Bruxelles, 09/10/2013 (Agence Europe) - L'Union européenne « ne peut pas détourner la tête » des drames de l'immigration comme celui de Lampedusa et « le problème de l'un de nos pays, comme l'Italie, doit être considéré comme un problème de toute l'Europe ». C'est avec ce message que José Manuel Barroso est venu, mercredi 9 octobre, rendre hommage à Lampedusa aux migrants ayant péri le matin du jeudi 3 octobre en tentant de rejoindre les côtés italiennes. Un naufrage qui a fait au moins 300 victimes, les secours craignant même un bilan de 390 morts. Le président de la Commission européenne se rendait sur la petite île en compagnie de la commissaire Cecilia Malmström et du chef du gouvernement italien, Enrico Letta, où ils ont d'ailleurs été accueillis sous les huées des habitants, rapporte l'AFP. La veille, les ministres de l'Intérieur de l'UE s'étaient réunis à Luxembourg et, si le principe d'une nouvelle mission de sauvetage et de sécurité en Méditerranée a été acté, aucun moyen concret n'a encore été arrêté.
Lors d'une conférence avec le Premier ministre Letta, le président Barroso a toutefois annoncé que l'UE mettrait 30 millions d'euros supplémentaires à destination de l'Italie pour l'aider à gérer les flux migratoires. En 2013, le pays a déjà reçu 137 millions d'euros au titre des Fonds européens en lien avec la gestion des frontières. Mais la Commission ne pouvait pas encore donner, mercredi après-midi, le détail de cette nouvelle enveloppe.
L'agence Frontex, basée à Varsovie, a également indiqué mercredi qu'elle allait doter l'Italie de deux millions d'euros supplémentaires, après le naufrage au large de l'île de Lampedusa, a annoncé son vice-directeur, Gill Arias. « Nous avons décidé de redistribuer deux millions d'euros de notre budget à l'Italie, lui donnant la priorité sur d'autres missions, afin de prolonger l'opération Hermès jusqu'à novembre », a-t-il annoncé à l'agence Ansa. L'opération Hermès concerne les îles Pélage, dont Lampedusa. Le vice-président a toutefois précisé que ce soutien supplémentaire à Rome, alors que les fonds 2013 de Frontex sont quasiment déjà épuisés, avait été décidé avant la catastrophe de la semaine dernière.
Des ressources supplémentaires, financières et autres, c'est aussi ce que la commissaire Malmström est venue demander mardi à Luxembourg aux ministres de l'Intérieur. Sans s'engager formellement, ils ont marqué leur accord pour évoquer en détail les contours d'une éventuelle mission.
Dans un communiqué, les Verts/ALE au Parlement européen ont en tout cas exprimé leur déception quant à l'issue de la réunion des ministres à Luxembourg. « Aux antipodes du souhait exprimé par le président du Parlement européen que le drame de Lampedusa marque un tournant de la politique migratoire de l'UE, le Conseil JAI a décidé de renforcer la lutte contre 'la criminalité et l'immigration illégale' en faisant appel à Frontex », a déploré la Française Hélène Flautre. « La stratégie reste fondamentalement la même: un migrant sauvé est d'abord un migrant refoulé. L'annonce d'une vaste opération de sauvetage de Chypre jusqu'à l'Espagne par la Commission européenne reste abstraite en l'absence d'analyse de l'échec de l'opération Hermès au large de Lampedusa et sans détail sur ses objectifs et modalités ».
Jeudi, au Parlement européen, sera voté un rapport portant sur un instrument destiné à prévenir ces catastrophes, à savoir le système Eurosur (système européen de surveillance des frontières) qui doit appuyer les États membres dans leurs efforts pour limiter « le volume de ressortissants de pays tiers pénétrant illégalement sur le territoire de l'UE », en améliorant la connaissance de la situation à leurs frontières extérieures et en augmentant la capacité de réaction de leur service de renseignement et de contrôle des frontières, comme l'explique la Commission. Mais son rapporteur a lui-même déjà posé les limites de cet outil qui, certes, améliorera un peu la situation mais « ne pourra pas résoudre entièrement le problème » ni « empêcher les gens de venir », a dit Jan Mulder (ADLE, néerlandais).
Le président Barroso a en tout cas clamé à Lampedusa que « ce genre d'événement ne devrait pas se produire » en Europe. « Il faut des efforts plus poussés, cela exige une plus grande coopération entre tous les États membres », a-t-il dit. Le président français, François Hollande, a pour sa part annoncé mercredi qu'il proposerait « dans les prochains jours une politique » aux partenaires européens de la France pour répondre au drame de Lampedusa. (SP)