Rome, 03/03/2014 (Agence Europe) - Le président du groupe S&D au Parlement européen, Hannes Swoboda, estime que sans changement dans la position du Conseil sur le mécanisme de résolution unique des banques (SRM), le PE ne pourra accepter un accord. Il précise également les propos du président du PE, Martin Schulz, se disant ouvert à la signature d'un accord intergouvernemental pour asseoir juridiquement le Fonds SRF. Le social-démocrate autrichien a également critiqué la façon dont l'Europe a répondu à la crise, vendredi 28 février lors du congrès du PSE à Rome (propos recueillis par Elodie Lamer).
Agence Europe - Quelle est votre évaluation de ces cinq années de gouvernance européenne?
Hannes Swoboda - Il y a eu une profonde crise économique et sociale et l'Europe n'a, de manière générale, pas trouvé la bonne réponse. C'était une réponse néolibérale simpliste basée davantage sur l'idéologie que sur les faits. Les conséquences sociales des politiques ont été négligées, cela a créé la méfiance des citoyens envers l'Europe. Mais il y a eu aussi des mesures positives, comme par exemple l'union bancaire.
Les sociaux-démocrates portent-ils une part de responsabilité dans l'eurosepticisme croissant ?
Bien sûr, chacun a une part de responsabilité. Mais je pense que les socialistes et démocrates ont essayé, de manière générale, d'influencer les politiques dans la bonne direction.
Que changerait une Commission présidée par Martin Schulz ?
Les politiques économiques prendraient davantage en compte des actions positives pour l'emploi, avec plus de marge pour les investissements et une lutte forte contre l'évasion fiscale dont les revenus seraient utilisés pour investir. L'approche intergouvernementale serait moins prédominante, pour avoir de vraies politiques communes fortes. L'UE et le citoyen seraient également plus connectés.
Cela veut-il dire un changement de stratégie et l'abandon de l'austérité ?
Tout d'abord, nous ne voyons pas beaucoup de résultats de ces politiques. Les dettes de plusieurs pays ne sont toujours pas en train de baisser. Mais, il n'est pas question de tolérer la dette, il est question d'une autre politique pour réduire la dette. Avec plus d'emplois, il y aura plus de recettes et moins de dépenses pour le chômage. Cela pourrait être fructueux mais moins douloureux pour les citoyens.
Sur l'emploi, la Commission dit qu'il s'agit d'une compétence nationale, qu'en pensez-vous ?
La Commission se cache trop souvent derrière le manque de compétences. Elle doit avoir une vraie voix, c'est d'ailleurs la différence entre Martin Schulz et le président Barroso. Si l'on n'a pas la compétence, il faut avoir un message clair et mobiliser les citoyens, qu'ils fassent pression sur leur gouvernement pour faire quelque chose contre le chômage. Ensuite, l'emploi est lié aux politiques économiques nationales qui sont évaluées par la Commission. Si l'on réduit le déficit et non le chômage, cela n'aide pas. C'est une excuse que je n'accepterai pas. Et avec la garantie jeune, la Commission pourrait faire plus qu'elle n'a fait.
Sur le SRM, un accord avec le Conseil est-il possible avant les élections ? Martin Schulz serait prêt à accepter un accord intergouvernemental pour asseoir le Fonds SRF, êtes-vous en ligne avec cela ?
Cette phrase de Martin Schulz a été très surestimée. Bien sûr qu'il y a des éléments intergouvernementaux, mais la vraie question est la vitesse de composition du fonds et le processus de prise de décision, et ces questions-là sont ouvertes. Nous avons décidé, jeudi 27 févier lors de la conférence des présidents, de mettre le SRM à l'agenda de la plénière d'avril. Si nous ne trouvons pas une solution, nous voterons en première lecture. Il est nécessaire de signaler au Conseil qu'il ne peut pas nous faire de chantage. Sans changement clair, nous ne sommes pas prêts à accepter la position du Conseil.
Que devraient faire les Européens pour la dette grecque ? Pour eux, ne pas rembourser effraierait les investisseurs, mais le FMI pense que c'est une dette trop élevée qui peut les faire fuir…
Il s'agit d'étaler le remboursement. Une décote est critiquée car elle mettrait d'autres dettes publiques à mal. Il doit être clair qu'aucun pays ou citoyen n'a perdu un seul euro en Grèce. Il est question d'un crédit qui a été remboursé et c'est une mauvaise perception que les citoyens ont.
Sur le deuxième point, il ne s'agit pas de ne pas rembourser, mais d'avoir un remboursement à long terme et c'est aussi une sécurité pour les investisseurs. La Commission n'est pas en ligne avec le FMI. C'est certain qu'une dette trop élevée effraie les investisseurs mais l'alternative n'est pas de réduire la dette mais de lui donner un étalement à long terme pour que les États soient capables de rembourser leur crédit.