Paris-Le Bourget, 08/12/2015 (Agence Europe) - Au deuxième jour des négociations climatiques ministérielles à la COP 21, des progrès avaient été enregistrés, de l'avis de tous, et la reconnaissance de « l'excellent travail » accompli par la Présidence française était unanime.
Pour autant, le travail restant à accomplir était encore considérable pour surmonter les différences Nord/Sud, en particulier pour ce qui concerne le financement climatique d'ici à 2020 et au-delà et le concept de différenciation dans toutes les dispositions de l'accord mondial à conclure vendredi 11 décembre, selon la volonté confirmée de Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et président de la COP 21 (EUROPE 11447).Aux quatre groupes de travail sur les questions transversales (la différenciation, l'ambition, l'action pré-2020, les soutiens et moyens de mise en oeuvre) ont été ajoutés cinq autres groupes sur: - l'adaptation et les pertes et dommages ; - le préambule du futur accord ; - les forêts ; - les mécanismes de coopération ; - les mesures et réponses à court terme. Des propositions de formules de compromis étaient attendues sur des parties de texte pour mardi soir.
« Beaucoup de pays veulent un texte, y compris le Venezuela. L'objectif est toujours de terminer vendredi soir » indiquait, mardi matin, Nicolas Hulot, conseiller spécial du président français, François Hollande, sur la question climatique.
La confiance à construire. « Un accord est possible, jeudi, et nous espérons pouvoir disposer d'un nouveau texte demain. Mais les deux questions les plus difficiles, ce mardi, ne sont toujours pas résolues. C'est un exercice de construction de la confiance qui nous attend car les pays en développement veulent être certains que les financements promis en 2009 seront bien déboursés, tandis que les pays développés veulent être assurés que cet effort ne pèsera pas sur leurs seules épaules », a déclaré Giovanni La Via (PPE, italien), qui conduit la délégation de quinze eurodéputés présents. « La clé, dans cette dernière ligne droite, c'est que toutes les parties quittent la zone de confort du marchandage, habituel en 'realpolitik', pour surmonter les divisions du passé ». Les députés plaident aussi pour la mise en réserve des revenus des marchés du carbone comme une source de financement des efforts climatiques. « Notre expérience du marché européen du carbone (ETS) est déjà transposée dans d'autres régions du monde, Si elle pouvait être mise en oeuvre à l'échelle mondiale, elle pourrait nous aider à lever davantage de fonds pour l'adaptation », a fait observer Gilles Pargneaux (S&D, français), rapporteur au Parlement pour la COP 21.
« Je crois que nous pouvons trouver un accord ambitieux, contraignant, qui ne laisse personne sur le bord de la route », affirmait, pour sa part, la ministre brésilienne, Izabella Teixeira.
Des avancées ont été enregistrées sur la clause de révision tous les 5 ans, mais les pays doivent encore déterminer quand aurait lieu la première. L'UE, soutenue par les petits États insulaires, veut que le bilan soit dressé en 2019 pour une révision de l'accord en 2020 permettant d'adapter les contributions nationales (INDC). Les États-Unis veulent 2020 ou 2021. Le texte prévoit 2024 pour un bilan, mais la majorité des pays souhaite avancer cette date.
La différenciation a progressé aussi, mais demeure un casse-tête. Tout le monde veut une révision des contributions nationales. La question clé à trancher est de savoir qui doit faire quoi et quand. Il est clair qu'il faudra demander plus à l'Australie, qui émettait 20 tonnes de CO2 par habitant en 2012 et en émettra 16 en 2030, qu'au Maroc, qui émettait 2 tonnes /habitant en 2012 et en émettra 4 t /habitant en 2030. Mais les pays en développement et les pays émergents sont déçus du manque d'ambition des pays développés, estimant qu'ils doivent assurer le leadership tant pour la réduction des émissions que pour le soutien aux pays en développement.
En revanche, des divergences subsistent: les pays du groupe Umbrella (notamment UE, États-Unis, Canada, Australie) disent que le monde a changé et que les pays émergents ont aujourd'hui les moyens de faire plus, tant pour la réduction de leurs émissions (INDC) que pour le financement. Les pays émergents veulent le statu quo, dans le respect de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique.
En matière de transparence, l'UE pourrait être souple sur les chiffres des contributions nationales, mais elle veut des règles plus détaillées dans l'accord. Les États-Unis aussi, a indiqué le négociateur, Tod Stern.
Financement, pomme de discorde: selon les chiffres compilés par la Fondation Nicolas Hulot, qui a ajouté au financement de 2014 les nouvelles contributions annoncées à la COP 21, on arriverait à 85 milliards de dollars US par an en 2020. Il manquerait donc encore 15 milliards sur les 100 milliards promis à l'horizon 2020 pour soutenir les efforts d'adaptation et d'atténuation des pays en développement. Mais les pays en développement, comme les pays émergents, doutent de la réalité des chiffres avancés par l'OCDE, laquelle chiffrait à 62 milliards de dollars les contributions en 2014.
« Cela ne reflète pas les chiffres réels », a estimé le ministre indien de l'Environnement, Prakash Javadekar. « Les 100 milliards de dollars à l'horizon 2020 ne sont pas là, mais la Chine et l'Inde aident les pays les moins avancés et les plus vulnérables sur une base volontaire », a-t-il ajouté. « Nous espérons que les pays développés augmenteront leur financement après 2020. Les pays en développement peuvent contribuer à la coopération Sud/Sud sur une base volontaire. Nous voulons une différenciation sur cette question aussi », a renchéri le représentant spécial de la Chine, Xie Zhenhua. La ministre sud-africaine, quant à elle, a insisté sur la nécessité de garantir dans l'accord de Paris « les principes de la Convention-cadre des Nations unies » sur les responsabilités communes mais différenciées. « Nous ne sommes pas là pour les réécrire », a-t-elle fait valoir
Appelant à dépasser le clivage entre pays développés et pays en développement, le commissaire européen à l'Action pour le climat et à l'Énergie, Miguel Arias Canete, a déclaré: « Ces négociations n'ont pas lieu entre 'eux' et 'nous'. Elles nous concernent tous, tant les pays développés que les pays en développement. Il s'agit de trouver, ensemble, des terrains d'entente et des solutions pour un résultat ambitieux » .
L'alliance UE/ACP, porteuse d'espoir ? Signe qu'un accord est possible entre pays riches et pays en développement, l'UE et les 79 pays ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique), partenaires de l'UE, ont souligné, mardi, leur engagement partagé en faveur d'un accord « ambitieux et contraignant, inclusif, équitable, durable et dynamique ». Dans l'esprit des deux parties, cet accord devra: - contenir un objectif clair et opérationnel à long terme, compatible avec ce que recommande la science ; - établir un mécanisme de révision quinquennal pour faire le point des progrès et renforcer de manière adéquate les efforts individuels et collectifs ; - contenir un mécanisme de transparence et de responsabilité pour suivre les progrès dans la réalisation des engagements nationaux des différents pays ; - prévoir le partage d'expérience. Patrick Gomes, secrétaire général du groupe des États ACP, a insisté sur la nécessité d'aider ce groupe de pays en développement « dont la survie même est en jeu » à s'adapter aux effets du changement climatique. « L'UE et les pays ACP représentent la grande majorité des pays dans le monde. Nous voulons un accord ambitieux pour accélérer la transition mondiale dont nous avons urgemment besoin ».
Le groupe des BRICS (Chine, Inde, Russie, Brésil, Afrique du Sud), présidé par l'Afrique du Sud, réaffirmait pour sa part, dans une déclaration conjointe, son engagement à parvenir à « un accord mondial équilibré, ambitieux et juridiquement contraignant » et sa coopération solidaire avec le groupe des G77 plus la Chine. Les BRICS soutiennent l'objectif de 1,5 degré comme réchauffement mondial moyen. Ils soulignent la nécessité de rendre opérationnelle la différenciation entre pays développés et pays en développement dans chaque élément de l'accord et pressent les pays développés d'assurer le leadership tant pour la réduction des émissions que pour le financement, le transfert de technologies et le soutien au développement des capacités des pays en développement. Ils plaident aussi pour que le futur accord établisse des dispositions plus fortes sur l'adaptation, un traitement équilibré de l'atténuation et l'adaptation, et la reconnaissance que l'adaptation est « une responsabilité collective requérant une réponse mondiale ». Leur déclaration conjointe presse les pays développés d'accroître leur aide financière pour atteindre les 100 milliards de dollars promis pour 2020 comme point de départ « afin de remplir leurs obligations ». (Aminata Niang)