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Bulletin Quotidien Europe N° 11030
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) australie

La perspective d'un accord-cadre avec l'UE s'assombrit

Sydney/Bruxelles, 03/03/2014 (Agence Europe) - Canberra rejette l'idée d'inclure des clauses de développement durable et de droits de l'homme dans ses négociations pour un accord-cadre avec l'UE.

La négociation d'un vaste accord-cadre entre l'UE et l'Australie, qui remplacerait l'actuel accord de partenariat économique en place depuis 2008, est compliquée par l'insistance des Européens qui souhaitent inclure dans cet accord des clauses sur la protection de l'environnement et le respect des droits de l'homme. Une requête que l'Australie rejette. « Nous avons essayé de négocier un accord-cadre avec l'UE depuis longtemps, mais elle insiste pour lier vos engagements avec vos performances dans des domaines tels que les droits de l'homme ou l'environnement », a confié un haut représentant du ministère des Affaires étrangères australien à EUROPE lors d'un voyage de presse à l'occasion du 'G20 Finances'. « Nous n'acceptons pas cette approche, nous n'acceptons pas ces principes. En fait, nous les rejetons. Nous refusons ce lien, nous ne pensons pas que l'Australie a besoin de ce genre de jugement démontré de l'UE sur les droits de l'homme », a précisé cette source. « Nous aimons les droits de l'homme », plaisante pour sa part le trésorier australien, Joe Hockey, précisant qu'il ne veut pas de guerre avec l'Europe. Néanmoins, « moins vous avez de restrictions (au commerce, ndlr), mieux vous pouvez rivaliser », juge-t-il.

L'Australie inflexible aux yeux de l'UE. « Les négociations (pour l'accord-cadre, ndlr) sont avancées, mais l'Australie ne se montre pas flexible sur ce que nous voyons comme des clauses politiques essentielles », a expliqué le rapporteur du Parlement européen sur le commerce avec l'Australie, Godelieve Quisthoudt-Rowohl (PPE, allemande). Selon elle, « il devient de plus en plus crucial pour le Parlement que tous les accords entre l'UE et les pays tiers incluent une conditionnalité réciproque et des clauses politiques sur les droits de l'homme et la démocratie, en tant que réaffirmation commune d'engagement mutuel à ces valeurs et indépendamment de l'état de la protection des droits de l'homme dans ces pays ». Et d'ajouter: « Nous croyons que le maintien d'un niveau élevé de normes et de mécanismes de protection est crucial. Nous respectons l'importance des clauses de développement durable, le travail et les normes environnementales. Nous ne voyons pas cela comme une atteinte à la liberté dans le commerce mais le cadre d'une politique de commerce durable et responsable ». « Certains pays développés, tels que le Canada, n'aiment pas ces clauses », a ajouté une source du PE.

La Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) ont refusé de s'exprimer, ne souhaitant pas commenter un accord en cours de négociation.

Le mandat de négociation de l'accord-cadre entre l'UE et l'Australie remonte à octobre 2011. Si ces négociations aboutissent, l'accord sera le premier traité bilatéral global juridiquement contraignant entre les deux partenaires. S'il inclut un chapitre économique et commercial très limité, cet accord pourrait « servir de base juridique pour développer davantage notre coopération dans de nombreux domaines, allant du dialogue politique et des questions de sécurité aux questions économiques et commerciales, au développement durable, la recherche, l'éducation et la culture », explique une source à la Commission.

Libre-échange, pas de négociations en vue. L'Australie est « très intéressée pour regarder les mérites d'une négociation pour un accord de libre-échange avec l'UE », et elle mène sa propre évaluation interne des avantages potentiels d'un tel accord, explique-t-on au ministère australien des Affaires étrangères. Mais il semble que cet accord ne soit pas la priorité des entrepreneurs australiens, qui rappellent la longue distance entre leur pays et le Vieux continent et privilégient la proximité du continent asiatique.

« L'UE est intéressée à renforcer les liens avec l'Australie. Il y a une approche générale positive vers un accord de libre-échange avec ce pays. Mais il y a des contraintes concernant la faisabilité de cet accord », a expliqué Mme Quisthoudt-Rowohl. En outre, l'UE et l'Australie sont toutes deux déjà très occupées avec leurs accords de libre-échange en cours de négociation: l'UE discute avec les États-Unis, le Japon et le Canada, Canberra avec le Japon et la Chine. « Cela conduit à des ressources limitées pour les négociations des deux côtés », a noté l'eurodéputée. « Nous ne prévoyons pas de lancer de nouvelles négociations à ce stade », confirme-t-on à la Commission même si, côté européen, le fait que le nouveau gouvernement australien inclut une référence à l'UE comme partenaire de libre-échange potentiel est apprécié.

L'UE est le 3ème partenaire commercial de l'Australie (derrière la Chine et le Japon), qui est elle-même son 15ème partenaire commercial. Ses exportations de marchandises vers l'île-continent ont atteint 33,8 milliards d'euros en 2012, ses importations 14,5 milliards d'euros. La balance des services est également à l'avantage de l'UE, puisque celle-ci a exporté pour 15,8 milliards d'euros de services vers l'Australie et en a importé pour 7,3 milliards d'euros. Les entreprises européennes opérant en Australie génèrent environ 500 000 emplois directs auxquels s'ajoutent près d'1 million d'emplois indirects. (CG)

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