Bruxelles, 10/02/2014 (Agence Europe) - Les possibilités de développement de la pêche du thon dans l'océan Atlantique sont difficiles en raison de la disponibilité limitée des ressources de thonidés, mais « le maintien des accords actuels (avec les pays tiers) et la contractualisation de nouveaux accords en lieu et place des accords privés sont d'une importance cruciale pour le bon fonctionnement des flottes de l'UE en Afrique de l'Ouest », selon un rapport publié le 7 février sur le site de la direction générale Affaires maritimes et pêche de la Commission européenne (http://www.ec.europa.eu/fisheries/documentation/studies/tuna-east-atlantic/report-tuna-fisheries-in-the-east-atlantic_fr.pdf ).
Dans le contexte d'une possible extension du réseau d'accords bilatéraux de pêche en Afrique de l'ouest et Afrique centrale, l'UE a souhaité disposer d'éléments d'information lui permettant d'analyser la situation actuelle de la flotte thonière dans l'Atlantique et d'étudier les opportunités et les contraintes existantes tant sur les plans écologiques, économiques et institutionnels en matière de négociation de nouveaux accords bilatéraux. C'est l'objet de ce rapport.
Dans l'océan Atlantique, le volume des captures annuelles, toutes espèces de thon confondues, s'élève à environ 350 000 t (moyenne 2006-2010) par an, soit 10% des prises mondiales. Un tiers de l'ensemble des captures dans l'Atlantique est réalisé par les navires de l'UE. Le reste est réalisé par des navires battant pavillons ghanéen, sud-coréen, japonais et autres. Les navires de l'UE pratiquent surtout la technique de la senne et de la palangre (navires espagnols et portugais), et de la canne dans une moindre mesure.
Niveau d'exploitation des stocks. La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) a conclu, à la fin de l'année 2012, à une légère surexploitation de l'albacore, une pleine exploitation du thon obèse et une exploitation du listao légèrement en dessous de son niveau durable.
En juillet 2013, sur les dix accords de pêche de l'UE existant en Afrique, cinq sont actifs assortis d'un protocole en vigueur (Cap-Vert, Côte d'Ivoire et São Tomé et Principe) ou en application provisoire (Mauritanie et Gabon) et un autre est paraphé mais en attente de ratification (Maroc). Les négociations pourraient commencer à l'automne 2014 s'agissant du Sénégal et un protocole est gelé pour raisons politiques (Guinée Bissau). Deux sont dormants (Guinée équatoriale et Gambie) en raison de l'expiration de leur dernier protocole.
Accords privés risqués. Pour les pays avec lesquels l'UE n'a pas d'accords de partenariat, les armements européens ont recours à d'autres modalités d'accès: licence privée, coentreprise et affrètement. Les accords privés de ce type « comportent des risques pour les armements européens car ils se trouvent placés sous la juridiction nationale de l'État côtier avec peu de recours possible en cas de litiges » (par exemple au Libéria), explique le rapport. Aussi, les armements européens cherchent-ils à développer des accords privés calqués sur les protocoles d'accord de partenariat afin de disposer d'un cadre réglementaire plus sûr (par exemple en Guinée et au Libéria).
Opportunités et contraintes. Les pays avec lesquels l'UE dispose déjà d'un accord de pêche (Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gabon, Maroc, Mauritanie, São Tomé et Principe) ou avec lesquels un accord en vigueur existait auparavant (Angola, Guinée, Guinée Bissau et Sénégal) « présentent un bon niveau d'opportunité biologique pour les thonidés », explique le rapport. Deux autres pays, le Libéria et la Sierra Leone, ont un profil biologique particulièrement intéressant puisque leur ZEE (zone économique exclusive) se trouve sur la trajectoire de migration des thons à leur sortie du golfe de Guinée. Tous ces pays présentent toutefois des contraintes, dans des domaines divers et à des niveaux différents, qui « nuisent à la mise en oeuvre des protocoles d'accord ». Les principales sont liées à la présence d'autres flottes étrangères concurrentes (asiatiques surtout mais aussi celles des armements européens dont les navires battent pavillon d'un pays tiers), au cadre réglementaire obsolète et aux difficultés des administrations en charge de la pêche à faire appliquer les règlements et assurer le contrôle et la surveillance des activités de pêche. Malgré ces contraintes, l'accord de partenariat demeure, pour les armateurs de l'UE, le moyen d'accès le plus efficace.
Enfin, le rapport souligne que le changement climatique devrait avoir des conséquences importantes sur les dynamiques migratoires des thonidés. Il pourrait déplacer les aires de concentration des thons vers les eaux plus froides (vers le Maroc au nord, vers l'Angola au sud). La dégradation des estuaires, en réduisant les zones de frayères des petits pélagiques, pourrait également causer une diminution des proies des thonidés et réduire ainsi leur population. (LC)