Bruxelles, 10/04/2014 (Agence Europe) - Un débat trop court, trop dense et parfois trop technocratique pour être intelligible. Le premier affrontement télévisé, mercredi 9 avril sur France 24 et RFI, entre les deux principaux candidats à la succession de José Manuel Barroso, MM. Jean-Claude Juncker pour le PPE et Martin Schulz pour le PSE, a laissé un goût d'inachevé et n'a pas encore tenu les promesses des groupes politiques du PE de donner un caractère nouveau aux élections européennes en personnalisant la campagne. Les deux partis ont eu beau jeu de revendiquer la victoire l'un sur l'autre, le débat n'a en réalité pas réellement permis de différencier les deux prétendants et, plus important, de se faire une idée précise de leur programme respectif.
M. Juncker change d'avis sur les eurobonds
Sans surprise, c'est sur les politiques économiques et la cure d'austérité, infligée notamment à la Grèce après le déclenchement de la crise en 2008, et sur les remèdes appliqués par Jean-Claude Juncker lorsqu'il était aux manettes de l'Eurogroupe que se sont affrontés le plus les deux hommes. L'occasion pour Martin Schulz de rappeler les ambitions évanouies de M. Juncker, notamment sur les eurobonds et la mutualisation de la dette. Jean-Claude Juncker avait pris parti pour ces eurobonds, à l'inverse d'Angela Merkel, très réticente. « Avant, M. Juncker les voulait mais ce n'est plus le cas », a ironisé Martin Schulz, suggérant que M. Juncker avait été contraint de ravaler ses projets en devenant le candidat de la chancelière allemande. « C'est une question de bon sens et de faisabilité. L'Allemagne n'est pas la seule à s'y opposer », s'est défendu le Luxembourgeois, pour qui ce dispositif « ne nous permettrait pas de sortir plus vite de la crise ». M. Juncker s'est aussi rappelé qu'il avait été freiné dans ses intentions par le SPD, le parti allemand de M. Schulz, « qui n'a pas voulu les introduire et cela m'a fait réfléchir ».
Sur les politiques économiques plus largement, les deux hommes n'ont pas évité le classique duel gauche/droite, Jean-Claude Juncker revendiquant la nécessaire discipline budgétaire et la rigueur rendues obligatoires par des années « de dérives » et de mauvaise gestion, notamment socialiste. De son côté, Martin Schulz a battu en brèche l'idée selon laquelle « la réduction unilatérale des dépenses permettait la reconquête des investisseurs ». « C'est faux », a dit Martin Schulz, pour qui il faut notamment « une combinaison entre une politique de discipline budgétaire nécessaire et des investissements stratégiques pour les jeunes ».
Unis dans la lutte contre le chômage
Les deux hommes ont toutefois convergé dans le même sens en ce qui concerne le chômage et les difficultés d'accès au crédit des PME. Les deux candidats ont d'ailleurs admis que c'est précisément en raison de ce chômage, « un 29ème État membre » selon M. Juncker, qu'il est impossible de dire que la crise est terminée. Sur le rôle de l'euro aussi, les deux hommes sont d'accord et « en sortir ne créerait pas plus d'emplois », a dit Martin Schulz à l'adresse des eurosceptiques et des europhobes, comme le Front national français.
MM. Juncker et Schulz ont aussi été interrogés sur l'immigration. Les deux hommes souhaitent que l'Europe reste une terre d'accueil. M. Schulz a insisté sur les voies légales et sur la répartition de la charge des migrants entre les 28 pays de l'UE. Alors que Jean-Claude Juncker s'en est tenu à une immigration régulée. Ils ont encore parlé des réformes institutionnelles et des opt-out britanniques. Le candidat allemand s'est dit « tout à fait d'accord au besoin de réfléchir à ce qu'on peut mieux faire aux niveaux locaux, régionaux, nationaux ou européens » et « pour améliorer la structure de nos décisions ». Jean-Claude Juncker a dit en substance la même chose, estimant qu'« on doit être d'accord sur le fait que l'UE doit être grande sur les grands enjeux mais ne doit pas s'occuper de tous les problèmes ».
Les deux hommes sont-ils donc si proches ? Pour M. Juncker, au-delà des apparences, « il y a des différences notables entre les familles socialistes et démocrates-chrétiennes », a-t-il assuré au cours du débat. Les électeurs auront tout le loisir de vérifier ces dires lors des prochains débats: samedi 12 avril sur TV5 et la RTBF et le 28 avril à Maastricht (sur Euronews), avec cette fois tous les candidats en lice. (SP)