Strasbourg, 20/11/2015 (Agence Europe) - « Liberté vs contrôle: pour un contrôle démocratique ». Le thème du 4ème Forum mondial pour la démocratie organisé par le Conseil de l'Europe a pris une résonnance dramatique au lendemain des attentats de Paris et celle-ci fut largement soulignée lors de la cérémonie d'ouverture de la manifestation.
Durant la table ronde qui a suivi ce lancement officiel, a été posée la question de la surveillance. Quel en est le bon dosage ? La réponse est complexe et c'est au travers du point de vue de deux invités américains qu'elle a été abordée lors de cet échange inaugural. Pour eux, clairement, l'exemple de leur pays ne doit en aucun cas être suivi.
L'ancien officier de renseignement de l'Agence américaine de sécurité (NSA), William Binney, a ainsi déclaré que « la surveillance massive, confrontée à trop de données, mène à un échec perpétuel ». Devenu lanceur d'alerte après sa démission, il préconise « une action ciblée et professionnelle ». Selon M. Binney, « des empires sont construits grâce aux flux financiers générés par le renseignement américain au travers d'un budget de 100 milliards de dollars par an répartis entre 60 agences ». Le Congrès est « la marionnette » de la NSA ? a-t-il encore asséné.
Etait présent également à Strasbourg Jacob Appelbaum - journaliste et créateur du logiciel Tor destiné à assurer l'anonymat en ligne - et il est allé encore plus loin. « Si vous regardez comment s'est passée la préparation des attaques de Paris, a-t-il dit, vous vous rendez compte que les terroristes n'ont même pas crypté leurs communications. Ils ont utilisé leurs téléphones, leurs cartes bancaires pour réserver l'hôtel et commander des pizzas ! Si la surveillance avait été plus ciblée, on aurait pu remarquer leur activité. Mais là, perdus au milieu d'un flux énorme de données, ils sont passés inaperçus ».
Si la surveillance systématique est de toute évidence une impasse à ses yeux, il est allé jusqu'à rejeter l'idée même de surveillance fut-elle ciblée. « Ce qu'il faut, c'est mettre fin à la surveillance secrète, opaque et démanteler les agences de renseignements », a-t-il souligné.
Des points de vue tranchés sur une question qui reviendra sans doute au fil des débats et ateliers. Les comptes-rendus en seront faits vendredi matin, en plénière. (Véronique Leblanc)
* * * * * * * * * * * *