Bruxelles, 30/04/2015 (Agence Europe) - L'Algérie est le seul pays 'voisin' de la région à n'avoir pas encore conclu un 'plan d'action' avec l'Union européenne. Elle est venue tardivement à la politique de voisinage (PEV) que l'UE propose, maintenant, d'adapter aux urgences nouvelles: immigration, sécurité, besoins énergétiques croissants et rigueur budgétaire (EUROPE 11290 et 11292).
Un changement prudent est amorcé, non sans réticences et débats intérieurs. Le sujet n'est plus tabou, tout comme celui de l'ouverture de son marché - dépendant à 96% des ventes d'hydrocarbures et fortement importateur. Cette libéralisation est négociée à Bruxelles comme à l'OMC (EUROPE 11290 et 11292) et le besoin de réformer l'économie est jugé primordial tout autant à Alger qu'à Bruxelles. Il est rappelé, à chaque circonstance par l'UE. Alger paraît saisir l'occasion de consultations sur la PEV pour accélérer l'orientation déjà empruntée et pour faire face à la baisse actuelle des revenus (EUROPE 11293).
L'Algérie a, depuis trois ou quatre ans, atténué ses réticences vis-à-vis de l'Europe et plus généralement de la politique régionale européenne en Méditerranée. Elle semble plus disposée à densifier sa coopération, mais sa propre capacité à se réformer ne convainc pas pleinement, y compris en interne, comme en témoigne notamment un ancien haut responsable de sa diplomatie qui fût ambassadeur à Bruxelles puis secrétaire d'État, Halim Benatallah.
Interrogé par l'Agence Europe, il affirme son premier constat. « La PEV aussi bien que l'Union pour la Méditerranée (UpM) ont conduit à l'échec ». L'approche a ressemblé, dit-il, « à une sorte de mille feuilles dont les couches - accords d'association, PEV et l'UpM - sont superposées mais mal séparées ». « Il y avait peine à s'orienter dans ce dédale. La valeur ajoutée de cette 'subtile complexité' n'a été ni percutante ni convaincante. Elle s'est effritée sous la pression des événements », a-t-il précisé. Le problème serait à son avis dans « le rythme de changements de 'politiques' ». Et M. Benatallah d'ajouter: « Le 'processus de Barcelone', enterré au profit d'approches unilatérales non viables, avait, malgré ses points faibles, le mérite d'avoir été fondé sur une vision partagée qui devait servir à initier une stratégie. Celle-ci a par la suite été gommée par la PEV qui l'a diluée dans un ensemble géopolitique plus vaste. La région en a perdu son caractère prioritaire ».
La PEV n'a été, selon l'ancien diplomate, qu'« une fiction et non une vision stratégique, (…) un 'objet non identifié' qui n'a servi qu'à répondre à des attentes ponctuelles, centrées sur les priorités européennes ». « La dynamique de concertation nord/sud et sud/sud a été cassée par l'unilatéralisme de la PEV et le paternalisme dans la conduite des affaires de l'UpM. La présence d'un 'co-pilote' du sud a pu donner un sentiment d'appropriation. Cela n'a fait de l'UpM qu'un organe hybride né des compromis précaires de la conférence ministérielle de Marseille (en novembre 2008, ndlr), sans aucune prise sur les réalités », a-t-il critiqué. La preuve: « Ni l'UE ni ses États membres n'ont été en capacité de percevoir les changements dans la région ou de les accompagner ».
L'ambassadeur Benatallah a constaté que « la méfiance (était) de retour ». « La Libye et la Syrie, naguère mises sous pression pour qu'elles se joignent au partenariat, ont finalement été l'objet d'interventions armées par ces mêmes 'partenaires' européens. L'approche 'Droits de l'homme', l'offre de partage de valeurs communes ou le dialogue des cultures, par exemple, en sont sortis décrédibilisés », a-t-il ajouté.
Pour M. Benatallah, l'UE « ne devrait plus réfléchir en vase clos à des ajustements et se contenter de changer l'emballage sous prétexte de la difficulté du consensus intra-européen. Il faut, pour en sortir, réunir les conditions d'un nouveau dialogue structuré en vue de définir une politique méditerranéenne commune et un cadre spécifique et des cofinancements ».
L'Algérie, qui a « un poids et un rôle dans la région qui justifieraient pleinement un partenariat distinct, peut nourrir une ambition plus élevée que d'être un simple “partenaire-élève' », a estimé l'ambassadeur. Qui conclut: « Les réformes amorcées pour s'affranchir de la dépendance aux hydrocarbures et moderniser ses entreprises, comme vis-à-vis de l'accord d'association avec l'UE et l'adhésion à l'OMC, sont, hélas, passées au second plan. La priorité est désormais à la stabilité politique pour atténuer les effets des bouleversements dans la région. Plutôt que l'élaboration d'un plan d'action au titre d'une politique européenne, elle-même en question, l'Algérie devrait peut-être, elle-même, formuler sa propre politique en direction du nord et du sud, dans son environnement sous-régional, notamment sahélien, et la doter d'instruments d'action ». (Fathi B'Chir)