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Bulletin Quotidien Europe N° 10982
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) conseil europÉen

Le PE divisé sur l'économie, plus uni sur la défense et l'Ukraine

Bruxelles, 11/12/2013 (Agence Europe) - Les eurodéputés se sont montrés assez divisés, mercredi 11 décembre à Strasbourg, sur la situation économique et les progrès réalisés en matière d'union économique et monétaire (UEM). Lors d'un débat sur la préparation du Conseil européen qui aura lieu la semaine prochaine, ils se sont montrés plus unis sur la défense et l'Ukraine.

Économie et finances. Joseph Daul (PPE, français) a estimé que l'Europe avait besoin d'une forte ambition. « En posant les bases d'une vraie union économique, nous avons été ambitieux », a-t-il estimé. Tout n'est pas parfait, mais nous voyons des petits signes de reprise économique, a-t-il ajouté.

La situation en Europe n'est pas aussi rose que nous le dépeignent le Conseil et la Commission, a rétorqué M. Swoboda (S&D, autrichien). Malheureusement, ni le Conseil, ni la Commission ne changent de politiques, selon lui. « Plus Olli Rehn parle, plus il accorde des entretiens dans les pays, plus il renforce le sentiment anti-européen dans ces pays », a lancé le leader social-démocrate, sans toutefois vouloir intervenir dans « le concours de beauté entre M. Rehn et M. Verhofstadt » dans le cadre de la désignation du candidat des libéraux aux élections européennes. Mais il faut changer les politiques, d'après lui. Pourquoi ne pas utiliser le 1,7 milliard d'amendes infligées aux banques pour lutter contre le chômage, notamment celui des jeunes, a proposé M. Swoboda. Il a regretté que sur l'union bancaire, l'intergouvernementalisme prenne le pas sur une politique réellement européenne. Il a rappelé aussi les retards dans l'union sociale, notamment s'agissant des critères sociaux dans le renforcement de l'union économique et monétaire. Certains pays, comme le Royaume-Uni, veulent restreindre la libre circulation au sein de l'UE et créer de nouvelles divisions entre ressortissants nationaux et étrangers. Il faudrait, selon M. Swoboda, une véritable stratégie commune de lutte contre la pauvreté.

Pour Guy Verhofstadt (ADLE, belge), « imposer la réforme des retraites ou la réforme du marché du travail aux États membres ne ferait que créer une résistance et davantage d'antipathie envers l'Europe. Au lieu de cela, il faut une convergence de nos politiques économiques, budgétaires et sociales autour d'un cadre commun applicable à tous les États membres, au moins dans la zone euro. » Il a estimé que les dirigeants de l'UE devaient « invoquer l'esprit de 'Maidan' et convenir des derniers éléments d'une véritable union bancaire ainsi que d'un mécanisme de résolution financé par les banques elles-mêmes, et non par les contribuables ».

« Il nous faut une politique économique et budgétaire commune », a dit l'Allemande Rebecca Harms, président du groupe Verts/ALE. Elle estime que ce que propose la Commission, « c'est le contraire ». « Ceux qui veulent que l'histoire de la Grèce se répète n'ont qu'à suivre les propositions » de la Commission, a-t-elle critiqué.

Au nom de la Commission, Maros Sefcovic a estimé que « nous devons consolider l'union bancaire en mettant en place un mécanisme de résolution unique et un fonds de résolution ». Les États membres espèrent parvenir à un accord ce mois-ci (voir autre nouvelle). « Des progrès ont été réalisés hier soir au Conseil, je suis persuadé qu'un accord sera obtenu avant la réunion du Conseil européen », a-t-il déclaré. Il a rappelé le souhait du Conseil européen d'aboutir sur ce dossier avant les élections européennes de mai 2014. Il a préconisé aussi un système encore plus crédible et cohérant pour coordonner les politiques économiques en Europe, associé à une « solidarité efficace ». Dans le cadre de la réflexion sur le renforcement de l'UEM, le Conseil européen va poursuivre la réflexion sur les accords contractuels et les mécanismes de solidarité associés. Ceci pour garantir qu'il y ait des réformes structurelles efficaces et au bon moment. Une manière aussi de progresser en matière de gouvernance (suivi des recommandations par pays, incitations financières pour soutenir la mise en oeuvre des réformes), a dit le commissaire. La Commission espère que le Conseil européen pourra poser certains principes fondamentaux en la matière, permettant de cadrer les travaux à venir qui se tiendront au cours de la première moitié de l'année 2014.

Défense. Sur la défense, Joseph Daul a rappelé que certains pays consacrent moins de 2% de leur PIB à la défense. « Si l'Europe ne s'organise pas au niveau de la défense, nous n'existerons plus dans le nouvel ordre mondial. Nous avons été naïfs », d'après lui. Le monde est en train de changer, l'Europe a un rôle et un devoir d'être sur le terrain, a-t-il dit en parlant notamment des massacres en Centrafrique. Par ailleurs, les États-Unis estiment que les Balkans relèvent de la responsabilité de l'UE. « Si nous ne l'assumons pas, les Russes le feront pour nous », il suffit de voir ce qui se passe dans le voisinage de l'UE (Ukraine, Moldavie). « Au cours de la prochaine législature, nous devrons travailler au renforcement de notre politique commune de sécurité et de défense », a souligné M. Daul. Il a prôné aussi un renforcement des mesures pour protéger nos frontières. Cela signifie de renforcer notre capacité de répondre, aussi militairement et avec des forces mixtes. Nous avons un début d'Eurocorps, a conclu M. Daul.

« Nous avons besoin de plus d'efforts européens dans la défense. Les USA s'engagent plus dans le Pacifique et moins en Europe, donc à nous d'intervenir », a lancé M. Swoboda. Il faut lutter contre le terrorisme, a-t-il ajouté. Les synergies permettent de faire des économies dans les budgets nationaux, a-t-il rappelé. Il y a 6 000 emplois en jeu chez EADS, car les gouvernements nationaux ne coopèrent pas, a-t-il lancé.

« En période d'austérité, nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de soutenir 28 stratégies différentes de défense nationale. Nous devrions nous baser sur l'accord de Saint-Malo il y a 10 ans et créer un pilier européen de défense viable et efficace au sein de l'Alliance de l'OTAN », a dit Guy Verhofstadt. L'UE dépense 42% des dépenses américaines, mais n'est en mesure de réaliser que 10% des opérations effectuées par les USA, a-t-il ajouté. L'Europe est donc 4 à 5 fois moins efficace au niveau militaire que les Américains.

« Nous risquons de mettre la charrue avant les boeufs », a regretté Rebecca Harms. « Vouloir acheter des drones ou d'autres équipements avec les fonds de l'UE, cela ne va pas !», a-t-elle lancé, sachant qu'il n'y a déjà pas assez d'argent dans les caisses de l'UE pour lutter contre le chômage.

« La bonne approche s'agissant de la défense est coopération, capacités et compatibilité. C'est l'approche développée par l'Europe au cours des 60 dernières années, sous les auspices de l'OTAN », a dit le leader des conservateurs, le Britannique Martin Callanan. Il estime que l'OTAN est un allié qui a fait ses preuves. « Toutefois, beaucoup ici souhaitent saper cela en introduisant plus de bureaucratie dans le PSDC », a-t-il critiqué. Il reproche à certains de vouloir créer, par la petite porte, une armée de l'UE. Il a raillé le projet de mettre en place une politique commune de défense en Europe: les pays européens n'ont pas les ressources pour cela (de plus, seul 4 pays paient 70% de la facture: France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni), les pays européens ne vont pas transmettre le commandement de leurs équipements à une instance centralisée.

« Nous devons travailler pour obtenir une politique de sécurité et de défense européenne plus cohérente, principalement pour trois raisons », a dit le commissaire Sefcovic. Il a fait les remarques suivantes: - il est possible d'améliorer les ressources grâce à plus de coopération (actuellement, plus de 75% des investissements dans les équipements de défense relèvent du niveau national) ; - il faut éviter les doublons ; - le secteur de la défense en Europe emploie 400 000 personnes et est indirectement à l'origine de 960 000 emplois en Europe, avec un chiffre d'affaires de 96 milliards d'euros en 2012 et 23 milliards d'euros d'exportations en 2011.

Ukraine. Joseph Daul a déploré que l'Ukraine n'ait pas signé l'accord d'association. « Ce refus a conduit le peuple ukrainien à se mobiliser massivement pour défendre une Ukraine libre et respectueuse des droits fondamentaux », a-t-il dit. Il a condamné toute forme de violence contre les citoyens ukrainiens. « L'heure est grave. J'en appelle à une mission de médiation européenne au plus haut niveau politique, comme pendant la 'Révolution orange', pour trouver des solutions transparentes et démocratiques ». Il a noté que c'est en Ukraine que l'on voit en ce moment le plus de drapeaux de l'UE, chose « que l'on voit de mois en moins dans nos différents pays ».

« Nous nous battrons pour ceux qui manifestent en faveur des valeurs européennes en Ukraine », a déclaré Hannes Swoboda.

Guy Verhofstadt a évoqué le contraste entre l'esprit européen qui flotte à Kiev et le scepticisme croissant dans les États membres. « Je rends hommage aux citoyens de l'Ukraine dont la passion pour l'UE est la meilleure façon de répondre aux sceptiques et aux europhobes dans bon nombre de nos États membres », a-t-il dit.

« On voit à Kiev une des faiblesses importantes de l'UE: l'absence d'une politique uniforme pour agir et une politique à l'égard de la Russie qui n'est pas la bonne », a déclaré Rebecca Harms. Elle a espéré que les manifestants à Kiev en faveur de la démocratie et la liberté ne paieront pas les pots cassés de cette faiblesse de l'Europe.

Au nom de la Commission, Maros Sefcovic a déclaré: « Le peuple d'Ukraine a clairement démontré qu'il soutient le choix européen de l'Ukraine. Notre offre faite à l'Ukraine sur la signature d'un accord d'association reste sur la table. Mais les conditions nécessaires prévues dans les conclusions du Conseil doivent être respectées. Et les tensions politiques actuelles doivent trouver une solution politique et pacifique ». (LC)

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