login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11030
Sommaire Publication complète Par article 30 / 30
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1038

*** ROGER GODINO, FABIEN VERDIER: Vers la Fédération européenne. L'Europe de la dernière chance. Notre Europe / Institut Jacques Delors (19 rue de Milan, F-75009 Paris. Tél.: (33-1) 44589797 - Courriel: info@notre-europe.eu - Internet: http://www.notre-europe.eu ). Collection "Policy Paper", n° 105. 2014, 20 p..

Ce dernier Policy Paper publié voici trois semaines par le cercle de réflexion fondé par Jacques Delors a déjà fait - et fera encore - couler beaucoup d'encre, celle-ci n'étant pas fatalement… sympathique pour ses auteurs. Pourtant, à première vue, que peut-on bien reprocher à ceux-ci, eux qui partent du constat plein de bon sens que la crise profonde dans laquelle sont empêtrées l'Union européenne et, plus encore, la zone euro ne sera surmontée qu'au prix d'un acte politique fort, à savoir d'une avancée décisive sur la voie fédérale. En sa qualité d'administrateur de la Ligue européenne de coopération économique, Roger Godino est bien placé pour rappeler que « toute monnaie pour être pérenne a besoin d'être en face d'un pouvoir politique fort et lisible », raison pour laquelle il propose avec Fabien Verdier, président du Club Convictions, qu'il soit donné naissance à une « Fédération des États-nations », soit le concept inventé par l'ancien président Delors.

Très concrètement, le noyau fédéral envisagé aurait pour missions prioritaires deux chantiers évidents: la relance de la croissance - tant il est patent que l'actuelle « véritable politique d'austérité (…) qui cherche à tout prix à diminuer les dépenses publiques, parfois au-delà du raisonnable », fait le lit de la récession - et une harmonisation fiscale. A « l'austérité érigée en principe », les auteurs proposent de substituer une « politique plutôt progressiste » qui cherche à relancer la croissance par le biais d'investissements, ce qui naturellement passera par des Eurobonds émis par la Banque européenne d'investissement. Les projets à soutenir dans les secteurs d'investissement d'avenir à privilégier - la recherche et l'enseignement supérieur ainsi que les grandes infrastructures européennes dans les domaines, par exemple, de l'énergie et des transports - seraient à choisir par une « Agence européenne de l'investissement » sur la base de leur rentabilité garantie. Voilà qui est bien parfaitement raisonnable. De même, comment ne pas donner raison à Godino et Verdier lorsqu'ils prônent une harmonisation en deux temps de la fiscalité, les pays de la Fédérations s'entendant d'abord sur une définition commune acceptée de certains impôts et taxes avant de procéder à une harmonisation des taux en s'inspirant des marges de fluctuation qui prévalaient pour les monnaies nationales évoluant autour de feu l'Ecu. Voilà encore à l'évidence une piste intéressante.

Le doute naît dès lors que l'on lit que le Luxembourg ne pourra pas faire partie de la Fédération car il gagne son paradis économique en étant de petite vertu sur le plan fiscal. Non sans raison, les auteurs estiment que l'Union des Vingt-huit ne pourra efficacement s'engager sur ces deux chantiers du fait, entre autres, d'une obstruction assurée de Londres. Du coup, ils proposent de n'ouvrir les portes de ce nouveau club qu'aux pays fondateurs en substituant l'Espagne au Grand-Duché, une place pouvant être promise aussi à la Pologne une fois qu'elle aura adopté l'euro. Représentant plus des deux tiers du produit intérieur brut européen, ces pays seraient économiquement assez homogènes que pour affronter le grand large de la mondialisation. Certes. Mais les auteurs ont-ils tenu compte du fait que les caractéristiques économiques pèsent fort peu face à l'envie ou à l'absence d'envie de partager un peu (plus) de sa souveraineté ? Ont-ils perçu combien les Pays-Bas se laissent désormais griser par l'envie du repli sur soi et d'une Europe à la mode anglaise ? Ce simple constat est déjà, en soi, assez problématique. Mais il y a bien plus ennuyeux encore…

Alors que Roger Godino et Fabien Verdier font le reproche au président Hollande d'avoir seulement voulu, avec sa proposition de créer un gouvernement économique de la zone euro, « un organisme de plus de décisions collectives qui engage le pays sans le moindre contrôle démocratique », c'est la création, sur le plan institutionnel, de… plusieurs nouveaux organismes qu'ils prônent. Certains jugeront sans doute qu'ils n'ont pas tort de relever que « les chefs d'Etat inventent une nouvelle Europe en décidant tout en Conseil européen » et que celui-ci « travaille dans la plus grande opacité démocratique et décrédibilise le reste des institutions ». Est-ce toutefois une raison suffisante pour inventer un « nouveau machin » ? Est-ce une raison pour suggérer la création d'une Chambre et d'un Sénat de la Fédération d'États-nations qui seraient, l'un et l'autre, l'émanation des… parlements nationaux ? Voilà qui constituerait la plus catastrophique des régressions dans l'histoire de la construction européenne, conduisant les citoyens européens à se retrouver privés de la voix au chapitre qu'ils avaient commencé à gagner en 1979 ! Est-ce bien la meilleure manière de préparer les élections européennes de mai prochain ? Il résulte en définitive de ce Policy Paper une confirmation du fait que certains Français continuent décidément à vouloir bâtir l'Europe à l'image de leur République et sans beaucoup d'égards pour les citoyens, seuls les Etats et les exécutifs - les leurs en particulier - comptant à leurs yeux. Michel Theys

*** ANDREAS PANTAZOPOULOS: Le national-populisme de gauche 2008-2013. De la « rébellion » de Décembre, des « Indignés » et de l'élection de 2012 jusqu'à la nouvelle question chypriote. Éditions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél: (30-231) 0256146 - fax: 0256148 - Courriel: books@epikentro.gr). 2013, 264 p., 15 €. ISBN 978-960-458-402-4.

Depuis 2008, avec la "rébellion" des jeunes de décembre, jusqu'à aujourd'hui, avec l'émergence de la nouvelle question chypriote, les développements socio-politiques ont été caractérisés, en Grèce, par l'avènement d'un national-populisme de droite et de gauche. Ce dernier existe-t-il ? Oui, il existe: comme l'écrit Andreas Pantazopoulos, professeur de sciences politiques à l'Université de Salonique et chroniqueur régulier dans le quotidien « I Avgi », il s'est laissé voir dans la mobilisation de masse des « Indignés » et le soi-disant « mouvement des places ». Il s'est laissé percevoir dans les appels pour l'établissement d'un « nouveau mouvement national pour la libération », dans les théories du complot, dans la germanophobie grandissante. Il s'est laissé entrevoir sous la forme d'une force politique qui a enregistré un nombre important de suffrages lors des élections de mai et juin 2012, à tel point que la perspective européenne de la Grèce s'en est même retrouvée menacée. Certains de ceux qui refusaient de voir cette réalité ont commencé à en prendre conscience lorsqu'ils ont vu l'accueil enthousiaste qui était réservé, en Italie, au phénomène Beppe Grillo et, surtout, quand leur est apparue la coopération politique sans précédent des nationaux-populistes des deux extrêmes dans la « nouvelle question chypriote ». Donc, explique l'auteur, une grande partie de la soi-disant « gauche qui bouge » a rencontré une caricature de la « nation », une figure obscure du « socialisme national » par le recours au populisme comme idéologie. Les différents chapitres de ce volume cherchent à analyser cette évolution inquiétante et à montrer pourquoi le national-populisme n'est pas la solution aux grands problèmes de confiance que nourrit la société grecque par rapport au monde politique. (AKa)

*** NICOLA KRISTIN KARCHER, ANDERS G. KJOSTVEDT (sous la dir. de): Movements and Ideas of the Extreme Right in Europe. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Zivilisationen & Geschichte", n° 21. 2012, 252 p., 46,95 €. ISBN 978-3-631-60136-5.

Ayant notamment bénéficié du soutien de la Fondation Liberté d'expression d'Oslo, cet ouvrage est le prolongement d'une conférence qui a réuni à l'Université Humboldt de Berlin en décembre 2009 des spécialistes du monde académique - historiens, politologues et philosophes pour la plupart - d'une vingtaine de pays pour étudier en profondeur les réalités, continuités et discontinuités de l'extrême-droite en Europe avant et après la Seconde Guerre mondiale. De la sorte, des regards scientifiques sont notamment posés sur des mouvements politiques et groupes de pression extrémistes qui, opposés à l'ordre libéral-démocratique, ne relevaient pas pour autant des croyances fascistes, les pays examinés à ce propos étant l'Allemagne ayant fait le lit des nazis, mais aussi la Grande-Bretagne d'Oswald Mosley et la Norvège. D'autres frontières entre le fascisme générique et l'extrême-droite sont mises à nu dans les contributions suivantes qui s'intéressent à un passé plus proche, en particulier à l'extrême-droite allemande contemporaine et à la manière dont elle a entre autres chercher à exploiter les souffrances des civils allemands suite à la défaite du Troisième Reich. (PBo)

*** TOBIAS CHILLA: Punkt, Linie, Fläche - territorialisierte Europäisierung. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Luxemburg-Studien/Etudes luxembourgeoises". 2013, 223 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-62953-6.

Les effets de la construction européenne sur l'espace sont multiples et inattendus. Dans ce livre qui prolonge une thèse, Tobias Chilla les conceptualise et, pour ce faire, présente trois cas d'étude en suivant la logique point/ligne/espace. Concernant la notion de point, il montre comment la recherche d'une "capitale de l'Union européenne" et l'installation des institutions correspondantes a marqué Bruxelles comme, dans une moindre mesure, d'autres villes telles Luxembourg ou Strasbourg, sans qu'une vraie capitale européenne ait officiellement été désignée jusqu'à présent. Pour ce qui est du concept de ligne, l'auteur met en évidence le recentrage de ce que l'on appelle la "grande région" autour de Luxembourg, qui témoigne d'un changement d'échelle dans la coopération transfrontalière. Enfin, concernant l'espace, il interroge et examine les effets de la directive faune, flore, habitat sur l'espace européen. Le mode de raisonnement général de cette thèse de doctorat synthétise une rencontre entre la géographie, le droit et la science politique. Dans ses démonstrations, l'auteur, tout en analysant les influences réciproques entre la politique/les politiques et l'espace et en utilisant pour cela des outils conceptuels nombreux et détaillés, n'oublie jamais d'analyser dans le détail les interactions entre les différents échelons et acteurs politiques en charge de la politique territoriale. (GLe)

*** CHRISTIAN BANSE: Nationale Grenzerfahrungen und grenzüberschreitende Prozesse. Eine soziologische Untersuchung an ausgewählten Grenzregionen. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Görlitzer Beiträge zu regionalen Transformationsprozessen". 2013, 300 p., 54,95 €. ISBN 978-3-631-64997-8.

Dans cette thèse, Christian Banse traite des effets de la construction européenne et des différents programmes européens de coopération transfrontalière sur les régions frontalières internes à l'Union. Il cherche notamment à savoir si ces politiques ont conduit à la constitution d'entités transfrontalières aptes à transcender les nations comme référents identitaires. Adoptant une démarche typiquement sociologique, l'auteur introduit sa thèse par l'approfondissement du concept de frontière et en analysant le rapport entre frontières nationales et sociales. Pour ce faire, il fait usage d'outils d'analyse provenant de différentes disciplines: sociologie, histoire, géographie, économie et droit. Vient ensuite l'étude empirique de trois frontières internes à l'Union, ce qui constitue le corps principal de la thèse: la frontière franco-allemande à Strasbourg-Kehl, la frontière germano-danoise à Flensbourg et la frontière germano-polonaise à Francfort sur l'Oder/S³ubice. L'étude de la région frontalière Strasbourg-Kehl démontre une grande finesse d'analyse et un certain courage intellectuel car, dans l'ensemble, l'auteur ne renonce pas à traiter en profondeur des sujets historiques et identitaires particulièrement sensibles. En dépit de certaines qualités, la partie traitant de la région frontalière germano-danoise laisse, elle, de côté des questions importantes. En effet, l'auteur semble gêné dans son analyse par le présupposé constant selon lequel le Danemark est un pays "eurosceptique", qui relève autant du postulat que de la démonstration. Ce prisme "eurosceptique" d'analyse empêche Christian Banse de considérer l'ensemble des motifs ainsi que le contexte de la sortie du Danemark de l'Espace Schengen en 2011, événement dont l'auteur minimise d'ailleurs l'importance symbolique, sinon pratique. Pour ce qui est de l'étude de la région frontalière germano-polonaise à Francfort/S³ubice, l'analyse intéressante et approfondie laisse transparaitre un point de vue plus allemand que polonais sur la question, ce qui s'explique probablement par le fait que l'auteur ne connait pas le polonais. Aussi a-t-il tenté de compenser ce handicap par un travail de terrain plus poussé qui, même globalement assez bien conduit, prend parfois un aspect anecdotique. Les deux dernières parties de la thèse, qui s'apparentent à une conclusion bien étoffée, mettent en évidence le maintien de la valeur symbolique des frontières intra-européennes pour les individus. Pour ce qui est de l'éventuelle "dissolution" de ces frontières, Christian Banse distingue bien la composante économique de cette "dissolution", dont toute la population bénéficie du fait de la multiplication des échanges et du commerce autour desdites frontières, et le véritable rapprochement de part et d'autre, lequel profite principalement aux élites pour des raisons assez évidentes (aptitude à surmonter les obstacles culturels et linguistiques notamment). Ce bilan, tiré des enseignements de la thèse, est le résultat de déductions méthodiques et d'une quête permanente d'objectivité. Il couronne un travail approfondi et fouillé présentant un intérêt certain en dépit de ses limites. (GLe)

*** ANDERS BLOMQVIST, CONSTANTIN IORDACHI, BALAZS TRENCSENYI (sous la dir. de): Hungary and Romania Beyond National Narratives. Comparisons and Entanglements. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection “Nationalisms across the Globe”, n° 10. 2013, 847 p., 85,60 €. ISBN 978-3-0343-0935-6.

Réunissant vingt spécialistes, cet ouvrage explore les relations bilatérales entre la Hongrie et la Roumanie, ainsi que l'histoire enchevêtrée de leurs deux peuples et les images d'hostilité qu'elle véhicule dans les récits nationaux. Appréhender l'histoire de ces deux pays dans un cadre unitaire plutôt que de manière isolée permet d'avoir une illustration plus complète de l'histoire complexe de l'Europe centrale. En s'employant à transcender les récits nationaux par la recherche de terrains théorique et méthodologique communs, les auteurs testent la pertinence du paradigme de l'histoire transnationale pour l'étude de cette région européenne. Ce travail qui privilégie les perspectives multiples dans les histoires entremêlées de ces deux pays de l'Union constitue un test très utile pour l'histoire comparative. (AKa)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE