Bruxelles, 05/12/2013 (Agence Europe) - La BCE est d'avis que le niveau d'inflation dans l'eurozone, qui demeurera faible durant les deux prochaines années, reste en ligne avec sa mission et ne se transformera pas en un phénomène déflationniste malgré les risques persistants sur l'économie de la zone.
Dans ses prévisions économiques de décembre, l'Institut monétaire s'attend à ce que l'inflation dans la zone euro diminue de 1,4% en 2013 à 1,1% en 2014, avant de repartir à la hausse en 2015 à 1,3%. « Nous nous attendons à ce que l'inflation reste au niveau actuel durant les mois qui viennent », a déclaré le président de la BCE. Bien que ces données aient été révisées à la baisse de 0,1% pour 2013 et de 0,2% en 2014 par rapport aux prévisions de septembre, Mario Draghi a estimé que les prévisions d'inflation à moyen et long termes demeuraient en ligne avec la mission de l'institution européenne consistant à maintenir la hausse des prix à un niveau proche mais en dessous de 2%.
Selon la BCE, les risques pesant sur l'inflation sont équilibrés entre ceux à la hausse liés à l'augmentation des prix des matières premières et de la fiscalité directe et ceux à la baisse liés à une reprise économique plus faible que prévu. Conscient des risques que représente une période prolongée de faible inflation, l'institution européenne se dit prête à agir si elle l'estime nécessaire.
D'après M. Draghi, l'évolution de la situation économique dans la zone euro prouve que la décision, début novembre, de baisser les principaux taux directeurs de la BCE à de nouveaux niveaux plancher était « pleinement justifiée » comme en témoignent les indices de marchés et les sondages auprès des opérateurs économiques (EUROPE n°10959). Jeudi, aucun membre du conseil des gouverneurs n'a d'ailleurs demandé une nouvelle baisse des taux.
La transmission de la politique monétaire à l'économie prenant du temps, l'inflation restera faible mais remontera progressivement. Cette période sera d'autant plus prolongée que la lumière sur la solidité du secteur bancaire prendra du temps à être faite. D'où l'importance, selon lui, qu'aboutisse à des résultats crédibles l'exercice de l'évaluation des actifs bancaires ('asset quality review') lancée par la BCE avant que le mécanisme unique de supervision bancaire 'SSM' soit opérationnel, en novembre 2014. Et M. Draghi de rejeter, par ailleurs, la comparaison avec la période de déflation qui continue à frapper le Japon.
La BCE prévoit que la zone euro demeure en récession en 2013 (chute du PIB de 0,1%), bien qu'elle s'attende à une hausse du PIB des Dix-sept au cours du 4ème trimestre. La croissance devrait repartir en 2014 (1,1% du PIB) pour s'affermir l'année suivante (1,5%).
LTRO. Interrogé sur la possibilité de lancer un nouveau programme LTRO, M. Draghi a rappelé que cet instrument d'injection massive de liquidités à bas coût avait été lancé dans une période de forte incertitude marquée par des échéances de remboursement de dette publique et privée particulièrement élevées. « Aujourd'hui, le niveau d'incertitude est considérablement plus faible », a-t-il indiqué. Il a constaté que les liquidités injectées avaient « principalement » servi au rachat de titres de dette souveraine et peu au financement de l'économie. Si nous décidions de lancer un nouveau programme LTRO, « nous nous assurerions qu'il sera utilisé pour l'économie » et pas pour subventionner la formation de capital par le secteur bancaire ('carry trade'), a-t-il souligné. L'ancien gouverneur de Banca d'Italia a fait état de travaux en cours au sein de la BCE pour atteindre cet objectif, soulignant la complexité d'appliquer une telle mesure à l'échelle de dix-sept pays comme en témoigne l'initiative 'Funding for lending' menée au Royaume-Uni. (MB)