*** DARIO VELO, FRANCESCO VELO: A Social Market Economy and European Economic Monetary Union. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2013, 174 p., 51,70 €. ISBN 978-3-0343-1291-2.
Et si l'avenir du monde capitaliste se jouait pour l'instant en Europe, plus précisément au sein de l'Union européenne, sans que nous nous en rendions compte ? Telle est, en substance, la question qui sert de fil conducteur à ce bel ouvrage qui à tout le moins, par les réponses que ses deux auteurs délivrent, contraint son lecteur à envisager la situation endurée actuellement avec d'autres yeux. Dans la préface qu'il signe, le cardinal Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, n'hésite pas à saluer le « changement radical de paradigme » auquel convient Dario et Francesco Velo dans ces pages, l'ecclésiastique précisant que celles-ci sont absolument à lire par ceux qui, vraiment soucieux de bâtir « un avenir meilleur dans la cité de l'humanité, ne se limiteront pas à traiter les questions du jour mais envisageront et cultiveront les solutions à long terme qui caractérisaient les sages pères fondateurs de l'Union européenne, ». Et de fait, c'est bien sur la construction européenne telle qu'elle nous a été léguée que les Velo, enseignants à l'Université de Pavie, proposent de bâtir désormais une Union économique européenne qui fasse de l'Europe « l'endroit où un nouvel ordre économique, social et étatique » se développe.
Pourquoi cet… acte de foi ? Parce que, explique le professeur de management et le chercheur à la Faculté des sciences économiques, l'Union européenne est un processus d'intégration permanent qui marie depuis le départ les valeurs que sont la liberté, la solidarité et la subsidiarité, soit le fondement de l'économie sociale de marché. Aujourd'hui, l'Union économique écrite en pointillés dans le Traité de Maastricht devient une nécessité incontournable et les dirigeants politiques européens doivent la bâtir, éventuellement par étapes, mais en sachant en tout cas que, contrairement à l'Union monétaire, elle « exige le choix d'un modèle socio-économique capable d'obtenir le consensus nécessaire des citoyens ». D'où la nécessité de se (re)tourner vers l'économie sociale de marché aux sources (allemandes) desquelles les auteurs remontent, ce qui les amène notamment à rappeler l'apport de penseurs tels Rathenau, Einaudi ou Müller-Armack, ce dernier - ministre allemand des Affaires étrangères lors de la signature des Traités de Rome - étant l'inventeur de ce concept. De la sorte, ils remontent aussi aux racines de l'ordolibéralisme allemand, fondé sur « l'idée que l'économie est un élément de la société, et que poser le problème d'un nouvel ordre dans l'économie implique la nécessité de poser le problème d'un nouvel ordre à un niveau social et politique ». Dans l'esprit de l'économiste Alfred Müller-Armack, l'économie sociale de marché était aussi une manière de réconcilier le libéralisme politique et l'humanisme chrétien, soit deux grandes traditions philosophiques qui ont façonné l'Europe plus que tout autre continent.
Sur cette base, les auteurs avancent que l'économie sociale de marché pourrait s'avérer carrément… providentielle par les temps qui courent, et peut-être même annoncer un « nouvel humanisme ». Ainsi que le résume le cardinal Coccopalmerio, la crise protéiforme de ces dernières années a « prouvé toutes les limites d'un paradigme basé sur l'exaltation solipsiste de l'individu, indépendamment de l'appartenance constitutive de celui-ci à une communauté ». A ce stade, une déviance du libéralisme économique - lequel reconnaît à l'Etat un rôle à jouer pour protéger l'intérêt général - a fait de la mondialisation une jungle où prévaut la loi des plus forts, ainsi que le lit de la « postmodernité » qui se caractérise par « un relativisme absolu, une vision de l'individu dans une société sans règles et une sous-estimation radicale du rôle joué par les institutions ». A cette réalité apocalyptique, les deux Velo suggèrent d'opposer une Union économique européenne qui soit un contre-feu aux dérives d'un capitalisme devenu fou et nombriliste. Ils en détaillent la faisabilité et les étapes possibles. A les en croire, l'Union européenne - ou, du moins, la zone euro - pourrait ainsi devenir la boussole de l'humanité, expliquant: « L'individualisme possessif affirmé par la postmodernité marque la centralité du marché et non du genre humain. La subsidiarité, l'économie sociale de marché et le nouvel humanisme place le genre humain au centre des institutions, ainsi que dans les relations entre les institutions ». Ce serait donc une révolution auxquels les Américains héritiers de Roosevelt et du New Deal pourraient même ne pas rester insensibles, à en croire Dario Velo et Francesco Velo. Acceptons-en l'augure. Mais ont-ils songé à ceux qui, plus près de nous, continuent envers et contre tout à défendre un capitalisme anglo-saxon devenue l'idole des temps modernes ?
Michel Theys
*** CONSTANTIN TSOUKALAS: La Grèce de l'oubli et de la vérité. De la longue adolescence à l'âge adulte violent. Editions Themelio (81 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3612092 - fax: 3612092 - Courriel: info@themelio-ekdoseis.gr). 2012, 234 p., 15,44 €. ISBN 978-960-310-362-2.
Professeur à l'Université d'Athènes et ancien proche conseiller de Costas Simitis lorsqu'il était Premier ministre, Constantin Tsoukalas se focalise dans ce livre sur le désespoir et la rage du peuple grec face à une crise qui ne cesse pas de s'approfondir. Son but est d'offrir une autre lecture des causes de l'état ??actuel des choses. L'hypothèse qu'il développe est que, de manière directe ou indirecte, la société grecque d'aujourd'hui est le fruit des conditions qui prévalaient dans le pays au lendemain de la guerre civile (1949). Ensuite sont apparus, tardivement, différents facteurs ayant permis que la Grèce promeuve la voie capitaliste sur la base de normes qui diffèrent à plusieurs égards de celles en vigueur ailleurs en Europe. L'argument central du livre est que la crise grecque constitue le révélateur d'un système qui touche à ses limites. Pour le prouver, l'auteur analyse l'évolution de ces cinquante dernières années, examinant à la fois l'intégration de la Grèce dans la division internationale du travail - avec le point culminant qu'a constitué son adhésion à l'Europe communautaire devenue Union européenne - et les particularités du développement du capitalisme grec.
(AKa)
*** ARISTOS DOXIADIS: Le fossé invisible. Les institutions et les comportements de l'économie grecque. Editions Ikaros (4 rue Voulis, GR-10562 Athènes. Tél.: (30-210) 3225152 - fax: 3235262 - Courriel: info@ikarosbooks.gr - Internet: http://www.ikaros.gr ). 2013, 323 p., 14,90 €. ISBN 978-960-572-004-9.
Comment l'économie grecque fonctionne-t-elle dans la pratique ? En quoi est-elle différente des autres économies occidentales ? Quelles forces et quelles pratiques permettront-elles à la Grèce de surmonter la crise ? Economiste et analyste dans différents journaux grecs, Aristos Doxiadis explique dans ce livre que les réponses à ces questions ne sont pas dans les chiffres de la macroéconomie, ni dans les récits simplistes pour les oligarques, les usuriers ou les syndicalistes. Elles résident, selon lui, dans les plans pour les familles, dans la taille des entreprises, dans la façon dont celles-ci produisent en Grèce, dans l'organisation de l'Etat, dans les détails des lois, dans le comportement des femmes et des hommes politiques. Ce sont leurs agissements, formels ou informels, qui ont façonné l'économie partie en vrille en 2009, et ce sont les mêmes qui façonneront l'économie qui émerge. Le livre reconstitue l'économie politique de la Grèce avec l'aide des nouveaux outils institutionnels. À partir d'exemples tirés du tourisme, des transports, de l'agriculture, de l'administration publique et d'autres activités, l'auteur explique les causes des déficits et du chômage, ainsi que la position de la Grèce en Europe. En termes simples et humains, il décrit la route qui mènera à la richesse par un développement productif et ouvert sur l'extérieur.
(AKa)
*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Janvier/février 2014, n° 83, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.
Ce numéro d'une revue progressiste de Belgique contient un dossier très complet consacré au retour de la question des inégalités socio-économique à l'avant-plan des débats intellectuel et politique. Un récent discours qui a vu le président Obama mentionner « le niveau vertigineux des inégalités américaines comme un signe d'arriération économique », explique l'épidémiologiste Richard Wilkinson, en est l'illustration la plus frappante. Mais « même la Commission européenne fait mine de s'intéresser aux risques que le creusement des inégalités fait courir à la construction européenne », observe Politique en parlant d'une possible « révolution copernicienne ». En tout cas, Laurence Weerts ne se prive pas de détailler le « tableau de bord » social proposé par la Commission et avalisé par les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales le 9 décembre dernier. Dans un entretien accordé à la revue, ce membre du cabinet de László Andor, le commissaire européen chargé de l'Emploi et des Affaires sociales, cet instrument préventif visant à identifier très tôt des problèmes sociaux - les inégalités figurant parmi les indicateurs de déséquilibres sociaux aux côtés du chômage, du chômage des jeunes, de la pauvreté et du revenu des ménages - traduit la volonté de la Commission de « rééquilibrer une gouvernance économique principalement centrée sur les déséquilibres budgétaires et de compétitivité ». Par ailleurs, Benjamin Coriat constate que le besoin d'une politique industrielle refait surface et qu'elle doit être pensée dans le contexte de la transition écologique et énergétique en cours. Aux yeux du coprésident des Economistes atterrés, « l'Europe est le lieu privilégié pour assurer les impulsions nouvelles », quand bien même « le plan stratégique de l'Union en matière énergétique, appuyé sur les quotas et la taxe CO², est, clairement, en train d'échouer ».
(MT)
*** NATHALIE JALABERT-DOURY: Les inspections de concurrence. Éditions Bruylant (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480713 - fax: 5480714 - Courriel: commande@larciergroup.com - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Concurrence ». 2013, 491 p., 150 €. ISBN 978-2-8027-4239-5.
Ce livre se présente sous la forme d'un manuel complet des méthodes par lesquelles les inspections dans le cadre de la politique de concurrence sont pratiquées en France et, ainsi que de la manière dont la Commission européenne les conçoit. Cela passe par des rappels détaillés au contexte juridique et à la complexité d'une matière en constante évolution, toutes choses qui justifient la rédaction d'un tel livre assorti de ses annexes. Celles-ci proposent les textes juridiques de base, ainsi qu'un cahier détachable, sorte d'aide-mémoire synthétique des « premiers secours » en cas d'inspection. Son titre résume son objet: « Gérer une inspection de concurrence ». Les détails, même ceux pouvant apparaitre comme les plus anodins, y sont abordés: la manière de recevoir une équipe d'investigation, déterminer qui peut lui parler… Des conseils psychologiques y sont même donnés comme, par exemple, ceux de « ne pas paniquer », de « ne pas faire preuve d'agressivité » ou de « désigner au plus un responsable » chargé de guider les inspecteurs dans les arcanes de l'entreprise, physiquement et dans les documents comptables et administratifs. « Chaque procédure est examinée l'une après l'autre », de façon à être le guide pratique promis. Ce qu'il est puisqu'il prépare méthodiquement l'entreprise à l'éventualité d'une enquête, sans omettre de répondre point par point aux questions qui peuvent se poser en cours de l'inspection. Une check list avec des cases à cocher est même proposée…
(FBC)
*** CLAIRE MICHEAU: Droit des aides d'Etat et des subventions en fiscalité. Droit de l'Union européenne et de l'OMC. Editions Larcier (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 482511 - fax: 482693 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.larcier.com ). Collection "Faculté de Droit, d'Economie et de Finance de l'Université de Luxembourg". 2013, 266 p., 50 €. ISBN 978-2-8044-5169-1.
Prolongement d'une recherche doctorale, cet ouvrage offre une étude exhaustive du droit des aides d'Etat et des subventions en matière fiscale tel qu'il prévaut à la fois dans l'Union et à l'Organisation mondiale du commerce. Au-delà de l'analyse des textes juridiques applicables, l'auteur étudie les interprétations que dégagent la jurisprudence de la Cour de justice et la pratique de la Commission. Le tout est ponctué par des critiques motivées et des suggestions mesurées.
(PBo)
*** CHRISTIAN KNIESE: Europarechtlicher Rahmen einer steuerlichen Förderung von Forschung und Entwickelung. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Finanz- und Steuerrecht in Deutschland und Europa", n° 21. 2013, 236 p., 54,95 €. ISBN 978-3-631-62806-5.
L'Allemagne est l'un des rares pays de l'Union européenne, voire de l'Organisation de coopération et de développement économiques, à ne pas disposer de réglementation touchant aux avantages fiscaux en vue de favoriser la recherche et le développement d'origine privée. D'après l'auteur, il serait pourtant souhaitable d'en élaborer une, afin de compléter de manière efficiente l'aide directe que l'Etat fédéral ou les Länder allemands prodiguent déjà à la recherche (via, par exemple, le financement d'instituts de recherche ou le financement direct de la recherche des entreprises par l'obtention de primes). Après une brève étude comparative avec d'autres pays européens, Christian Kniese avance dans sa thèse des propositions devant permettre au législateur allemand de combler la lacune dénoncée en termes de réglementation, tout en respectant les domaines de compétences accordés à l'Union européenne dans le domaine de la recherche et de la fiscalité par le traité de Lisbonne et les droits fondamentaux ancrés dans les textes européens: les règles de concurrence et de non-discrimination, le principe de limitation des restrictions et les règles européennes en matière d'aides publiques, domaine strictement réglementé.
(GLe)