Bruxelles, 18/10/2013 (Agence Europe) - Reculer pour mieux sauter, c'est la stratégie du Parlement européen quand il s'agit de réformer la politique européenne des biocarburants, à en juger par le refus manifesté le 17 octobre par la commission parlementaire de l'environnement de donner une chance à un accord rapide sur le projet de réforme en faveur d'agrocarburants durables tant pour les pays en développement que pour le climat. Les députés ont en effet refusé de donner mandat à leur rapporteur, Corinne Lepage (ADLE, française), de débuter les négociations avec le Conseil de l'UE en vue de parvenir à un accord en première lecture sur les deux textes visant à plafonner, à l'horizon 2020, l'utilisation des agrocarburants dans les transports et à prendre en compte le facteur ILUC pour comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre liées à la production de ces biocarburants de première génération.
Dans ces conditions, escompter boucler le dossier avant les élections européennes de mai 2014 est une vue de l'esprit. L'adoption de la réforme est donc reportée à la Saint Glinglin.
« C'est un très mauvais signal. Les parlementaires nous montrent qu'ils ne prennent pas suffisamment au sérieux le changement climatique. Dans l'intervalle, les conséquences de la production de biocarburants à partir de terres agricoles s'aggravent: les émissions de CO2 s'accroissent et les terres destinées à la production alimentaire continuent à être utilisées pour produire des carburants », s'indigne Robijns de Birdlife Europe, un réseau d'ONG de conservation de la nature.
À l'opposé, les producteurs européens de biodiesel se réjouissent. De l'avis de l'EBB (European Biodiesel Board), le vote de la commission de l'environnement reflète les préoccupations croissantes que suscite le projet d'avancer précipitamment avec la législation ILUC « sur la base de motivations émotionnelles ».
« Après la publication de deux études sur l'ILUC qui font autorité, un éventail grandissant de décideurs soutiennent une approche plus prudente », estime M. Garofalo, secrétaire général de l'EBB (EUROPE 10913). L'organisation souhaite que l'ILUC et la politique de biocarburants de l'UE soient repensées dans une perspective internationale qui tienne compte des approches américaine et brésilienne et du point de vue de l'ISO (Organisation internationale de normalisation).
Le 11 septembre dernier, le Parlement européen avait marqué son accord pour plafonner à 6% l'utilisation des agrocarburants de première génération dans les transports à l'horizon 2020, accélérer la production de biocarburants avancés qui n'entrent pas en concurrence avec la production alimentaire dans les pays en développement et prendre en compte, en 2020, le facteur ILUC (changement indirect d'affectation des sols) dans les critères de durabilité des agrocarburants qui n'ont rien de « bio » afin de comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre résultant de l'utilisation croissante de terres agricoles pour alimenter les réservoirs des voitures. Il avait voté pour l'inclusion du facteur ILUC dans une seule des deux législations à l'examen, à savoir la directive 98/70/CE « qualité de l'essence et des carburants diesel » (mais pas la directive 2009/28/CE, dite « énergies renouvelables »). Mais il avait déjà refusé de donner mandat à Corinne Lepage pour débuter les négociations avec le Conseil (EUROPE 10919). (AN)