Bruxelles, 03/04/2014 (Agence Europe) - L'UE va-t-elle bientôt reprendre l'intégralité de ses échanges avec la Suisse, qui est sur le point de sceller un accord avec la Croatie? La semaine dernière, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Yves Rossier, s'est rendu à Zagreb et un compromis a pu être trouvé avec le gouvernement croate concernant l'application du protocole de libre circulation pour les travailleurs croates. Un protocole, au coeur du différend entre Berne et l'UE, qui ne serait donc pas signé conformément à ce qu'a imposé la votation populaire du 9 février, mais bel et bien appliqué dans sa substance, a indiqué mercredi 2 avril une source proche du dossier.
Les deux parties se sont en effet entendues sur l'ouverture graduelle du marché du travail suisse aux ressortissants croates et sur leur non-discrimination par rapport aux autres citoyens européens. Seraient ainsi délivrés aux travailleurs croates, pour la première année, une cinquantaine de permis de travail de longue durée (5 ans) et environ 450 permis de courte durée (1 an), a indiqué cette source.
Jeudi 3 avril, le gouvernement croate a lui-même officiellement confirmé cet accord de principe et exprimé sa « satisfaction », ont rapporté plusieurs médias croates. Problème: cette formule 'pragmatique' ne susciterait pas pour le moment l'enthousiasme de la Commission et du Service européen pour l'action extérieure (SEAE). « On sait que les Croates sont d'accord ; pourquoi donc le SEAE bloque-t-il les choses ? », s'interroge un observateur.
Du côté du SEAE, une source a simplement indiqué, jeudi 3 avril, qu'aucune proposition officielle n'avait été adressée par la Suisse à la Commission sur un éventuel compromis. Le SEAE précise aussi que si la situation affecte les citoyens croates, il ne s'agit pas d'un dossier bilatéral mais d'un dossier traité entre le gouvernement suisse et l'UE. La Commission et le SEAE attendent donc une démarche officielle de la part des autorités suisses.
Cette formule proposée à Zagreb, pour séduisante qu'elle paraisse, ne verra en tout cas pas le jour tant que l'UE ne reprendra pas les programmes gelés avec la Suisse, comme Erasmus + ou Horizon 2020. La Suisse attendant en effet des garanties en retour. « Si la Commission s'y oppose, alors ça ne marchera pas », observe une source. Qui espère que la Commission saura faire preuve de souplesse et cessera de « punir » la Suisse pour un différend ne concernant qu'à peine « 50 permis de travail », insiste encore cette source qui connaît bien le dossier.
D'autant plus qu'il restera par après d'autres sujets tout aussi sensibles à régler, en l'occurrence la réintroduction d'ici à 3 ans de quotas pour les travailleurs européens, comme l'ont demandé les 50,3% de votants ayant approuvé la votation du 9 février « contre l'immigration de masse ». (SP)