Bruxelles, 20/10/2014 (Agence Europe) - Profondément préoccupés par l'épidémie d'Ebola qui a fait déjà plus de 4 550 morts en Afrique de l'Ouest et pourrait faire 10 000 nouveaux cas d'infection par semaine d'ici à la fin de l'année dans les trois pays les plus touchés (Libéria, Sierra Leone, Guinée) et au-delà, les ministres des Affaires étrangères des 28 se sont concertés, lundi 20 octobre, à Luxembourg, sur les modalités d'une réponse coordonnée et renforcée de l'UE à cette crise sans précédent (EUROPE 11179).
Il s'agit d'une crise multidimensionnelle - humanitaire, sanitaire, économique, sociale, représentant de surcroît « une menace pour la paix et la sécurité au niveau mondial ». Les conclusions du Conseil le rappellent, comme elles reconnaissent la nécessité, au-delà des 450 millions d'euros déjà mobilisés par l'UE (aide humanitaire, protection civile et assistance au développement sous la coordination du SEAE), d'accroitre les efforts déployés conjointement par l'UE, en coordination avec l'ONU « pour contenir l'épidémie et fournir l'assistance adéquate aux pays affectés ainsi qu'aux pays voisins ». Évoquant « un problème grave extrêmement complexe que nous ne devrions pas sous-estimer », Catherine Ashton, la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité de l'UE, a insisté sur la part à prendre conjointement « par les États membres de l'UE et par la Commission ».
L'objectif majeur de cette réunion préparatoire au Conseil européen des 23 et 24 octobre était de préciser l'organisation d'une lutte intensifiée contre l'Ebola autour des pays chefs de file au niveau international: les États-Unis, particulièrement actifs au Libéria avec leurs 3 000 soldats dépêchés sur place, le Royaume-Uni, chef de file en Sierra Leone et la France en Guinée, mais l'Allemagne aussi pour ce qui est de ressources de protection civile mises à disposition (moyens militaires à des fins logistiques et matériel médical). Une réunion entre ministres français, britannique et allemand a d'ailleurs précédé la réunion des 28 et, dans ses conclusions, le Conseil salue « le rôle joué par ces pays » pour accroître la réponse dans ces trois pays qui paient le plus lourd tribut.
Évacuation médicale, approche au cas par cas. Actuellement, c'est l'envoi de professionnels de santé et de volontaires dans les pays touchés et de moyens adéquats pour assurer l'évacuation du personnel médical international à rapatrier, si besoin en était, qui laisse à désirer, si l'épidémie venait à s'aggraver sérieusement. Mais, pour l'heure, le Conseil de l'UE se contente de l'approche au cas par cas décidée par l'UE, avec le concours des compagnies aériennes commerciales pour les cas non-contagieux et via le protocole d'entente conclu avec la compagnie américaine Phoenix Air qui permettrait, si besoin était, de rapatrier simultanément deux malades diagnostiqués ou contagieux. Le Conseil salue l'accord conclue entre les États membres et la Commission pour garantir au personnel de santé « qu'il recevra le traitement dont il a besoin dans les limites des ressources disponibles ».
David Cameron appel au sursaut. Dans un courrier adressé au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et à ses collègues, le Premier ministre britannique, David Cameron, avertit « nous devons agir vite pour contenir et terrasser ce virus mortel. Si nous n'augmentons pas significativement notre réponse collective maintenant, les pertes en vies humaines et les dégâts causés au tissu politique, économique et social de la région seront considérables et le risque pour nos citoyens augmentera aussi ». Le Premier ministre britannique presse les dirigeants européens de se mettre d'accord lors du Conseil européen des 23 et 24 octobre sur un paquet de mesures ambitieuses, à savoir: - accroître les contributions de l'UE et de ses États membres pour les porter à 1 milliard d'euros, mobiliser, d'ici à la mi-novembre, au moins 2 000 travailleurs, dont 1 000 membres du personnel médical, accroître la coordination sur la vérification des contrôles aux points d'entrée en Europe, échanger les meilleurs pratiques sur le traitement des cas d'Ebola pour réduire le risque de transmission de la maladie dans l'UE. 450 millions d'euros, c'est insuffisant selon l'Allemagne et la France. Mais pour l'heure le Conseil se contente d'appeler la communauté internationale à répondre à l'appel lancé par les Nations Unies à mobiliser 987,8 millions de dollars.
Un « Monsieur Ebola ». L'idée de nommer un coordonnateur européen de la lutte contre l'épidémie d'Ebola pour donner un visage aux efforts de coordination de la réponse européenne a été saluée par une majorité d'États membres. Cette nomination aura lieu « dans les jours qui viennent », a indiqué le ministre français, Laurent Fabius. Cette personnalité sera désignée par le Conseil européen.
Mission civile. Le ministre allemand, Frank Walter Steinmeier, a invité les États membres à faire plus et a proposé l'établissement d'une mission civile de l'UE à déployer sur place en Afrique pour aider les pays les plus touchés. Une équipe d'experts en planification stratégique du SEAE effectue une mission dans les 3 pays (du 21 au 27 octobre). Le SEAE envisage la mise en place d'une cellule de coordination, qui ne serait pas un nouveau niveau de décision, mais qui permettrait, si les besoins en ressources militaires à des fins civiles venaient à dépasser les moyens offerts par des pays comme le Royaume-Uni et la France, d'aider à coordonner les contributions éventuelles que des États membres plus petits pourraient fournir. (AN)