Divergences. Étrange destin que celui de l'Europe ! Son unification répondait à un objectif précis: la volonté d'en finir pour toujours avec les guerres, qui, par deux fois, l'avaient ensanglantée et largement détruite. Et voilà que l'UE risque de se trouver impliquée dans des conflits qui éclatent dans des lieux que les citoyens européens doivent peut-être aller chercher sur leur carte géographique. L'attitude des États membres n'est pas uniforme, les uns réduisent leurs forces armées, d'autres estiment nécessaire de les développer. La position géographique détermine largement les attitudes de chacun.
L'existence de l'OTAN, d'organismes communs et de politiques coordonnées n'empêche pas les États membres de garder une large autonomie militaire nationale. Encore récemment, la France a adopté, dans le cadre de sa Loi de programmation militaire 2014-2019, de nouvelles mesures réductives: une base navale fermée, un régiment d'artillerie dissous, cinq bâtiments de la marine désarmés (voir les détails dans notre publication Europe Diplomatie & Défense 739). Mais la France est un cas spécial, car elle détient l'arme atomique. Globalement, je le répète, les situations et orientations des États membres ne sont pas analogues.
Mais ceci n'empêche pas les institutions de l'UE, Parlement en tête, d'en discuter.
Une parlementaire éloquente (et piquante). Le Parlement européen a, on le sait, une sous-commission Sécurité et Défense. Sa présidente, la Polonaise Anna Fotyga, a amplement annoncé ses convictions et son attitude. Dans notre EDD 739, elle a souligné l'ampleur des défis auxquels l'Europe est confrontée dans ces domaines et a insisté sur son intention de soulever, dans le cadre de ses fonctions, les aspects impliquant, à son avis, « une menace pour la sécurité » de l'Europe. L'UE doit, selon elle, consacrer davantage de ressources financières à la défense, et Mme Fotyga a exprimé sa « grande inquiétude » pour les orientations en sens opposé.
À l'égard de la Russie en particulier, l'UE doit, à son avis, être « plus ferme ». Mme Fotyga a exprimé explicitement « des doutes » à l'égard de Federica Mogherini, prochaine Haute Représentante de l'UE pour la politique étrangère, tout en ajoutant: « mais je constate qu'elle a la volonté d'apprendre ». En reconnaissant « quelques changements ces derniers mois » chez Mme Mogherini, elle a exprimé l'espoir que cette évolution ne soit pas « un peu trop lente ou trop tardive ». Selon Mme Fotyga, « l'opinion dominante dans l'UE est toujours le rêve d'une coopération avec la Russie et c'est notre rôle de la modifier ». Et elle a conclu: « L'audition de Mme Mogherini (devant le Parlement) ne m'a pas entièrement satisfaite. »
On attend avec intérêt le prochain débat au sein de la sous-commission Sécurité et Défense du PE, ainsi que les réponses éventuelles, directes ou indirectes, de la nouvelle Haute Représentante et vice-présidente de la Commission européenne aux affirmations de Mme Fotyga.
Idées claires de Mme Mogherini. Devant le PE, Federica Mogherini avait déjà exprimé (EUROPE 11171) l'intention d'exercer aussi les aspects de ses fonctions qui ont été négligés par Mme Ashton, ce qui signifie qu'elle sera en même temps: a) vice-présidente de la Commission européenne ; b) Haute Représentante de l'UE, non seulement pour la politique étrangère, mais aussi en matière de défense, en liaison avec les ministres nationaux. Quant à son orientation, elle avait indiqué que ses priorités seront: « préserver la paix, prévenir les conflits et renforcer la coopération internationale ». Elle avait aussi souligné que la fermeté sera exercée lorsqu'elle est nécessaire, en citant le cas du soi-disant État Islamique (Daesh), qui n'est pas un État et ne représente en rien l'Islam, mais est « une menace pour la paix et la justice ».
Tenir compte de la vérité. Le véritable objectif de Daesh (ou Isis, ou État Islamique ou ce qu'on voudra) est de produire le maximum de pétrole pour s'enrichir ; les demandes à l'UE d'armes et de soutien militaire dans ces régions ne doivent pas être prises en compte, car leur destination finale est presque toujours le Daesh lui-même. L'idée de l'adhésion de la Turquie à l'UE doit enfin être abandonnée, car le souci prioritaire d'Ankara est le rejet des Kurdes, et l'Europe ne doit s'y impliquer en aucune manière. Dans certains États membres, la France surtout, les organisations musulmanes rejettent et condamnent officiellement l'intolérance et le fanatisme, souhaitant vivre en harmonie dans le pays d'accueil. L'Europe doit rejeter, d'une manière ou d'une autre et même s'ils ont obtenu la citoyenneté d'un État membre, les fanatiques qui vont combattre dans le Daesh pour revenir ensuite dans l'UE avec intentions et projets ignobles.
(FR)