*** PASCAL FONTAINE: Jean Monnet. Actualité d'un bâtisseur de l'Europe unie. Éditions Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris) et Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél.: (41-21) 6922097 - fax: 6922095 - Internet: http://www.jean-monnet.ch ). Collection « Les Cahiers rouges », n° 214. 2013, 216 p., 25 €. ISBN 978-2-7178-6621-6.
Alors que l'Union européenne est plongée dans une crise existentielle dont on mesurera sans doute l'ampleur et l'acuité en mai prochain, lors de la divulgation des résultats des huitièmes élections du Parlement européen au suffrage universel direct, était-il bien utile de publier un nouvel ouvrage consacré à Jean Monnet, le « père de l'Europe » décédé le 16 mars 1979 déjà, quelques semaines avant la tenue du premier rendez-vous électoral européen ? C'est que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts d'Europe depuis et que les problèmes du jour n'ont plus grand-chose à voir avec ceux que le natif de Cognac a connus. Sa sagesse n'était-elle pas, dès lors, celle d'un temps révolu, fatalement inopérante dans le monde qu'il n'a pas connu qui est le nôtre ?
La réponse à ces questions légitimes tient en un mot: non ! Non, Monnet a encore beaucoup à dire et à apprendre aux Européens de 2014 ! Il devrait même, plus que jamais, rester « l'Inspirateur » - ainsi que le général de Gaulle l'avait surnommé, non sans une pointe de dépit… - de tous ceux qui de nos jours, de Berlin à Paris en passant par Bruxelles, président aux destinées de cette Europe dont il avait creusé les fondations. Ce nouveau Cahier rouge de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe rappelle en effet - et il apprendra peut-être aux plus jeunes - combien l'homme de pensée et d'action qu'était Jean Monnet était « poussé par la conviction qu'il existe toujours un intérêt commun entre les hommes, un intérêt qui doit être défini et organisé ». N'est-il pas essentiel de le rappeler, de le réaffirmer même, à l'heure où l'intérêt commun tend de plus en plus à être occulté au profit des intérêts particuliers, que ceux-ci soient ceux des États membres, de régions qui ne veulent plus payer pour de moins bien loties ou de citoyens qui en reviennent à ne plus voir dans l'Autre, le voisin de la région ou du pays d'à côté parfois même, qu'un gêneur et une menace potentielle ?
Ces pages s'appuient sur un ouvrage publié par l'auteur en 1988, à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Monnet et du transfert de ses cendres au Panthéon. Il était important de les publier une fois encore, adaptées et enrichies, car qui mieux que Pascal Fontaine peut aujourd'hui « tirer les leçons de l'homme et de son oeuvre », ainsi que l'observe dans la préface José Maria Gil-Robles, l'ancien président du Parlement européen qui préside désormais la Fondation de Lausanne ? Pascal Fontaine fut, de 1973 à 1977, le tout dernier assistant de Monnet et il épaula, à ce titre, son père, François, dans la rédaction des Mémoires dont chaque page fut avalisée par un « OK » longuement négocié du « père de l'Europe ». C'est donc peu de dire que celui qui est aujourd'hui directeur honoraire au Parlement européen a eu le privilège de pratiquer Monnet comme très peu de personnes encore en vie (ce dont il témoigne d'ailleurs dans une postface fort humaine) et qu'il était idéalement placé pour porter un jugement sur la pérennité de l'oeuvre d'un homme inclassable qui, d'instinct, a passé sa vie à « dégager les intérêts communs, mettre en rapport les hommes séparés par les préventions, bâtir les structures institutionnelles durables et efficaces au sein desquelles pouvait s'organiser l'unité d'action ». C'est ce qu'il fait en mettant tour à tour en lumière « l'homme de guerre et de paix » à travers les deux conflits mondiaux du siècle dernier, puis « le bâtisseur de l'Europe », du 9 mai 1950 à l'affirmation saluée par Monnet du Conseil européen au milieu des années 70, enfin « l'homme et son héritage », du « message humaniste » dont le Charentais était porteur au « révolutionnaire pacifique » qu'il a été.
Toutefois, Fontaine ne s'arrête pas là. Dans la quatrième partie, il s'évertue aussi à imaginer comment Monnet aurait vécu les événements et évolutions, positifs, insatisfaisants ou carrément inquiétants, enregistrés dans et par l'Union européenne depuis son décès. Il est toujours périlleux de faire parler les morts, mais il n'est pas sûr que son ancien « patron » le tancerait pour avoir osé rappeler, dans les trois conclusions générales que l'auteur tire, cette évidence depuis trop longtemps occultée: « Jean Monnet avait eu la sagesse de prôner une construction par étapes, créant des solidarités de fait, mais il envisageait également que l'aboutissement serait bien la Fédération européenne déjà mentionnée dans la déclaration Schuman ». Et Pascal Fontaine d'oser ajouter: « Pour relégitimer l'Union il faut désormais concevoir son point d'arrivée pour apaiser le sentiment d'indétermination qui alimente l'inquiétude des opinions publiques ». N'est-ce pas le plus bel hommage qu'il pouvait rendre à un homme qui, sa vue durant, a exhorté à « continuer, continuer, continuer » ?
Michel Theys
*** PANAGIOTIS GENNIMATAS: ÅëëÜò: Äýóç Þ ÁíáôïëÞ ? (Grèce: Ouest ou Est ?). Ï áêïéíþíçôïò åêóõã÷ñïíéóìüò óôï íåïåëëçíéêü êñÜôïò (L'impossible modernisation de l'État grec). Éditions Roes (27-29 Lomvardou, GR-11473 Athènes. Tél.: (30-210) 6429409 - fax: 6411597 - Courriel: printa@otenet.gr). 2013, 387 p., 19,17 €. ISBN 978-960-283-361-2.
Sept années durant vice-président de la Banque européenne d'investissement, Panagiotis Gennimatas cultive l'art du pamphlet. Aujourd'hui, observe-t-il dans ce recueil de pensées incisives, la Grèce reste essentiellement, si pas complètement, un pays non-européen et difficile à inscrire dans le noyau dur européen. L'occidentalisation y est imitative et sans ambition. L'héritage de la fin de l'empire byzantin - à savoir anti-occidentalisme, tradition théocratique de l'Est, monopole d'État au plan économique, idéologie de la médiation - continue à dominer de nos jours, irriguant la supposée « identité nationale ». Pourtant, la vérité a ses droits: l'anthropologie de l'orthodoxie orientale est légèrement antédiluvienne. Le sport consistant à éviter de payer ses impôts à l'État byzantin demeure la règle à l'heure de l'euro et y déroger serait une injure contre l'identité nationale, même si c'est un impératif historique. Par conséquent, l'auteur propose de changer la réalité contemporaine afin que la Grèce devienne enfin capable de participer de manière créative aux affaires de l'Union européenne et du monde, ce qui implique, à ses yeux, de forger et de faire accepter aux Grecs un nouveau concept de production dans l'économie et un nouveau modèle d'éducation ?
(AKa)
*** MANOLIS GLEZOS: Êáé Ýíá ìÜñêï íá Þôáí… (Et même pour un mark…). Ïé ïöåéëÝò ôçò Ãåñìáíßáò óôçí ÅëëÜäá (Les dettes de l'Allemagne envers la Grèce). Editions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2012, 286 p., 9,90 €. ISBN 978-960-14-2570-2.
D'après le général de Gaulle, Manolis Glezos a été le premier résistant grec à l'occupant nazi. Aujourd'hui député du parti de gauche Syriza, il dénonce dans ces pages les dettes de l'Allemagne envers la Grèce, le « génocide » du peuple grec par les nazis, le coût de l'occupation, le sang versé… Et d'accuser: c'est un chèque qui n'est pas acquitté. Aux yeux de l'auteur, l'Allemagne a le devoir juridique et historique, l'obligation morale surtout de s'acquitter de ses dettes envers la Grèce. Aujourd'hui âgé de 92 ans, il se demande ce qu'il se passe, pourquoi Berlin se comporte de manière si brutale ? Cherchant à comprendre le problème en l'envisageant sous tous les angles, il diagnostique notamment, sous le couvert d'un long oubli, un esprit de vengeance allemand qui se libère et la fureur rentrée contre la Résistance nationale. Il explique aussi que les Grecs ne ressentent pas de haine contre le peuple allemand et qu'ils restent attachés à tout ce qui peut préserver l'amitié entre les peuples grec et allemand, la condition nécessaire de cette amitié étant toutefois le dédommagement des torts causés...
(AKa)
*** NIKOS CHASSAPOPOULOS: ×ñõóÞ ÁõãÞ (Aube dorée). Ç éóôïñßá, ôá ðñüóùðá êáé ç áëÞèåéá (L'histoire, les personnes et la vérité). Éditions Livanis (voir coordonnées supra). 2013, 170 p., 9,90 €. ISBN 978-960-14-2634-1.
Que cache l'Aube dorée ? S'agit-il d'un parti-comète ? D'un mouvement idéologique ? D'une construction politique qui se transforme en caméléon en fonction de la situation ? Comment ce parti a-t-il vu le jour, s'est-il formé ? Quels en étaient et en sont les principes idéologiques, les modèles politiques qui y prévalent (ou, du moins, qui y prévalaient jusqu'au coup de filet opéré par les autorités grecques à la tête de ce parti) ? Dans ce livre, le journaliste Nikos Chassapopoulos retrace l'histoire d'Aube dorée, se centrant en particulier sur la figure du chef du parti, Nikos Michaloliakos, sur les origines idéologiques de cette formation extrémiste et sur ses changements occasionnels d'image, sa dernière percée électorale l'ayant un temps incitée à brouiller les pistes quant à ses intentions politiques profondes. Le livre est l'aboutissement d'une enquête journalistique fouillée qui tourne à l'acte d'accusation étayé.
(AKa)
*** Region & Cities of Europe. Comité des Régions (99-101 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél.: (32-2) 22822211 - Internet: http://www.cor.europa.eu ). Octobre 2013, n° 84, 20 p.. Cette revue du Comité des régions ne sera plus publiée sous format papier qu'en anglais, les autres versions étant disponibles sur le site.
(MT)
*** GÜNTER HERZIG (sous la dir. de.): Jahrbuch. Europarecht. NWV Neuer wissenschaftlicher Verlag GmbH (6 Faradaygasse, Ö-1030 Vienne. Tél.: (43-1) 7963562-24 - fax: 7963562-25 - Courriel: office@nwv.at - Internet: Error! Hyperlink reference not valid.2013, 522 p.. ISBN 978-3-7083-0921-7.
L'annuaire de droit européen pour 2013 qu'a coordonné Günter Herzig, de l'Université de Salzbourg en Autriche, offre un aperçu des développements du droit européen au cours de l'année écoulée, et ce dans les branches les plus variées des différentes politiques européennes. Les thèmes traités sont subdivisés en chapitres et articles différents qui reprennent les normes juridiques édictées au niveau européen sur un thème donné, en les détaillants et les analysants (que ce soient des règlements, des directives ou de la jurisprudence européenne). La jurisprudence autrichienne relative à ces questions est aussi présentée et commentée.
(GLe)
*** TOBIAS WAGNER: Regionale wirtschaftliche Integration und die Europäische Union. Eine Untersuchung unter besonderer Berücksichtigung der Stabilisierungs- und Assoziierungsabkommen mit den Staaten des westlichen Balkans. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Res Publica. Öffentliches und internationales Recht", n° 17. 2013, 520 p., 57,95 €. ISBN 978-3-631-64068-5.
Après un rappel historique du rôle et des compétences de l'Union européenne, Tobias Wagner présente dans sa thèse une typologie des différents types d'intégration régionale possibles (de la simple zone préférentielle à l'espace économique et monétaire), tout en rappelant que les accords d'intégration régionale vont parfois au-delà de l'économie et incluent des clauses politiques, relatives à la démocratie, l'état de droit et aux droits de l'homme. Dans le domaine économique, l'Union représente un exemple illustratif d'intégration puisque, outre le processus d'intégration interne qu'elle incarne, elle est également partie prenante à des accords commerciaux avec de nombreux pays dans le monde, dont l'auteur présente en détail les fondements juridiques. Tobias Wagner met ensuite en pratique les éléments de théorie ainsi présentés pour analyser la politique de l'Union européenne vis-à-vis des Balkans occidentaux, à savoir les pays de l'ex-Yougoslavie moins la Slovénie et plus l'Albanie). Récemment frappés par plusieurs guerres mais ayant vocation à intégrer l'Union, les Balkans occidentaux revêtent pour cette dernière une signification toute particulière, ce qui apparait clairement dans le contenu des accords entre l'Union et ces pays, qu'il s'agisse des accords intérimaires conclus avec la Serbie ou la Bosnie-Herzégovine ou les accords d'association et de stabilisation avec l'Albanie, la Macédoine, la Croatie ou le Monténégro. Les deux derniers cas cités servent, selon l'auteur, d'exemples types d'accords d'association et de stabilisation et ils font d'ailleurs l'objet d'une étude spécifique reflétant les exigences poussées de l'Union en termes de justice et d'affaires intérieures, ainsi que la notion de conditionnalité dans l'application de ces accords. Ce sont en fait des accords préliminaires à l'adhésion à l'Union. Par la suite, la conformité de ces accords aux normes juridiques de l'Organisation mondiale du commerce et de l'Union est étudiée avec minutie. D'une manière générale, l'auteur semble un peu gêné par sa volonté de considérer les Balkans occidentaux comme un ensemble, alors que les résultats de son analyse et les faits mettent en évidence des situations fort diverses entre les différents pays. Mais ceci ne retire rien au grand intérêt de son travail. En fin d'ouvrage, deux résumés en langues anglaise et polonaise feront honneur aux non-germanophones et, partant, à la diversité linguistique.
(GLe)
*** ANTOINE FLEURY, FRANZ KNIPPING, DUSAN KOVÁC, TOMASZ SCHRAMM (sous la dir. de): Formation et décomposition des États en Europe au 20e siècle / Formation and Disintegration of European States in the 20th Century. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « L'Europe et les Europes (19e et 20e siècles) ». 2012, 287 p., 46,50 €. ISBN 978-90-5201-860-7.
Ce livre rend compte du Congrès mondial des Sciences historiques organisé en 2010 et d'un colloque de l'Association internationale d'histoire contemporaine de l'Europe en 2012. Dans un premier temps, quatre auteurs éclairent les origines et les conséquences de la chute des empires ottoman, allemand et italien, entre autres à la lumière des transformations territoriales du continent. Une attention similaire est ensuite accordée à la chute de l'empire des Habsbourg et à celle de l'empire né à l'Est jusqu'à la fin de l'ex-Union soviétique. Dans ce cadre, c'est la problématique de l'État-nation pris dans un contexte plus vaste qui se trouve abordée à la lumière des cas polonais, hongrois, tchéco-slovaque et balte. Cette approche visant à mesurer les limitations de la souveraineté des États est même étendue au cas bien différent de l'Union européenne qui n'en pose pas moins, selon les auteurs, des questions d'ordre économique et politique, voire militaire.
(PBo)