Bruxelles, 08/12/2015 (Agence Europe) - L'épineuse question du projet russe d'expansion du gazoduc Nord Stream, qui suscite une levée de boucliers en Europe orientale et centrale, va rebondir, dans une moindre mesure, au Conseil européen des 17 et 18 décembre. Dans leurs conclusions, les dirigeants européens vont insister sur la nécessité que toute nouvelle infrastructure énergétique soit conforme aux intérêts de l'UE en matière de sécurité et d'indépendance énergétiques.
Le dossier Nord Stream-2, du nom du projet russe de doublement du gazoduc Nord Stream qui relie depuis 2012 la Russie à l'Allemagne sous la mer Baltique, est porté au plus haut niveau politique, depuis que sept États membres d'Europe centrale et orientale - Estonie, Hongrie, Lituanie, Lettonie, Pologne, Roumanie et Slovaquie - ont adressé un courrier au vice-président de la Commission en charge de l'Union de l'énergie, Maros Sefcovic, stigmatisant ce projet qui vise à réduire le transit du gaz russe vers l'Europe via l'Ukraine et dont les pays signataires redoutent l'impact négatif pour leur sécurité énergétique (EUROPE 11443).
Dans leur courrier adressé en copie au président du Conseil européen, Donald Tusk, ces sept pays ont souligné leurs craintes quant aux conséquences géopolitiques du projet Nord Stream-2 et des menaces qu'il peut induire pour la stabilité des approvisionnements vers leur région. Ils ont aussi mis en évidence les conséquences défavorables de Nord Stream-2 pour l'Ukraine, en soulignant la contradiction entre ce projet et les principes du projet de l'Union de l'énergie. Exigeant que Nord Stream-2 soit encadré par toutes les règles du 3ème paquet de libéralisation du marché intérieur du gaz et que la règle de l'accès des parties tierces lui soit appliquée, ces pays ont demandé que la question soit portée au Conseil européen.
À ce stade, il est difficile de savoir si ce dossier sera formellement évoqué par les dirigeants européens dans le cadre d'un débat plus large sur la sécurité énergétique, compte tenu de l'agenda déjà chargé du Conseil européen - migrations, lutte contre le terrorisme, Royaume-Uni. « Il s'agit plutôt d'une question à la marge, pas d'une question principale », nous a confié une source dans l'entourage du président Tusk.
La question sera toutefois indirectement évoquée dans les conclusions du Conseil européen. Dans un chapitre relatif à l'Union de l'énergie, le projet de conclusions, dont EUROPE a obtenu une copie, mentionne que les dirigeants européens vont demander « la mise en oeuvre rapide des projets (d'infrastructures énergétiques) d'intérêt commun et l'utilisation optimale des infrastructures existantes pour le bénéfice de l'intégration du marché et de la sécurité énergétique ». « Toute nouvelle infrastructure devra être pleinement en ligne avec les objectifs de l'Union de l'énergie, tels que la réduction de la dépendance énergétique et la diversification des fournisseurs, des sources et des routes d'approvisionnement », vont-ils insister.
Depuis l'annonce, début septembre, du pacte d'actionnaires entre le gazier russe Gazprom et cinq partenaires européens (les énergéticiens allemands E.ON et BASF-Wintershall, l'autrichien OMV, l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell et le français Engie) chargés de bâtir le gazoduc Nord Stream-2, la Commission répète à l'envi que, comme pour toute nouvelle infrastructure énergétique, elle examinera la conformité de ce projet au regard du droit de l'UE. (Emmanuel Hagry)