Bruxelles, 09/09/2015 (Agence Europe) - Pour les producteurs laitiers, les mesures annoncées par la Commission européenne et discutées au Conseil Agriculture, lundi 7 septembre (EUROPE 11383), « ne sont que de la poudre aux yeux », indique l'European Milk Board (EMB), dont les membres ont participé à la manifestation.
Pour l'EMB, les raisons de la crise du marché du lait sont structurelles. « Les producteurs venus de partout en Europe n'ont pas manifesté pour des subventions, mais pour l'introduction d'un instrument de crise permettant de résoudre la cause du problème: la surproduction sur le marché européen », rappelle l'EMB.
« Les producteurs de lait ont l'impression d'être menés en bateau et comptent continuer leurs actions », indique un communiqué de l'EMB, qui demande à l'UE de mettre en place un 'programme de responsabilisation face au marché'. En cas de crise, des mesures temporaires de stabilisation du prix du lait, telles qu'une réduction volontaire de la production, seraient activées, afin d'agir sur la cause du problème.
Par ailleurs, René Souchon (PSE, français), rapporteur du Comité des régions sur le secteur laitier et président de la région Auvergne, regrette que la Commission ait attendu que la situation laitière se dégrade pour annoncer des mesures de crise, « qui n'apporteront pas de réponses aux problèmes structurels du secteur laitier déréglementé ». Dans son avis d'avril 2015, le Comité des régions avait demandé à la Commission de mettre en place des mesures de sécurisation du revenu des producteurs et en particulier d'examiner la proposition de programme de 'responsabilisation des marchés' avancée par l'EMB. Or, selon René Souchon, la Commission ne semble pas encore avoir complètement pris la mesure du problème puisqu'elle ne propose qu'une aide « ponctuelle qui ne réglera pas la situation sur le moyen et long terme ».
Le 7 septembre, la Coordination européenne Via Campesina (ECVC) a manifesté aux côtés de l'EMB pour demander « des mesures de maîtrise des volumes produits, seules à même de rétablir un prix juste du lait ». Via Campesina estime que les mesures annoncées (aide directe, augmentation de la capacité de stockage privé, promotion des produits à l'export) apparaissent « dérisoires, voire cyniques quand il s'agit de fournir du lait aux migrants ».
Condamnation des violences
Plus de 6 000 agriculteurs et 2 000 tracteurs ont manifesté à Bruxelles, lundi 7 septembre. Le Copa-Cogeca regrette, dans un communiqué, les violences qui ont eu lieu lors de cette manifestation, « qui n'ont pas été le fait du Copa et de la Cogeca ou de nos membres ». Selon le Copa-Cogeca, « ces agissements étaient inutiles et donnent une image négative et erronée des agriculteurs et des coopératives agricoles, qui font de leur mieux pour fournir aux citoyens des produits de qualité et sûrs ». Le secrétaire général du Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, a relevé des progrès sur les mesures, après le Conseil du 7 septembre. Il a salué le fait que les ministres « aient accepté de mener une réflexion sur l'augmentation du prix d'intervention » pour les produits laitiers. La création d'un groupe à haut niveau sur l'avenir du secteur laitier européen est également une bonne chose, selon lui, de même que le fait de réfléchir à des outils pour contrer la volatilité croissante sur les marchés agricoles. Il est déçu que l'on n'ait pas fait allusion aux assurances-crédits pour les exportations pour les marchés viandes bovine et porcine et lait. (Lionel Changeur)