Bruxelles, 03/10/2013 (Agence Europe) - Le président du mouvement politique grec d'extrême gauche Syriza, Alexis Tsipras, a mis en garde contre la « catastrophe humaine » en vue si l'eurozone n'opère pas un changement radical de stratégie envers les pays sous assistance financière, lors d'une visite au Parlement européen, mercredi 2 octobre.
Il a étayé son propos en affirmant que les citoyens étaient en colère et que les récents développements en Grèce démontraient que la montée de l'extrémisme était une menace réelle, qualifiant par ailleurs le parti grec d'extrême droite 'Aube Dorée' d'organisation criminelle.
Les élections allemandes derrière nous, « il est temps de dire aux citoyens la vérité », a-t-il déclaré. En clair: « l'austérité n'est à l'évidence pas la solution » et le programme d'ajustement mis en œuvre en Grèce « a échoué à atteindre ses objectifs en termes économiques et sociaux ».
La Commission européenne a, à maintes reprises, souligné que, dans le cas de la Grèce, le principal problème vient des lacunes dans la mise en œuvre du programme. Dans ses derniers rapports de suivi, elle a salué la détermination du présent gouvernement grec à rester fidèle aux termes du programme malgré certains retards, notamment du côté des privatisations.
M. Tsipras a également critiqué la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), dénonçant une entité « non élue et non supervisée », qui impose des politiques d'austérité aux citoyens qui n'ont « rien à dire sur le cours des événements ». Et Nikos Chountis (GUE/NGL, Grèce) d'abonder dans ce sens, soulignant que le Parlement européen était la seule institution élue et que « personne » n'écoutait ce qu'il avait à dire sur le « mémorandum » qui lie les pays sous assistance à leurs créanciers.
Si le tableau qu'a brossé M. Tsipras est loin d'être rose, il a vu dans les élections européennes à venir la chance de se détourner de l'austérité et de « travailler ensemble ». L'Allemande Gabi Zimmer, chef de file du groupe GUE/NGL au PE, a préconisé de mettre l'accent sur le besoin de solidarité entre États membres. Elle a évoqué la dette grecque, estimant que lorsque les citoyens luttaient à ce point, il était « absurde d'avoir des discussions sur le remboursement de la dette ». « L'UE a la responsabilité de créer les conditions qui garantissent que les citoyens vivent dans la dignité », a-t-elle estimé. M. Tsipras, qui a aussi rencontré le commissaire chargé des affaires sociales, Lazslo Andor, a précisé que celui-ci avait estimé qu'il fallait une décote sur la dette pour la rendre viable. Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, lui avait également proposé une entrevue mais qui n'a pas eu lieu pour des raisons d'agenda.
Enfin, sur la présidence grecque du Conseil de l'UE, dont le coup d'envoi sera lancé en janvier 2014, M. Tsipras a affirmé que les « attentes ne sont pas très élevées parce que le gouvernement grec n'est pas préparé pour un tel événement ». Et de tancer le gouvernement Samaras en le jugeant « instable » et pas à l'abri d'élections anticipées « à tout moment ».
Réduction de la dette, Samaras craint que l'eurozone procrastine. Mardi 1er octobre depuis Washington, le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a prévenu que, lorsqu'il s'agit de la réduction du fardeau de la dette grecque, l'important est « de ne pas trop procrastiner pour trouver une solution ». Interrogée sur ces propos, la Commission européenne a refusé de commenter.
La condition pour que les partenaires de la Grèce décident de soulager ce fardeau tient à la condition que le pays dégage un excédent budgétaire primaire, ce qui devrait avoir lieu en 2013 et être formellement confirmé par l'Office statistique de l'UE (Eurostat) au printemps 2014. « Quant à la manière de réduire la dette, c'est une autre histoire », a-t-il ajouté. Certains observateurs parient que les langues des Européens se délieront à ce sujet, les élections allemandes désormais passées. Le directeur général du FESF, Klaus Regling, a néanmoins évoqué une possibilité d'allonger les maturités des prêts et de diminuer les taux d'intérêts qui y sont adossés. À Washington, M. Samaras s'est entretenu avec la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui l'a encouragé à aller de l'avant sur les réformes structurelles et institutionnelles. (EL)