Bruxelles, 04/11/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne a revu à la baisse, par rapport au printemps, ses prévisions de croissance pour l'Eurozone et l'UE en 2014 et 2015, mardi 4 novembre.
Alors qu'en mai elle tablait sur une croissance de 1,2% du PIB en 2014 et 1,7% en 2015 dans la zone euro, l'institution européenne estime que la hausse du PIB sera de 0,8% et 1,1% cette année et la suivante (EUROPE 11072). Au niveau de l'UE, le PIB ne croîtra pas de 1,6% en 2014 et 2% en 2015, mais respectivement de 1,3% et 1,5%. Les données divulguées mardi sont basées sur la nouvelle nomenclature SEC2010 mise au point par l'Office statistique de l'UE (Eurostat).
« Personne ne sait » si ces prévisions s'avèreront exactes, a déclaré le commissaire chargé de la Croissance et des Investissements, Jyrki Katainen, interrogé sur les raisons poussant la Commission à réviser, souvent à la baisse, les données publiées. Cette performance moindre s'explique, selon lui, par l'endettement privé et public persistant et un agenda « incertain » de réformes dans certains pays. Pour le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, « la faiblesse de l'investissement est une cause majeure expliquant la croissance atone », une explication qui n'est « pas propre aux pays vulnérables ».
Dans une conjoncture marquée par une croissance anémique et une très faible inflation, tous les pays de l'UE ne se comportent pas de la même façon. L'Irlande est le pays qui connaîtra la croissance la plus forte cette année (+4,6% du PIB). L'Espagne, dont le PIB augmentera de 1,2%, s'en sort mieux que prévu. En 2014, la croissance en Allemagne sera plus faible qu'annoncé (1,3%) et elle stagnera en France (0,3%) à son niveau de 2013. Quatre États membres seront en récession: Chypre (-2,8%), l'Italie et la Finlande (-0,4% chacune). Hors zone euro, la croissance sera forte au Royaume-Uni (3,1%) et en Pologne (3%), tandis que la Croatie sera en récession (-0,7%).
Cet exercice n'avait pas pour but de fournir une appréciation sur les projets de budget 2015 des États membres, suite à la récente passe d'armes ayant eu lieu entre des pays de la zone euro, comme l'Italie et la France et la Commission (EUROPE 11186). Rendez-vous est donc pris avec tous les États membres d'ici à fin novembre. D'ici là, un dialogue « constructif et exigeant » sera recherché, a promis M. Moscovici.
Pour faire repartir le moteur de la croissance, les deux commissaires sont d'avis qu'il n'existe pas de réponse idoine applicable à tous les États membres. Comme la Commission 'Barroso' précédente, la Commission 'Juncker' prêche pour un mix politique composé de politiques budgétaires « crédibles », de réformes structurelles stimulant l'activité économique et d'investissements porteurs de croissance.
Se focalisant sur l'effort budgétaire structurel, les règles du Pacte de stabilité et de croissance sont « relativement flexibles » pour prendre en compte les spécificités de chaque pays, a relevé M. Katainen. Loin de remettre en cause la nécessité des efforts de « stabilisation » que les États ont effectués lors de la crise de la dette souveraine, M. Moscovici a estimé qu'un endettement excessif limitait les budgets alloués au financement des services publics. Pourtant, sans croissance il ne peut y avoir de désendettement, a-t-il noté. Il a aussi souligné l'importance d'ouvrir un nouveau chapitre, celui de la « dynamisation » de l'économie européenne afin de « recréer de l'espoir en Europe ». Évoquant le plan d'investissement de 300 milliards d'euros que la Commission présentera avant Noël, il a estimé qu'il faudrait « autant d'investissement privé que possible et autant d'investissement public que nécessaire ». Ce plan d'investissement ne changera pas la face du monde, mais il fait partie d'une politique globale destinée à relancer l'économie européenne qui manque à la fois d'offre et de demande, a considéré M. Katainen.
D'après la Commission, le déficit moyen de la zone euro et de l'UE diminueront faiblement entre 2013 et 2014, passant respectivement de 2,9% à 2,6% du PIB et de 3,2% à 3% du PIB. Sur la période, quatorze États membres devraient pourtant voir leur déficit augmenter: - zone euro: Belgique (de 2,9% à 3%), France (4,1%, 4,4%), Italie (2,8%, 3,0%), Lettonie (0,9%, 1,1%), Pays-Bas (2,3%, 2,5%), Autriche (1,5%, 2,9%), Slovaquie (2,6%, 3%), Finlande (2,4%, 2,9%) ; - hors zone euro: Bulgarie (1,2%, 3,6%), République tchèque (1,3%, 1,4%), Danemark (0,7, 1%), Croatie (5,2%, 5,6%), Hongrie (2,4%, 2,9%), Suède (1,3%, 2,4%). Seuls deux pays sont en situation d'excédent budgétaire: l'Allemagne et le Luxembourg (0,2% chacun).
Le report de 2014 à 2015 du pic d'endettement public est une des conséquences de la conjoncture morose. Au niveau de l'Eurozone, la dette moyenne continuera d'augmenter: 93,1% du PIB en 2013, 94,5% en 2014 et 94,8% en 2015. Même chose pour l'UE: 87,1% en 2013, 88,1% en 2014, 88,3% en 2015. Là encore, les situations nationales demeurent contrastées. La dette sera supérieure au PIB en Grèce (175,5%), en Italie (132,2%), au Portugal (127,7%), en Irlande (110,5%), à Chypre (107,5%) et en Belgique (105,8%). Passant de 123,3% à 110,5% du PIB, la dette devrait baisser fortement en Irlande qui remboursera d'un bloc sa
dette vis-à-vis du FMI. Même chose en Allemagne, où la dette reculera de 76,9% à 74,5% du PIB, ainsi qu'en Pologne (55,7%, 49,1%). Le ratio dette/PIB sera le plus bas en Estonie (9,9%) et au Luxembourg (23,0%).
Pays (ayant été) concernés par un sauvetage financier. M. Katainen, souvent décrit comme un 'faucon budgétaire', n'a pas échappé aux questions sur les piètres performances du pays dont il était encore récemment Premier ministre. En récession (chute du PIB de 0,4% en 2014), la Finlande se trouve loin derrière l'Irlande, qui enregistre pour ces trois années les projections de croissance les plus robustes de l'UE (+4,6% en 2014, +3,6% en 2015, +3,7% en 2016).
Aux yeux du commissaire, les questions récurrentes sont les suivantes: avons-nous besoin, à l'avenir, d'austérité ou de croissance ? La consolidation budgétaire était-elle une erreur ? Il a constaté que, dans la zone euro, les politiques budgétaires étaient désormais « globalement neutres », le déficit moyen étant réduit à 2,6% du PIB. Il a critiqué ceux pour qui l'Europe n'est qu'austérité: « Qui aurait prêté aux États qui étaient le plus à risque s'ils ne s'étaient pas engagés à réduire leur dette et leur déficit ? ». Personne à part les citoyens des autres pays de la zone euro. Et de citer l'Irlande en exemple: « Pour l'Irlande, le médicament avait mauvais goût, beaucoup de personnes ont perdu leur emploi ; mais l'Irlande est de retour et, en faisant ce qui était nécessaire, elle a regagné la confiance » qui ramènera les investissements privés.
L'Irlande, comme le Portugal, ont réussi début 2014 à sortir sans filet de leur plan de sauvetage.
La Grèce, malgré une stabilisation de sa situation, ne devrait pas suivre ce chemin (EUROPE 11189). « L'accès si restreint aux marchés financiers » éclipse quasiment toute discussion sur son éligibilité à une ligne de crédit classique du Mécanisme européen de stabilité (MES) à sa sortie de programme, avait indiqué la veille un haut fonctionnaire de l'UE. L'Eurogroupe se positionne donc en faveur d'une ligne de crédit aux conditions renforcées ('ECCL') plus intrusive, plus contraignante que la ligne de crédit classique ('PCCL'). Sans se prononcer sur la substance des discussions en cours, M. Moscovici a espéré un accord sur la sortie de programme lors de l'Eurogroupe du 8 décembre, une sortie qui devra « respecter l'intégrité de l'Eurozone ». La Grèce, vue comme 'championne' des réformes par l'OCDE, peine à convaincre notamment en raison de l'instabilité politique qui règne et du risque d'élections anticipées, selon les analystes.
« Les réformes commencent à porter leurs fruits en Grèce », a pourtant considéré M. Katainen. Son homologue français a, par ailleurs, expliqué que la croissance grecque serait substantiellement au-dessus de la moyenne européenne l'année prochaine. Celle-ci atteindra 2,9% du PIB en 2015 puis 3,7% en 2016.
Tous les pays concernés par un programme d'aide, à l'exception de Chypre, renoueront avec la croissance en 2014. Si elle connaîtra la récession cette année (chute du PIB de -2,8%), la petite île méditerranéenne renouera ensuite avec la croissance (+0,4% en 2015, +1,6% en 2016). Après avoir été quelque peu chétive en 2014 (+0,9%), la croissance portugaise se renforcera en 2015 (+1,3%) et en 2016 (+1,7%). « Nous devons garder en tête que la croissance plus rapide dans les pays sous programme doit être vue dans un contexte de large recul de l'activité dans les périodes de crise », a tenu à préciser M. Moscovici. (MB et EL)