Pessimisme mensonger. On connaît le refrain: l'unité européenne s'effrite, l'euroscepticisme progresse. On l'entend partout. Mais cette rengaine n'est pas toujours négative: elle a déjà suscité des sursauts, impliquant la révision de plusieurs politiques communes et des innovations qui progressivement se concrétisent et deviennent visibles. Puisque les effets ne sont pas immédiats, certains médias à la recherche du sensationnel mettent toujours l'accent sur les divergences et les échecs. Mais l'UE entre dans une phase positive. Le pessimisme systématique est mensonger.
Eurosceptiques en désaccord. Au sein du Parlement européen, le gonflement des forces eurosceptiques n'est pas une anomalie ; du moment qu'elles existent, il est normal qu'elles soient représentées et puissent s'exprimer. Elles prouvent que les institutions communautaires ne sont pas une sorte de caste réservée aux fidèles de la construction européenne. Il a été plutôt constaté que les eurosceptiques ne sont pas compacts ; ils sont très divisés et restent minoritaires. L'UE est une vraie démocratie, son assemblée parlementaire représente toutes les tendances. Et si, malgré tout, un pays préfère en sortir, la porte est ouverte.
Russie: relancer le dialogue. L'Italie assume mardi prochain la présidence de l'UE et son gouvernement a préparé (et discuté avec le président de la République, M. Napolitano) le discours-programme que le premier ministre, Matteo Rienzi, prononcera le 2 juillet devant le Parlement européen. D'après les indications en provenance de Rome, le passage concernant la Russie indiquera que la présidence italienne encourage l'UE à rechercher les voies pour relancer le dialogue et pour saisir les opportunités pour faire progresser le partenariat stratégique avec Moscou, si le conteste général le rendra possible. L'intention de coopérer semble claire.
Clarté sur le gaz russe. Les incertitudes sur le passage du gaz russe par l'Ukraine se répercutent lourdement sur l'ensemble de la fourniture énergétique de l'UE. Un pays tiers, la Serbie, est aussi directement impliqué dans le gazoduc South Stream et les entreprises colossales engagées dans ce projet ont besoin de clarté. La Commission européenne a pris fermement position pour faire respecter les règles communautaires. Mais la réalité dépasse les aspects juridiques ; le sommet européen qui commence jeudi devra(it) clarifier la situation et se prononcer avec fermeté et limpidité.
L'OTAN doit améliorer sa transparence. Notre bihebdomadaire Europe Diplomatie & Défense a rendu compte, dans son n° 709, d'une prise de position de la Cour des comptes des Pays-Bas sur la clarté des dépenses de l'OTAN. Cette dernière devrait publier des comptes consolidés en fournissant un aperçu des millions d'euros d'argent publique dépensés. La Cour des comptes néerlandaise dénonce encore une fois, et d'autres l'on déjà fait dans le passé, la rareté des informations quant aux recettes annuelles, aux dépenses et aux réalisations de l'OTAN ; sur les 48 entités de l'organisation sise à Bruxelles, huit à peine sont très transparentes, pendant que les autres sont opaques à très opaques. Bien entendu, les dépenses militaires ne sont pas en cause, mais il n'est pas justifié que les frais du secrétariat international, des autres entités civiles et des fonds d'affectation spéciale ne soient pas clairs. Et la Algemene Rekenkamer de Den Haag estime injustifiée aussi l'absence de données claires sur les contributions financières de chaque allié.
La Grèce et l'euro. Cette rubrique a souvent pris position à contre-courant à propos de la participation de la Grèce à la zone euro. Je confirme qu'un pays qui n'en respecte pas les disciplines et ne donne pas l'impression d'être en mesure de le faire devrait en sortir. D'autres États membres ont dérapé, mais ont respecté ensuite les disciplines nécessaires pour redresser la situation, avec les soutiens nécessaires. La Grèce n'a pas été en mesure de le faire, elle a prolongé et même vu augmenter ses lacunes, malgré les nombreuses aides. Elle aurait dû revenir à sa monnaie nationale et la dévaluer, ce qui serait mieux aujourd'hui pour sa population (riches, banquiers et spéculateurs mis à part). Je continue à estimer que la situation ne pourra pas être redressée et que le prochain pseudo-effort de redressement sera inefficace, comme les précédents.
UE ingérable ? Une question désagréable pour conclure: jusqu'où l'UE pourrait-elle s'étendre, sans perdre son caractère et la possibilité de fonctionner efficacement ? Est-elle en mesure d'accueillir tous les candidats qui frappent à sa porte ? Serait-il possible d'envisager un régime de liens étroits sans perspective d'adhésion ? Au-delà de certaines limités, l'UE deviendrait ingérable, aussi bien du point de vue budgétaire et financier, que pour son fonctionnement et sa gestion. (FR)