Liège/Bruxelles, 18/10/2013 (Agence Europe) - À l'approche des élections européennes, l'Union européenne risque de payer le prix de décisions approuvées à l'unanimité par les États membres et dont elle se retrouve souvent seule à endosser la responsabilité. C'est, en substance, le message que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a défendu tant bien que mal, lors d'un débat citoyen jeudi 17 octobre au soir à Liège (Belgique).
Si, de manière générale, le débat s'est déroulé de manière sereine, M. Barroso avait tout de même reçu un accueil plutôt frileux des jeunesses du Parti des travailleurs (PTB), le Comac, dont une centaine de sympathisants s'était réunie devant le théâtre où la rencontre avait lieu, brandissant le slogan: « Non à la 'Barrosostérité' ! ». Au cours du dialogue avec les citoyens, M. Barroso a essuyé les critiques de deux jeunes intervenants du public, qui l'ont tenu responsable des politiques d'austérité prônées en Europe et même du récent drame de Lampedusa ayant causé la mort de centaines d'immigrants tentant de rejoindre le continent européen. Clou du spectacle: des oeufs se sont abattus sur la scène, sans toutefois atteindre le Portugais !
« C'est facile d'être Européen quand tout va bien », a-t-il constaté, regrettant que les institutions européennes soient « très souvent le bouc-émissaire de problèmes nationaux ». Didier Reynders, vice-Premier ministre belge et lui aussi acteur du débat, a abondé dans le même sens. Selon lui, à l'issue de réunions du Conseil de l'UE, lorsqu'une décision positive est prise, les États s'en attribuent tout le crédit, alors que dans le cas contraire, « c'est toujours la faute de Bruxelles ». Or, a encore souligné M. Reynders, à peu près chaque décision est prise à « l'unanimité », chaque État ayant « fait le choix d'aller dans ce sens ». Et cet état de fait, aux yeux de M. Barroso, dans une période où les extrémismes ont le vent en poupe, est dangereux car il « donne des arguments » à ces courants. La menace qui plane ne serait donc pas uniquement liée à l'euroscepticisme, mais également à « l'indifférence » des pro-européens.
Sur la crise à proprement parler et dont la gestion est un terreau assez fertile pour les mouvements eurosceptiques, M. Barroso a souligné que l'Europe avait été contrainte de « construire des bateaux de sauvetage en pleine tempête ». De surcroît, la Commission, qui siège au sein de la 'troïka' avec le FMI et la BCE, a agi sur mandat des pays de la zone euro avec les moyens que ceux-ci lui fournissaient. En premier lieu, ce n'est pas la Commission qui a « invité le FMI » à rejoindre le trio de tête. Quant à l'austérité, elle résulte d'un calcul très simple entre objectifs à atteindre et montants des prêts mis à la disposition par les États.
Sur Chypre, qui a été contrainte à contribuer à son propre plan d'aide en infligeant des pertes sèches aux déposants non assurés des deux principales banques chypriotes, M. Barroso a expliqué le diagnostic de la Commission: l'île avait besoin de 16 milliards d'euros alors que l'eurozone s'était engagée à fournir maximum 10 milliards.
« Vous croyez qu'on a intérêt à causer plus de souffrance ? », a répondu l'ancien Premier ministre portugais à une interpellation virulente de Véronique De Keyser (S&D, belge). « Il est difficile de dire que l'on a trouvé les bonnes recettes » pour faire face à la crise, a estimé l'eurodéputée, fixant à 15 millions le nombre de jeunes chômeurs au sein de l'UE. Et d'ajouter: « Quand je vois ce que la 'troïka' a demandé à des pays au bord de l'asphyxie, (…) des mesures de non-relance économique, vous ne nous avez pas aidé ». « Si l'on n'avait pas sauvé les banques, quelle serait la situation ? », s'est défendu M. Barroso, ajoutant que l'UE avait réussi à sauver l'euro et, par extension, à conserver la Grèce au sein de l'union monétaire, même quand beaucoup n'y croyait plus ou ne plaidait plus en ce sens. Il a évoqué, sans le citer, tel État membre qui avait menti sur l'état de ses banques, en brossant un tableau trop optimiste quand la Commission avait montré des signes d'inquiétudes. Quant à l'emploi en tant que tel, c'est une compétence nationale, a rétorqué M. Barroso, pour qui la Commission n'a « pas les instruments pour répondre aux citoyens ! ».
M. Barroso a appelé à la mise sur pied, au moins pour les pays de la zone euro, d'une union bancaire, puis budgétaire et politique. Mais ce n'est pas gagné car « certains États ne veulent pas entendre parler de fédéralisme », a-t-il constaté. M. Reynders a aussi plaidé pour une Europe politique qui représente les États membres lors d'événements internationaux comme les réunions du G7. (EL)