans le résultat de cette élection le syndrome d’un mal, un mal qui touche aussi bien les États-Unis que le continent européen. Les appels à ce que l’UE « se ressaisisse » se sont ainsi multipliés. Mais, les divergences politiques habituelles ont pris souvent le dessus pour définir la forme que devrait prendre ce ressaisissement.

Les réactions ont donc été inhabituelles au regard des circonstances, faisant penser que leurs auteurs ont voulu mettre de côté les règles d’usage en matière de protocole diplomatique. En témoignent notamment les propos du président du Parlement européen, Martin Schulz, qui a dit espérer que le président élu des États-Unis allait « respecter, dans ses relations avec l’UE et les États membres, les droits de l’homme et les droits fondamentaux », tout en lui rappelant qu’il devra « s’en tenir » à la Constitution de son propre pays. Des conseils amicaux qui visent à appuyer le souhait premier de M. Schulz que les relations transatlantiques restent, malgré tout, des relations « rationnelles ».

En des termes moins forts, mais reflétant le même état d’esprit, le président du PPE, l'Allemand Manfred Weber, a affirmé qu’il était impossible de prévoir « ce qu’il (fallait) attendre des États-Unis désormais ». Il a toutefois souligné que « les préoccupations et les peurs » ayant favorisé la victoire du candidat républicain étaient également présentes en Europe. En cela, l’élection américaine constitue une belle « piqûre de rappel ». « Le message est clair : c’est maintenant à l’Europe de jouer ! », a-t-il lancé.

La réaction la plus virulente est venue probablement du président du groupe S&D. Donald Trump n’est rien moins que « l’expression d’un virus qui a profondément infecté nos sociétés, pas seulement aux États-Unis mais aussi en Europe », a affirmé l'Italien Gianni Pittella. Il a rejoint M. Weber dans l’appel à une mobilisation en Europe pour faire face au populisme et démagogues de tout bord. Il s’est voulu cependant plus radical dans son appel, insistant sur le besoin de mener une véritable « révolution » et des « réformes extrêmes ». Selon lui, ceux qui ont voté pour M. Trump, ou soutiennent des personnalités comme Marine Le Pen en France ou M. Farage au Royaume-Uni, ne doivent pas, pour autant, être stigmatisés, car ce sont les « perdants de la globalisation » et c’est à l’UE de se doter d’outils pour répondre à leurs doléances.

Le Belge Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE, veut aussi croire que l’Europe va « se ressaisir », l’élection américaine constituant « une sonnette d’alarme pour les dirigeants européens ». Il semble toutefois s’être retrouvé seul à proposer de mettre les différences politiques de côté pour y parvenir et répondre « ensemble », en Europe, aux défis posés notamment par la Russie et le changement climatique.

Les Verts ont finalement le mieux résumé la pensée du camp pro-européen en formulant l’espoir que le ‘président Trump’ ne sera tout simplement pas ce qu’a été le ‘candidat Trump’.

À contre-courant, Nigel Farage (ELDD, britannique) a été l'un des rares au Parlement européen à féliciter sincèrement M. Trump, qui s'était prononcé pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. La raison en est simple : ce dernier sera un allié clé des Britanniques à l’aune du divorce annoncé de leur pays avec l’Union, selon M. Farage. La Française Marine Le Pen, présidente du groupe ENL et candidate aux élections présidentielles françaises du printemps 2017, a salué la victoire surprise du peuple américain « libre » contre le 'système' et ses élites. (Mathieu Bion et Jan Kordys avec Thomas Régnier, Camille-Cerise Gessant)

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