Bruxelles, 20/12/2013 (Agence Europe) - Durant sa conférence de presse, jeudi soir, le président de la République française a expliqué par touches successives comment il comptait obtenir un financement européen pour l'intervention française en République centrafricaine (EUROPE 10985), avant de se raviser pour expliquer qu'en définitive, l'important était que les Européens contribuent ensemble à la sécurisation de ce pays et que « la France n'y soit pas seule ». « J'ai voulu une révision du système de financement des opérations », a dit François Hollande en se félicitant que les conclusions du Conseil européen demandent au Haut représentant de préparer un rapport (le texte dit « sans tarder », ce que le président français traduit par au cours du premier semestre 2014) sur le financement des missions et opérations européennes, y compris dans le cadre de la révision du mécanisme Athéna pour le financement des coûts communs de ces opérations.
En attendant le rapport, le président français a ensuite dit souhaiter une mobilisation immédiate du mécanisme Athéna pour financer l'opération française Sangaris en République centrafricaine, avant de concéder que cela nécessitait d'européaniser cette opération. Mais cela, a-t-il dit, peut se faire « demain ». Déjà plusieurs pays, l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, les Pays-Bas, la Pologne et le Royaume-Uni ont commencé à apporter une aide logistique, a-t-il dit en évoquant des « contacts avancés » notamment avec la Pologne « pour mettre aussi des éléments humains, des forces pour des opérations qui peuvent être complémentaires des nôtres ». « Si cela se confirme, ce pourrait être le cas demain, ce sera une opération européenne avec une fin européenne », a-t-il ajouté.
Quelles sont ces troupes européennes qui viendraient compléter le dispositif déjà déployé ? « Les Polonais nous ont déjà informés que 50 hommes, des aviateurs, allaient être présents en Centrafrique pour assurer la maintenance des appareils », répond François Hollande. D'autres pourraient apporter des contributions dans les domaines sanitaire, du transport, logistique et une partie des coûts pourrait être supportée par le mécanisme Athéna. « Tout ne serait pas financé. La France a des troupes pré-positionnées en Afrique. Les troupes qui viennent du Gabon sont déjà payées par les Français, qu'elles soient ou non en intervention », explique-t-il ajoutant que finalement, l'important ce n'est pas tellement le financement mais « qu'il y ait une présence d'Européens à nos cotés ». Et d'ajouter: « Ce que je souhaite c'est qu'il y ait politiquement une présence de l'Europe, c'est très important, qu'on ne dise pas que la France est seule ».
Pressé de questions sur les procédures à respecter, le président français a reconnu que « Mme Merkel a raison de dire que pour qu'il y ait une opération européenne, il faut une décision européenne ». « Nous n'avons pas pour l'instant cette délibération européenne. Si nous avions attendu une réunion du Conseil des ministres (de l'UE, avant d'intervenir) il eut été trop tard. La France n'a pas eu de mandat européen. Il faut reprendre la procédure, renvoyer sûrement au Conseil Affaires étrangères (dont la prochaine réunion est prévue le 20 janvier 2014: NDLR) pour qu'il y ait formellement une décision européenne d'appui », a-t-il dit.
Lors de sa conférence de presse, Angela Merkel a estimé qu'il ne pourra y avoir d'opération européenne que lorsque trois conditions seront remplies: un mandat des Nations unies (pour l'instant l'UE n'en dispose pas, seule la France a reçu le mandat d'appuyer la MISCA, a-t-elle rappelé), une décision européenne et des contributions nationales supplémentaires. On aurait pu aider davantage si on avait été consulté avant le déclenchement de l'intervention française, a-t-elle dit, en laissant entendre que la France avait sans doute craint la lenteur des procédures de décisions.
Non sans avoir souligné que « la France est devenue, au cours des derniers mois, notre partenaire clé en ce qui concerne la défense », le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a précisé, vendredi, que le soutien à l'opération française sera un « soutien logistique et technique en matière de transport aérien ». Il y aura « jusqu'à 50 militaires polonais », a-t-il ajouté en précisant: « Nous ne les envoyons pas pour des opérations de combat ». « Nous prévoyons que comme cela a été le cas au Mali », l'action en RCA « devrait voir un engagement européen », a dit M. Tusk avant d'ajouter que « l'UE, dans son ensemble, fera des efforts pour soutenir la France ». (JK/CG/OJ)