Bruxelles, 09/09/2015 (Agence Europe) - Les réductions « inacceptables » proposées par le Conseil pour le budget de l'UE 2016 diminuent le financement pour la migration, compromettent la recherche et sapent le rôle de l'UE dans le monde, ont estimé, mardi 8 septembre à Strasbourg, les eurodéputés.
La Présidence luxembourgeoise du Conseil a présenté la position des États membres sur le projet de budget de l'UE de l'an prochain. « Si le Conseil insiste sur ces réductions budgétaires, il n'y aura pas de budget de l'UE pour 2016. Ces coupes sont inacceptables », a lancé le rapporteur sur le budget 2016, José Manuel Fernandes (PPE, portugais). Il a ajouté: « Les coupes du Conseil sont inacceptables, incompréhensibles et incohérentes. Le Conseil ne peut pas aller au-delà de l'égoïsme national des États membres. Les pays qui réclament la solidarité concernant les fonds liés à la cohésion devraient afficher un minimum de solidarité envers les migrants. La solidarité est une voie à double sens ». M. Fernandes a critiqué notamment les réductions opérées par le Conseil dans la rubrique action de l'UE dans le monde (- 163 millions d'euros en engagements et - 450 millions en paiements).
Gérard Deprez (ADLE, belge), rapporteur aussi sur le budget 2016, a estimé que l'UE doit se doter des moyens budgétaires suffisants pour pouvoir résoudre efficacement la crise des réfugiés. La Commission a prévu une augmentation du budget européen à concurrence de 169 millions d'euros, « mais cela ne suffira pas », a-t-il prévenu. « Si Jean-Claude Juncker propose d'ajouter 120 000 personnes au plan de relocalisation des 40 000 déjà prévu, c'est un budget de 960 millions d'euros qui devra être mobilisé pour respecter les dispositions du règlement sur le Fonds asile, migration et intégration qui prévoit 6 000 euros par personne transférée», a ajouté M. Deprez. Il a protesté aussi contre les coupes dans les crédits pour la recherche et l'interconnexion en Europe pour l'énergie, les télécommunications et les transports.
La position du Conseil prévoit 153,27 milliards d'euros en crédits d'engagement et 142,12 milliards d'euros en crédits de paiement (soit respectivement 563,6 millions et de 1,4 milliard d'euros de moins que ce que proposait la Commission initialement).
La Commission européenne a indiqué que l'impact budgétaire du paquet migration (présenté mercredi, voir autre nouvelle) et du paquet d'aide aux agriculteurs sera pris en compte dans la lettre rectificative d'automne, qui sera adoptée à la mi-octobre. Cette lettre rectificative prévoit des excédents de crédits dans le sceteur agricole.
Le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, président en exercice du Conseil, a souligné que les réductions opérées par le Conseil ont été réalisées par rapport aux propositions de la Commission, qui elles-mêmes constituent des augmentations considérables sur la plupart des sujets cités. Par exemple, dans la rubrique 'action extérieure', « nous avons des crédits de paiement en augmentation de 22,45%. Donc, quand on parle de coupes, ce ne sont pas des coupes par rapport au budget de l'année précédente, mais ce sont des ajustements vers le bas par rapport à des montants qui augmentent de manière considérable », a précisé M. Gramegna. Il espère mettre en place une « coopération franche et constructive » afin d'arriver à un compromis qui sera d'autant plus difficile à trouver « que nous savons très bien que d'autres dépenses nous attendent en raison de situations qui s'aggravent et d'imprévus ». Il est bien conscient que le paquet migration « ne se fera pas à un tarif nul ». Sur la politique agricole, il va aussi y avoir des moyens à mobiliser. « Le budget sera donc difficile à boucler », a-t-il admis.
Un peu plus tôt, M. Gramegna a tenu à souligner que l'UE est « l'un des principaux bailleurs de fonds dans la région avoisinant la Syrie », avec 855 millions d'euros d'aide humanitaire qui ont été alloués aux réfugiés de Syrie, du Liban, de la Jordanie et de la Turquie pour 2016. Par ailleurs, des crédits d'engagement à hauteur de 150 millions d'euros pour la relocalisation des réfugiés en faveur de la Grèce et de l'Italie pour la relocalisation de 40 000 réfugiés ont été acceptés par le Conseil. Quant à la politique migratoire, elle sera dotée de crédits conséquents, les fonds alloués à l'AMIF (Fonds asile et migration) devant augmenter de 35% par rapport à 2015 (+ 515 millions d'euros). Il en va de même pour l'aide humanitaire, qui verra ses crédits de paiement augmenter de 16% par rapport à 2015, pour s'établir à plus d'un milliard d'euros. (Lionel Changeur)