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Bulletin Quotidien Europe N° 10941
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) dÉmocratie

Pomianowski, nous n'avons aucune limite dans le cadre thématique

Bruxelles, 11/10/2013 (Agence Europe) - L'Union européenne a créé, en octobre 2012, un nouvel instrument pour promouvoir la démocratie dans les pays du voisinage de l'UE, le Fonds européen pour la démocratie (European endowment for democracy). Son directeur exécutif, Jerzy Pomianowski, a présenté à EUROPE ce fonds qui vient de financer six premières initiatives en Azerbaïdjan, en Arménie, en Égypte, en Géorgie et en Syrie. (Propos recueillis par CG)

Agence Europe: Quel est le but du Fonds européen pour la démocratie ?

Jerzy Pomianowski: Cette nouvelle organisation, créée par les efforts des États membres, de la Commission européenne et du Parlement européen, a pour but de soutenir les démocraties plus fragiles dans le voisinage de l'Europe. Nous avons un mandat géographique: le voisinage de l'Est - les pays du Partenariat oriental - et le voisinage du Sud, c'est-à-dire les pays du MENA.

Le système de soutien à la démocratie était relativement bien développé mais il y a toujours des limites et certaines lacunes. Notre nouveau fonds s'intéresse à ces limites et lacunes. Le premier élément est la vitesse d'action. Pour obtenir un soutien de la Commission européenne, cela prend presque 12 mois, en raison d'une bureaucratie assez importante. Ici, toutes les décisions doivent être prises très vite: 12 semaines maximum entre la soumission de la demande et la décision de financement. Les ONG disent souvent « peu importe si vous donnez ou non de l'argent, mais dites-nous quelle est votre décision. Parce que nous devons planifier notre activité ».

Le deuxième élément est le type d'actions. Beaucoup de bailleurs de fonds ne peuvent pas financer des organismes qui ne sont pas enregistrés. Cette possibilité de financer des activités de groupes bien connus mais pas encore enregistrés, c'est vraiment un grand changement.

Le troisième élément est le soutien aux activistes individuels. C'est une opportunité unique. Le fonds peut apporter un soutien aux personnes reconnues comme actives dans la société mais dont les activités sociétales limitent leurs activités professionnelles. Obtenir une assistance de base qui permet d'avoir des fonds pour des activités de la vie quotidienne est une option extrêmement importante pour faciliter le nouveau leadership pro-démocratie.

C'est donc pour cela que ce fonds a été créé alors qu'il existe déjà l'instrument pour la démocratie et les droits de l'homme, l'instrument de stabilité et la facilité pour la société civile ?

Oui exactement. Si notre assistance est efficace et bien placée, nos partenaires pourront, dans quelques mois, remplir une demande pour les instruments financiers de l'UE plus grands et à plus long terme mais aussi de bailleurs bilatéraux.

Comment faites-vous pour choisir les personnes que vous aidez ?

La première chose est d'obtenir la demande formulée par les personnes ou le groupe qui pensent mériter le soutien. Nous essayons d'informer tous les activistes, groupes politiques et ONG que nous existons et que nous n'avons aucune limite dans le cadre thématique. Nous sommes intéressés par toutes les activités sociales ou politiques qui se focalisent dans la création de sociétés démocratiques, c'est-à-dire qui respectent le pluralisme, le principe de non-violence et qui reconnaissent les valeurs démocratiques de base. Si ces conditions sont remplies, peu importe le type d'activités (journalisme, activisme politique, gouvernance locale, droits de l'homme, droits de la femme), peu importe qui et peu importe quoi.

Comment pouvez-vous être sûr que ces fonds seront bien utilisés ?

Nous venons de commencer ; c'est donc une question difficile. Pour chaque décision de financement, nous devons rester attentifs, faire un monitoring assez fort, une évaluation du projet. De plus, notre fonds peut prendre un peu plus de risques que les autres. C'est important car nous travaillons avec de nouvelles organisations, de nouveaux leaders.

Si quelqu'un ne respecte pas le programme, doit-il rembourser les fonds ?

Le remboursement sera difficile mais nous allons toujours le demander. La méthode la plus facile est de débourser nos fonds progressivement, en mesurant les résultats. Chaque fois que nous aurons un doute, nous arrêterons: nous minimalisons les risques de mauvais déboursement.

Combien de demandes avez-vous déjà reçues ?

Nous sommes ouverts aux demandes depuis mi-août et nous avons reçu plus de 150 demandes. Pour le moment, elles viennent un peu plus des pays du Partenariat oriental, qui sont un peu mieux préparés pour fournir une demande. Les grandes nations de la région MENA, la Syrie ou l'Égypte, sont dans une situation très grave, leurs priorités sont différentes pour le moment. J'espère que cela explique un peu pourquoi les pays du Sud ont préparé un peu moins de demandes que ceux de l'Est.

Quel est le montant des aides ?

Nous estimons que l'échelle de soutien sera entre 10 000 et 150 000 euros. Cela correspond à notre budget général. Nous avons maintenant 18 millions d'euros pour les trois premières années (2013-2015). Ce ne sont pas de très grands fonds mais c'est suffisant pour des actions assez directes et bien orientées, le but étant de créer un impact dans le contexte spécifique de chaque pays.

Lors d'une conférence en mai, vous faisiez part des difficultés d'obtenir les contributions de certains pays, tels que l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Où en est-on désormais ? Quels sont les plus gros contributeurs ?

L'Allemagne, après de longues délibérations, a décidé de donner un million d'euros pour soutenir le Fonds européen pour la démocratie en 2014. Les plus grands contributeurs sont la Pologne (5 millions pour trois ans), la Suède et le Danemark (un million par an chacun). Les Pays-Bas et la Suisse sont d'autres grands donateurs.

Nous avons des contributions limitées d'un point de vue financier mais très symboliques de pays comme l'Estonie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie ou encore la Hongrie. Cela montre que ces nouveaux pays voudraient prendre plus de responsabilités dans les actions communes européennes. Et ils disent qu'ils ont le plus de qualifications pour les activités en faveur de la démocratie car leur légitimité a été construite sur la base de leur propre expérience de transformation démocratique.

Des pays dits importants en termes de politique étrangère, tels que la France ou le Royaume-Uni, sont moins présents ?

Oui. Nous devons continuer à faire pression auprès des gouvernements français, britannique, espagnol, italien…pour qu'ils trouvent dans leur budget une somme pour soutenir le Fonds européen pour la démocratie et pour montrer aux nouveaux pays qu'ils respectent leurs engagements de les soutenir.

Devez-vous demander l'autorisation du Comité exécutif avant de verser des fonds ?

Les décisions de déboursement de fonds sont prises par le comité exécutif composé de sept personnes. Il peut prendre des décisions assez rapidement et nous pouvons lui demander de voter par e-mail, sans se réunir, si le besoin en est. Il discute la recommandation du directeur exécutif et du secrétariat. Donc avant, nous demandons l'opinion de différents partenaires externes: ambassadeurs, délégations, experts… Puis c'est le « coaching ». Nous discutons avec le demandeur pour voir ce qu'il veut faire, s'il est possible de faire la même chose avec moins d'argent, bref de tous les éléments qui peuvent reconstruire la demande. Le produit final du projet n'est pas nécessairement la copie exacte de la première demande. Et, si pendant ce processus, notre réponse pour une aide est non, le partenaire a ce sentiment positif que quelqu'un a écouté et respecté son travail.

Pensez-vous élargir le champ d'action ?

Nous sommes dépendants des pays présents dans le conseil d'administration: ses membres décident des priorités géographiques et thématiques. Légalement, il n'y a aucune limite, nous pouvons aller à Cuba, en Chine, en Russie, en Birmanie, mais s'ils nous demandent de faire plus, j'attends plus de contributions !

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