Bruxelles, 19/11/2015 (Agence Europe) - Les gouvernements doivent toujours avoir « une longueur d'avance » sur les personnes à l'origine de flux financiers illégaux, « dix longueurs d'avance » dans un monde idéal, a déclaré Anthony Harbinson, président du groupe de travail contre le blanchiment d'argent de la CCAB, qui représente les experts comptables.
Lors d'un événement qu'organisait la CCAB à Bruxelles, le député européen Kriðjânis Kariòð (PPE, letton), ancien co-rapporteur du PE pour la quatrième directive sur le blanchiment d'argent, a toutefois souligné la lenteur du processus législatif. Proposée en 2016, cette directive a mis presque deux ans pour faire son chemin dans le processus législatif et n'entrera en vigueur qu'en juin 2017. Ceux qui exploitent les failles du système voient la législation se développer lentement et s'organisent en conséquence, a regretté M. Kariòð. Il a par ailleurs rappelé que c'était à l'initiative du PE qu'avait été inscrite dans la directive la disposition en vertu de laquelle les propriétaires ultimes d'entreprises seront mentionnés dans des registres centraux des pays de l'UE. Pour l'ONG Transparency International, Carl Dolan a expliqué que, selon les chiffres d'une étude, en 2011, les pays en voie de développement avaient perdu 946 milliards de dollars dans des flux financiers illicites, c'est-à-dire liés à l'évasion fiscale, aux crimes et à la corruption.
Marianne Carrubba, analyste politique de la direction générale de la Justice à la Commission européenne, a souligné l'importance de l'approche coordonnée européenne dans cette directive sur plusieurs points, notamment la tâche confiée à la Commission d'effectuer une évaluation supranationale des risques, ou la transparence sur les propriétaires ultimes d'entreprises, évoquée par M. Kariòð.
De manière générale, l'événement de la CCAB a révélé que, si l'UE avait les bons outils, la bonne législation sur le papier, ceux-ci étaient contrebalancés, dans la pratique, par le manque de supervision et de mise en oeuvre. En octobre dernier, le comité conjoint de l'Autorité bancaire européenne, de l'Autorité européenne des marchés financiers et de l'Autorité européenne des assurances et des pensions a lancé une consultation publique sur les lignes directrices relatives à la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme qui doit s'achever le 22 janvier prochain. Les récentes attaques à Paris ainsi que la menace terroriste mettent davantage en lumière l'importance de la lutte contre les flux financiers illégaux, a estimé M. Harbinson. (Elodie Lamer)