Bratislava/Bruxelles, 13/07/2016 (Agence Europe) - Inondations, pénuries d'eau et sécheresses récurrentes: aucun Etat membre de l'UE n'est épargné par ces phénomènes qu'aggrave le changement climatique, même si les pays d'Afrique et d'Asie sont ceux qui ont le plus à en souffrir.
Les ministres européens de l'Environnement et du Climat en sont tous convenus, conscients de la nécessité d'agir, lors d'une réunion ministérielle informelle organisée par la Présidence slovaque du Conseil les 11 et 12 juillet à Bratislava - une réunion adossée à une conférence ministérielle sur l'amélioration de la gestion de l'eau en Europe (EUROPE 11590).
Ces phénomènes extrêmes affectant 70 millions d'Européens pendant les mois d'été, appellent des solutions européennes intégrées, ont estimé les ministres, à la grande satisfaction de Laszlo Solymos, président en exercice du Conseil Environnement. Des solutions communes à l'échelle de l'UE, c'est ce qu'ambitionne la Présidence slovaque dans ce domaine.
La tenue de la conférence a coïncidé avec le quarantième anniversaire de la directive cadre sur l'eau (2000/60/CE), instrument législatif clé visant à garantir la disponibilité en quantité suffisante d'une eau de qualité. Elle a permis aux ministres d'entendre des contributions d'experts sur les sécheresses, la raréfaction de l'eau et les pénuries d'eau, ce dernier phénomène résultant de l'activité humaine.
« La gestion de l'eau: c'est une préoccupation nationale et notre priorité en tant que Présidence slovaque du Conseil. Tous les intervenants ont souligné la nécessité de s'attaquer à ces problèmes dans l'UE mais aussi dans une perspective mondiale car ces problèmes sont liés au changement climatique », a déclaré M. Solymos à l'issue de la session. Les ministres avaient à l'esprit le fait que l'eau figure parmi les objectifs de développement durable adoptés par l'ONU. « L'eau n'est pas un acquis. Ses ressources sont limitées. Certains souffrent d'un trop plein d'eau, d'autres dans le monde connaissent des sécheresses. Les solutions pour la gestion de l'eau doivent être flexibles », a-t-il ajouté.
Interrogé sur l'impact des sécheresses futures en Asie et en Afrique sur les migrations, le ministre a fait état d'« une réelle menace pour les migrations ». Et de préciser: « La situation en Afrique ou en Asie est pire. Il faut trouver un type d'aide pour les populations de ces régions menacées par les sécheresses ».
Selon les estimations de la Commission européenne, l'UE dépense chaque année 3 milliards d'euros pour répondre aux sécheresses et 5 milliards d'euros par an en réponse aux inondations. « Si nous ne trouvons pas de solutions intégrées, en 2020 ces coûts augmenteront considérablement », a prévenu M. Solymos.
Au cours de l'échange, la nécessité d'améliorer la gestion de l'eau en agriculture a fait l'objet d'un consensus. Plusieurs délégations ont souligné l'opportunité que représente ce défi pour le déploiement de technologies innovantes pour le transport de l'eau, les systèmes d'irrigation, la rétention plus efficace de l'eau et une implication plus grande de la communauté scientifique et des chercheurs. Cette discussion informelle alimentera des conclusions du Conseil Environnement qui guideront un débat plus large sur la révision de la politique de l'UE dans le domaine de l'eau.
Plaidoyer de M. Vella pour des 'politiques coordonnées'. La stratégie de l'UE pour la gestion de l'eau, fondée sur la coopération entre les Etats membres (plus de 70% des eaux et zones côtières en Europe sont partagées par deux pays ou plus), porte ses fruits, mais il faut faire plus, a souligné le commissaire à l'Environnement et aux Affaires maritimes, Karmenu Vella, en se livrant, devant les ministres, à un plaidoyer pour l'intégration des politiques de l'agriculture, de l'énergie, de la navigation et du développement urbain.
« L'un des domaines dans lesquels cette coordination renforcée est particulièrement nécessaire, c'est l'agriculture. En Europe, 90% de nos bassins hydrologiques sont affectés par l'agriculture et les pressions qu'elle peut exercer comme l'excès de nutriments, la pollution par les pesticides et la sur-extraction. Il nous faut des politiques coordonnées qui respectent et protègent l'eau, qui en garantissent l'approvisionnement en eau, en veillant à ce que les agriculteurs aient suffisamment d'eau à l'avenir ».
Le vice-président de la Commission, Maros Sefcovic, qui a participé à la session conjointe des ministres du Climat et de l'Energie, mardi, a jugé cette discussion « très intéressante car elle a montré comment le changement climatique affecte la vie des gens ». « Selon les estimations, les inondations coûtent à l'UE 5 milliards d'euros par an. On pourrait investir mieux ! », a-t-il fait observer. « La transition vers une économie sobre en carbone exige des investissements énormes en capitaux privés pouvant jouer un effet de levier pour garantir qu'une masse critique d'investissements soient faits », a-t-il rappelé. Garantir que les ressources provenant des recettes des enchères du système d'échange de quotas d'émission (ETS) soient investies efficacement dans de nouvelles technologies innovantes est, selon lui, tout aussi important.
Les ministres ont exprimé un large soutien à une ratification rapide de l'Accord de Paris sur le climat et la volonté que l'UE ne perde pas, dans cet exercice, le leadership dont elle a fait preuve avant et pendant la COP21. « En Slovaquie, nous ratifierons aussi vite que possible, nous projetons de l'avoir fait d'ici à la fin de l'année », a indiqué le ministre slovaque. (Aminata Niang)