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Bulletin Quotidien Europe N° 11236
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) bce

L'Institut monétaire abat la carte du 'quantitative easing'

Bruxelles, 22/01/2015 (Agence Europe) - En décidant, jeudi 22 janvier, de lancer son propre programme de 'quantitative easing' (QE) pour l'Eurozone, la Banque centrale européenne (BCE) sort l'artillerie lourde afin d'affronter les risques d'une période prolongée de faible inflation et de stimuler la croissance.

La BCE a décidé de lancer un « programme élargi d'achats d'actifs englobant les programmes existants de rachat de titres ABS et d'obligations sécurisées » à travers lequel « les achats mensuels combinés de titres publics et privés s'élèveront à 60 milliards d'euros », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'institution européenne. Ces achats seront effectués « jusqu'à fin septembre 2016 » du moins jusqu'à ce que nous assistions à « un ajustement soutenu » de la trajectoire d'inflation conforme à la mission de la BCE de maintenir la hausse des prix sur base annuelle à un niveau inférieur mais proche de 2%.

Attendue, l'annonce de la BCE a été saluée par les marchés financiers. « C'est plus que ce que les marchés attendaient », s'est réjoui Pat McArdle, qui préside le groupe des chefs économistes au sein de la Fédération bancaire européenne (FBE). Jeudi après-midi, l'euro était en forte baisse par rapport au dollar.

Les rachats de titres de pays de la zone et d'institutions européennes sur les marchés secondaires débuteront en mars 2015. Leurs volumes dépendront de la part des banques centrales nationales au capital de la BCE. La BCE et les banques centrales nationales pourront racheter jusqu'à 25% du montant de chaque émission obligataire des différents États, et pas plus de 33% de la dette de chaque émetteur.

L'achat de titres souverains grecs et chypriotes sera possible mais soumis à des conditions spécifiques. « Il n'y a pas de règle spéciale pour la Grèce. Les règles s'appliquent à tout le monde », a déclaré M. Draghi, pour qui, pour bénéficier du 'QE', les pays, dont les titres ont un rating dégradé, devront être soumis à un plan de sauvetage. Le rachat des titres grecs dans le cadre du 'QE' ne pourra pas débuter « avant juillet », la BCE devant attendre l'échéance de titres grecs déjà acquis dans le cadre du programme 'SMP' de rachat de titres souverains lancé en mai 2010.

En dégainant l'arme du 'quantitative easing' comme l'ont fait avant elle les banques centrales américaine, japonaise et britannique, la BCE est d'avis que cette nouvelle injection massive de liquidités contribuera à faire repartir l'inflation. Elle espère que les acteurs financiers se reporteront sur d'autres actifs plus risqués et que les banques seront incitées à prêter davantage à l'économie. Le 'QE' aura aussi pour effet de maintenir le cours de l'euro à un niveau bas, favorisant ainsi les exportations européennes.

Néanmoins, l'ancien gouverneur de Banca d'Italia a réitéré l'importance, pour les pays de la zone euro, de poursuivre les réformes en respectant le Pacte de stabilité et de croissance, véritable « ancre de stabilité ». « Il incombe désormais aux gouvernements nationaux de mettre en oeuvre les réformes. Plus ils le feront, plus la politique monétaire sera efficace », a-t-il martelé.

Réticences allemandes. La BCE a dû surmonter les réticences, voire l'opposition, de l'Allemagne, traditionnellement attachée une politique de monnaie forte et soucieuse de maintenir la pression sur les autres pays de l'Eurozone pour qu'ils réforment leur économie. Il est permis de penser que des démarches seront entreprises auprès de la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe pour tenter d'enrailler le 'QE', comme ce fut le cas avec le programme 'OMT' de rachat de titres souverains par la BCE (EUROPE 11230).

Prise conformément aux nouvelles règles découlant de l'adhésion de la Lituanie à la zone euro (EUROPE 11158), la décision de la BCE n'a d'ailleurs pas été unanime. Le conseil des gouverneurs est « unanime » pour dire que le 'QE' constitue un instrument de politique monétaire, une « large majorité » de ses membres souhaite agir maintenant et, troisièmement, il existe « un consensus » sur la question du partage des risques en cas de pertes éventuelles sur les titres rachetés, a indiqué M. Draghi.

Surpris que la question du partage des risques ait attiré autant l'attention médiatique, le banquier central a assuré que la BCE n'avait aucunement l'intention de remettre en cause ce principe dont l'application par l'institut de Francfort a évolué en fonction des instruments de politique monétaire mis en oeuvre. « La question d'un possible financement monétaire existe. Pour autant, voulons-nous abandonner le principe d'un partage complet des risques ? Absolument pas », a insisté M. Draghi. Il a notamment argué que la BCE élaborera les modalités du 'QE' et coordonnera les rachats de titres.

Néanmoins, les dispositions sur le partage des risques qui s'appliqueront au 'QE' sonnent comme une concession accordée aux membres du conseil des gouverneurs de la BCE sceptiques quant à l'opportunité d'assouplir encore, et à une telle échelle, la politique monétaire dans l'Eurozone. Seulement 20% des achats suivants effectués dans le cadre du 'QE' seront soumis à un régime de partage des risques: 8% de titres achetés par la BCE et 12% de titres d'institutions européennes qu'acquerront les banques centrales nationales.

Jeudi, la BCE a décidé de modifier à la baisse la tarification des taux d'intérêt qui seront applicables lors des six prochaines opérations 'TLTROs' d'injection massive et ciblée de liquidités (EUROPE 11095). Elle a aussi maintenu inchangés les taux d'intérêt des principales opérations de refinancement (0,05%), de la facilité de prêt marginal (0,3%) et de la facilité de dépôt (- 0,20%). (MB)

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