Bruxelles, 04/09/2014 (Agence Europe) - La BCE a surpris, jeudi 4 septembre, en adoptant de nouvelles mesures conventionnelles (baisse des taux) et extraordinaires (rachat d'actifs privés) pour lutter contre des perspectives d'inflation détériorées à court terme et stimuler le financement de l'économie.
Le conseil des gouverneurs a décidé de baisser de 10 points de base à partir du 10 septembre le taux d'intérêt de ses opérations principales de refinancement (+0,05%), celui de la facilité de prêt marginal (+0,3%) et celui de la facilité de dépôt (-0,2%). Ce n'est pas une décision « unanime », mais qui bénéficie d'une « majorité confortable », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi.
La poursuite en août de la désinflation (0,3% en août), surtout liée à la baisse des coûts de l'énergie, a surpris la BCE. Même si ses prévisions à moyen terme demeurent inchangées (0,6% en 2014, 1,1% en 2015 et 1,4% en 2016), la hausse des risques baissiers à court terme (tensions géopolitiques en Ukraine, insuffisance des réformes dans la zone euro) l'oblige à compléter les mesures annoncées début juin relatives à l'opération 'TLTROs' d'injection massive de liquidités qui démarrera prochainement (EUROPE 11095).
Début octobre, la BCE activera un programme de rachat d'actifs privés (titres adossés à des actifs et obligations sécurisées) auprès de banques et/ou d'investisseurs publics. Nouveaux ou existants, les titres seront adossés à des actifs immobiliers ou à des prêts à la consommation contractés par des acteurs non financiers.
Outre ces décisions qui ont renforcé la baisse de l'euro face au dollar, l'Institut monétaire reste prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour respecter son mandat (inflation annuelle proche mais inférieure à 2%). Notamment, la possibilité d'initier un programme de rachat massif d'actifs privés et publics ('quantitative easing' à l'européenne) a bel et bien été discutée, jeudi. « Certains gouverneurs veulent faire plus, certains veulent faire moins. Nos propositions vont à mi-chemin », a indiqué l'ancien gouverneur de Banca d'Italia.
M. Draghi a réitéré sa pression sur les pays de la zone euro, leur demandant d'intensifier les réformes structurelles. Ces réformes ont un coût mais la faible croissance n'en a-t-elle pas elle aussi ?, s'est-il interrogé. Sur l'application du Pacte de stabilité et de croissance, M. Draghi a mis en garde contre toute tentative de détricoter les règles budgétaires européennes. D'après lui, pour combattre la crise de confiance dans l'économie européenne, il serait plus opportun d'avoir, d'abord, une discussion sur les réformes structurelles propices à la croissance (ex: baisse d'impôts à effet budgétaire nul, coupes dans les dépenses aux secteurs improductifs) et, ensuite, mener une discussion sur la flexibilité du Pacte. C'était le sens de mon discours à Jackson Hole, a relevé le président de la BCE (EUROPE 11139). Et de se prononcer pour un « partage de souveraineté » des États membres en matière de suivi des réformes qui aurait, selon lui, l'avantage de faciliter le processus politique et augmenterait les opportunités des travailleurs mobiles. (MB)