Bruxelles, 10/04/2014 (Agence Europe) - Alexis Tsipras, président de la coalition Syriza et candidat du Parti de la Gauche européenne (PGE) à la présidence de la Commission européenne, ne partage pas l'optimisme dominant soulevé par le succès de l'émission d'obligations à cinq ans qu'a lancé la Grèce la veille.
« Qu'avons-nous fait hier ? Nous avons emprunté sur les marchés financiers pour 2,5 milliards d'euros sur cinq ans avec des taux d'intérêts de 5% », a expliqué M. Tsipras, jeudi 10 avril à Bruxelles, estimant à 600 millions d'euros le gain final pour les investisseurs. « On augmente notre dette et on subventionne les spéculateurs avec des taux usuriers », a-t-il critiqué. « Pour couronner le tout, on tire sur nous-mêmes » en affaiblissant l'argument de base qui a mené la Grèce sous assistance financière, c'est-à-dire la non-viabilité de la dette. « C'est un crime politique », a considéré sans détour le leader politique grec.
Athènes a en effet levé, mercredi, trois milliards d'euros de titres à 5 ans à un rendement de 4,75%, selon le ministère grec des Finances (EUROPE 11057). « La demande a été très forte », précise-t-il dans un communiqué, et la participation d'investisseurs étrangers devrait approcher 90%. « Nous allons retrouver la qualité de vie qui était la nôtre. Et tout cela a été permis grâce aux sacrifices et au dur labeur du peuple grec », a souligné le ministre grec des Affaires étrangères, Evángelos Venizélos.
Au nom de la Commission, Simon O'Connor, porte-parole du commissaire aux Affaires économiques et monétaires, s'est félicité de ce « premier mais clair pas vers la réouverture de l'accès au marché pour la Grèce ». Il a qualifié cette étape de « signe important » démontrant que « l'économie grecque commence à retrouver la confiance des investisseurs » et appelé Athènes à poursuivre ses efforts. Un optimisme partagé par le président du Parlement européen. Selon Martin Schulz, un succès complet pourra être constaté uniquement lorsque les Grecs commenceront à sentir une amélioration dans leur vie quotidienne. Quant à la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, elle a salué « un pas dans la bonne direction ».
En février 2010, Athènes procédait à sa dernière émission d'obligations du genre. À l'époque, les taux d'intérêt demandés s'élevaient à 6,1%. « Notre dette s'élevait à 115% du PIB. On nous a dit que notre dette n'était pas viable et que nous allions faire faillite », s'est souvenu M. Tsipras. Il a rappelé que le Premier ministre d'alors, le socialiste G. Papandréou, avait comparé le pays au Titanic, une déclaration qui avait fait grimper les taux d'intérêt sur la dette à des niveaux pourtant proches, selon lui, de ceux pratiqués mercredi. « Et maintenant, on nous dit que la Grèce peut refinancer sa dette au niveau des marchés », a-t-il ironisé.
Pour M. Tsipras, la décision d'un retour partiel sur les marchés a « sûrement » été prise pour des motifs électoraux, à quelques semaines des élections européennes. Mais surtout pour conforter la zone euro dans l'idée que la stratégie de l'austérité fonctionne. « La sortie de crise n'est pas à l'ordre du jour. La Grèce est toujours piégée par sa dette », qui approche désormais 175%, a-t-il contesté.
Sa compatriote Elena Papadopoulou, de l'institut Nikos Poulantzas, a abondé dans le même sens. Elle a expliqué que le débat sur la 'success story' grecque implique que les premiers excédents budgétaires « sont un signe positif malgré les coûts que cela peut impliquer ». La purge budgétaire en Grèce n'a en effet eu d'égale nulle part ailleurs. Sur le plan structurel, l'effort entre 2010 et 2014 est proche de 11% du PIB.
Le leader de Syriza a également précisé que, pour réduire sa dette, la Grèce devra dégager un excédent budgétaire de 4,5% en 2016 et rester à ce niveau chaque année jusqu'en 2020, soit un excédent de 60 milliards d'euros par an. « Cela relève de la pure imagination », a-t-il estimé.
Quant à Mme Papadopoulou, elle a estimé qu'« une bonne partie de la dette grecque (devait) être effacée ». Plus des trois quarts de la dette grecque, certaines sources disent même 90%, sont aujourd'hui détenus par des créanciers institutionnels. Une fois que l'Office statistique de l'UE (Eurostat) aura confirmé, le 23 avril prochain, l'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) du pays pour 2013, le pays pourra activer la clause prévoyant que les Européens acceptent à nouveau de réduire le fardeau de l'endettement hellène. Plaidant pour la tenue d'une conférence sur la dette grecque, M. Tsipras a appelé à une réduction de la dette de son pays via une recapitalisation directe des banques par le Mécanisme européen de stabilité (MES).
Or, un effacement pur et simple, à l'image de l'opération de 2012 où les créanciers privés avaient essuyé des pertes sèches, était un cas « unique », a redit le ministre allemand des Finances, Wolgang Schäuble.
La Gauche européenne plaide pour trois piliers indissociables, présentés jeudi par Yiannis Milios, du groupe de travail économique: - une restructuration des dettes existantes ; - la mise sur pied d'un Fonds européen pour le développement social et écologique ; - un financement ciblé des banques par la BCE à coût très bas à condition que celles-ci transmettent ces liquidités aux entreprises. L'important, selon Pierre Laurent, président du PGE, c'est de redonner sa place à la démocratie « en restaurant le respect des souverainetés nationales ». (EL)