Bruxelles, 29/04/2016 (Agence Europe) - La Commission européenne n'exclut pas de dégager quelques fonds supplémentaires au mois de juin en vue d'inciter les agriculteurs à participer au programme (volontaire) de réduction de la production de lait, a indiqué, lundi 25 avril, la Commission européenne.
La Commission reste pessimiste concernant le secteur laitier dans les mois à venir. Elle espère que le dispositif de gestion volontaire de l'offre aura un impact. Mais l'absence de fonds communautaires pour inciter les agriculteurs à utiliser cette mesure est vivement critiquée par les membres de la commission de l'agriculture du PE et les organisations agricoles.
Le directeur général adjoint à la DG Agriculture de la Commission, Joost Korte, a évoqué, lors de la réunion de la commission de l'agriculture du Parlement européen du 25 avril, le dispositif volontaire de réduction de la production de lait, en vigueur depuis le 13 avril (jusqu'au 12 octobre 2016). De nombreux parlementaires ont estimé que la mesure ne fonctionnera pas car il n'y a pas suffisamment d'incitants financiers. Joost Korte a répondu que les institutions de l'UE et les États membres doivent « veiller à ce que ce dispositif fonctionne ». « Les États membres ont un pouvoir de persuasion important et doivent faire comprendre aux agriculteurs que l'une des causes de la difficulté du marché est l'existence d'une production de lait beaucoup trop importante », a souligné le directeur général adjoint.
Des fonds communautaires supplémentaires ?
Y aura-t-il de l'argent pour que le pouvoir de persuasion soit plus fort ? Le commissaire européen Phil Hogan « a dit qu'il reviendrait sur cette question au mois de juin, car on verra mieux quelles seront les marges que l'on pourra dégager dans le budget 2016. Mais ces marges ne seront pas importantes. M. Hogan n'a pas exclu de réfléchir à des incitations financières (communautaires) en dehors des incitations fournies par les États membres dans le cadre des aides d'État », a indiqué Joost Korte.
Une proposition dans ce sens pourrait donc être faite à l'occasion du Conseil Agriculture des 27 et 28 juin à Luxembourg, une fois que la Commission aura plus de visibilité sur ses marges budgétaires. Mais il est difficile pour la Commission de dégager de nouveaux fonds alors qu'à ce stade 192 millions d'euros seulement sur les 420 millions d'aides directes débloquées en septembre 2015 pour faire face à la crise ont été distribués par les États membres aux agriculteurs.
Joost Korte a également évoqué devant les parlementaires européens la question de la réserve agricole de crise. Elle ne sera pas utilisée cette année, mais il faudra l'envisager l'année prochaine, si le marché continue de se détériorer, a-t-il indiqué. De nombreux États membres y sont opposés car cette réserve est constituée en réduisant les paiements directs.
Les perspectives ne sont pas bonnes pour le lait. La dernière réunion, le 26 avril, de l'Observatoire européen du marché laitier confirme que la situation du marché du lait est très mauvaise. De grandes difficultés sont à attendre cet automne pour les éleveurs si aucune amélioration de l'équilibre entre offre et demande n'est obtenue. Sur les deux premiers mois de 2016, la collecte dans l'UE a bondi de 7,4% sur un an, sept États membres enregistrant une augmentation à plus de deux chiffres: Irlande (+ 35,6%), Belgique (+20,6%), Pays-Bas (+18,5%) et Pologne (+10,3%). Une hausse importante en Allemagne (+7,8%) est également enregistrée.
Fruits et légumes. L'enveloppe du nouveau programme de soutien au secteur des fruits et légumes pour faire face à l'embargo russe, que la Commission européenne présentera dans les prochaines semaines, sera « fortement revue à la baisse », a prévenu Joost Korte. Mais de nouveaux produits devraient être ajoutés, a-t-il souligné en répondant à des questions des membres de la commission de l'agriculture du PE. Ce nouveau programme (présenté sous la forme d'un acte délégué) doit prolonger d'un an (jusque fin juin 2017) le dispositif actuel qui arrivera à échéance au mois de juin 2016. Toutefois, estime la Commission, depuis près de deux ans que les exportations vers la Russie sont bloquées, les opérateurs se sont adaptés et ont trouvé de nouveaux marchés. En effet, seuls 35% du programme qui arrive à échéance au mois de juin ont été utilisés. Au total, la Commission européenne a déjà dépensé, depuis l'automne 2014, 262 millions d'euros pour le retrait d'un million de tonnes de fruits et légumes du marché. (Lionel Changeur)