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Bulletin Quotidien Europe N° 11030
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques précisions sur la situation en Ukraine et sur l'attitude de l'UE

La réalité est beaucoup plus complexe. Laissons de côté les annonces de guerre et autres exagérations. Face au drame de l'Ukraine, l'UE était obligée d'adopter une position officielle aussi claire que possible ; elle l'a fait à la fin de la semaine dernière (voir notre bulletin précédent). Mais la réalité est bien plus nuancée et plus complexe. L'UE a reconnu le nouveau gouvernement de Kiev en tant qu'interlocuteur avec lequel elle est disposée à signer l'Accord d'association envisagé (on sait qu'il était prêt et qu'en définitive c'est l'Ukraine qui avait refusé de le souscrire), en reconnaissant ainsi l'intégrité et l'unité territoriale du pays.

Cette position officielle de Bruxelles est logique, car l'UE doit rester fidèle à ses positions ; mais la distance entre les grands principes et la réalité est abyssale. Aujourd'hui, l'unité de l'Ukraine est théorique. Dans les faits, la division du pays en deux parties est radicale: l'une, majoritaire, aspire à adhérer à l'UE, se sent européenne et dispose de sa propre langue nationale ; l'autre est de langue russe, sa séparation géographique est bien visible, l'adhésion à l'UE n'est pas son objectif. À Kiev, la majorité du parlement a même abrogé la loi qui faisait du russe la seconde langue nationale. L'intégrité et l'unité territoriale sont une vue de l'esprit. Le chef du gouvernement, Viktor Ianoukovitch, russophone, s'est enfui après les désordres violents de Kiev, où sa vie a été mise en danger. Il s'est réfugié en Russie où il a annoncé qu'il poursuivra sa bataille, pendant que le Premier ministre russe, Medvedev, déclarait que « Ianoukovitch est toujours le chef légitime de l'Ukraine ».

Rôle essentiel de l'aspect énergétique. À première vue, les complications géographiques pourraient être résolues par la partition de l'Ukraine, ce qui en théorie paraît possible, car les territoires des deux langues sont, d'un point de vue géographique, clairement séparés ; chacune des deux parties pourrait ainsi suivre ses aspirations (y compris d'adhésion à l'UE pour l'une d'elles). Mais la réalité politico-économique est bien plus complexe, en raison notamment du rôle de l'Ukraine dans la fourniture de gaz russe à l'UE. On ne comprend pas la situation si l'on en tient pas compte.

Les difficultés sont donc de nature politique et surtout économique, les intérêts en jeu dans le domaine de l'énergie étant colossaux et impliquant directement l'UE et la Russie.

Pendant une longue période, la totalité du gaz russe destiné au marché européen passait par l'Ukraine ; il traversait l'Autriche et arrivait en France et en Italie du nord, avec des déviations vers une partie de l'Allemagne. La situation est à présent moins radicale, dans le sens que le gaz russe peut ou pourra en partie suivre d'autres itinéraires, car des voies alternatives existent ou sont en élaboration ; mais le passage par Kiev demeure essentiel. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Russie applique à l'Ukraine des droits de douane favorables et des prix spéciaux, en lui promettant en outre des soutiens financiers de grande envergure. Moscou a annoncé que 15 milliards de dollars destinés à l'Ukraine sont disponibles, mis de côté, mais bloqués pour le moment. En même temps, Moscou ne renonce pas à l'arme politique ; Dimitri Medvedev a affirmé que la légitimité des nouveaux organismes institutionnels de Kiev soulève des doutes très forts et que l'UE et les États-Unis ne devraient pas reconnaître en Ukraine des autorités qui se promènent avec des armes dans les mains et le visage masqué.

Le fléau de la corruption. Un autre aspect doit être pris en considération: la corruption. Elle joue, selon des observateurs qualifiés, un rôle impressionnant de tous les côtés, impliquant des personnalités très connues et parfois populaires même en Occident. La situation du pays est désastreuse: le nouveau premier ministre (et ex ministre des finances), Arseni Iatseniouk, a demandé à l'UE et au FMI des aides immédiates pour 35 milliards de dollars et l'organisation d'une conférence internationale des donateurs. Une étude internationale a établi un classement de la corruption qui situe l'Ukraine à la 144ème place sur les 177 pays étudiés.

Il faut toutefois souligner que ni la Russie, ni l'Ukraine, ni l'UE elle-même, n'ont intérêt à prolonger cette crise. On ne doit pas oublier les liens qui subsistent entre toutes les parties en cause ; entre la Russie et l'Ukraine ils sont tellement étroits que des frontières véritables entre elles n'existent même pas. La Russie a besoin de vendre son gaz et son pétrole en Europe et l'Europe en a besoin pour disposer de l'énergie qui lui est indispensable. Les projets de collaboration et d'échanges entre l'UE et la Russie dans le domaine énergétique sont tellement colossaux, que les deux parties ne peuvent se permettre de les remettre en cause.

(FR)

 

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