Bruxelles, 10/02/2014 (Agence Europe) - Un centre au succès grandissant et qui se trouve même dépassé par les requêtes qui lui parviennent. C'est ainsi que Troels Örting a décrit, lundi 10 février à Bruxelles, les activités du jeune centre européen de lutte contre la cybercriminalité qu'il préside, le centre EC3 abrité dans les bureaux d'Europol à la Haye et actif depuis janvier 2013.
Le directeur a présenté, aux côtés de la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, les principales réussites du centre ainsi que les grands défis à relever, parmi lesquels l'utilisation par les cybercriminels des services « cloud » et la nécessité de garantir un Internet ouvert tout en y réprimant les crimes. Ceux-ci ont essentiellement porté, en 2013, sur les intrusions et logiciels malfaisants, la pédopornographie ainsi que sur les fraudes aux cartes bancaires, a expliqué le directeur. En 2013, le centre a aidé à coordonner 19 opérations internationales.
Deux grandes enquêtes internationales (Ransom et Ransom II) ont porté sur 'ransomware' (ou 'rançongiciel'), un logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles. Ce logiciel bloque l'ordinateur de la victime, accusant cette dernière d'avoir visité des sites illégaux contenant du matériel pédopornographique ou autre activité illégale. Les criminels demandent alors le paiement d'une amende pour débloquer l'ordinateur de la victime, explique la Commission dans un communiqué. Les cybercriminels sont parvenus à convaincre les victimes de payer 100 euros à travers deux types de passerelles de paiement - virtuels et anonymes. L'opération a rapporté au total plus d'un million d'euros par an. En matière de pédopornographie, EC3 est impliqué actuellement dans 9 opérations dans les États membres, qu'il assiste par de l'expertise. Autres domaines d'action, celui des fraudes au paiement, pour lesquels EC3 assiste 16 opérations. En 2013, trois grands réseaux internationaux ont été démantelés avec des arrestations de suspects à la pelle, les délits concernant à chaque fois plus de 30 000 détenteurs de carte.
Mais, a rappelé Troels Örting, il existe des cybercrimes beaucoup moins classiques, tels ceux pratiqués par des trafiquants de cocaïne piratant le port d'Anvers et prenant le contrôle des ordinateurs utilisés pour déterminer la place et le contenu de tel ou tel conteneur. Ils manipulent alors les données et s'arrangent pour que leur conteneur suspect soit marqué comme ayant été inspecté. Autre phénomène récurrent pour les équipes du EC3: la place croissante de la cybercriminalité russophone. Une tâche particulièrement complexe pour le centre de la Haye « puisqu'il faut maîtriser le russe » et que ces réseaux agissent depuis l'extérieur de l'UE, a poursuivi Troels Örting.
EC3 devait abriter une quarantaine d'employés fin 2013 et disposait en 2013 d'un budget de 7 millions d'euros. M. Örting a indiqué que le centre « recevait plus de demandes qu'il ne pouvait en traiter ». Le directeur s'est dit « préoccupé » par l'inventitivité croissante des cybercriminels, ces types de crimes représentant un défi énorme, car ils sont bien plus difficiles à appréhender et résoudre que les « crimes qui présentent des traces physiques ». Ce type de criminalité ira en augmentant avec le développement de la vie numérique et la rapidité des connectivités Internet, a déjà prévenu le directeur. (SP)