Bruxelles, 03/10/2013 (Agence Europe) - La construction européenne, une des plus grandes réussites politiques du XXème siècle, risque-t-elle de devenir le plus grand échec du XXIème ? Les citoyens européens sont de plus en plus déçus car ils ne voient guère ce que l'Europe leur apporte. La force du projet initial tenait à sa capacité de créer des solidarités ; dans le monde agricole par exemple avec la Politique agricole commune ou bien à travers la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). C'était là son moteur et sa légitimité.
À présent, l'Union européenne apparaît comme une source de divisions et de concurrences stériles. La crise a mis à mal le principe de solidarité entre les États européens mais également au sein des populations avec un accroissement des inégalités. À travers des législations comme la directive “services”, l'Union européenne est aussi celle qui légalise le dumping social. Les entrepreneurs, pourtant généralement les premiers à soutenir l'idée européenne, ne se retrouvent plus dans cet ensemble de règles, non seulement tatillonnes mais vécues comme un frein à leur développement sans apporter d'opportunités nouvelles.
En abandonnant ses valeurs fondamentales, l'Europe a renié progressivement son modèle social, son identité, toute une série de références auxquelles les gens étaient attachés. Perçue par les citoyens comme le véhicule d'une mondialisation sauvage, elle a ainsi nourri l'euroscepticisme qui n'épargne aucun État Membre.
La perspective, aux prochaines élections européennes, d'un record en matière d'abstention ou d'un hémicycle marqué par une proportion importante de députés opposés à la construction européenne est bien réelle. Mais autant que les raisons du mécontentement des Européens.
Oui l'Europe a fait de grandes choses, mais elle s'est perdue en route. Et pour retrouver la confiance des citoyens, elle doit les convaincre qu'elle n'est pas une partie du problème mais qu'elle est une partie de la solution.
Une solidarité ça se crée, ça ne se décrète pas.
L'Union européenne doit à présent démontrer qu'elle peut encore proposer un projet commun.
Pour cela, elle doit commencer par écouter les citoyens. En Grèce, en Pologne, en Bulgarie…partout où je suis allé ces derniers mois, la même demande. Chefs d'entreprise, jeunes diplômés, bloggeurs, membres d'ONG, tous m'ont exprimé le même besoin de se sentir compris, associés et épaulés. D'ailleurs l'histoire européenne est remplie d'exemples d'avancées sociétales initiées à la suite d'une consultation de la société civile comme le Congrès de la Haye en 1948, à l'origine des textes fondateurs européens qui ont suivi dont la charte européenne des droits de l'homme.
Pour convaincre, l'Europe doit apporter des réponses concrètes aux problèmes que les gens rencontrent dans leur vie quotidienne et remettre les citoyens au cœur de ses préoccupations. Rappelons-nous que la libre circulation des capitaux n'est une fin en soi; elle a vocation à accompagner les chefs d'entreprise dans le développement de leur entreprise, à aider au lancement de nouveaux projets, à dynamiser la croissance et la création d'emplois. Et les idées qui circulent en Europe sont nombreuses. Le Comité que je préside soutient ainsi le projet de revenu minimum européen dans une Europe où les caissières bulgares gagnent moins que certaines de leurs homologues en Chine. Pour rendre véritablement efficace la Garantie européenne pour la Jeunesse qui s'engage à ce que tout jeune ait un emploi, un stage ou une formation, nous proposons qu'elle soit étendue jusqu'à l'âge de 30 ans - aujourd'hui elle est limitée à 25 ans- et qu'elle bénéficie aussi aux régions qui ont moins de 25% de chômage des jeunes pour pouvoir agir en amont du problème. Dans cette même perspective, pourquoi en confier la mise en œuvre aux administrations nationales qui ne connaissent pas la réalité du terrain, au lieu de faire confiance aux partenaires sociaux, Chambres de commerce ou associations ? Ce sont toutes des propositions concrètes et accessibles - actuellement plusieurs milliards d'euros dans les fonds structurels ne sont pas consommés - en réponse à des problématiques majeures pour les populations. Le chômage touche jusqu'à 60% des jeunes dans certains pays comme la Grèce.
Pour une Europe solide et solidaire
À plus long terme, nous devons construire une Europe solide, capable de protéger les populations face aux crises mondiales. Les marchés financiers doivent revenir au « long terme » pour mettre fin aux dérives du « tout finances ». Il faut relancer le standort Europa - à l'image du standort Deuschland de Schröder qui voulait faire de son pays un lieu attractif pour les investissements et l'emploi - et se donner les moyens de faire émerger de véritables leaders européens sur les marchés mondiaux. En matière de commerce international, l'Union européenne doit revenir aux sources de l'Organisation mondiale du Commerce, fondée sur les principes de réciprocité dans les échanges en exigeant également le respect des critères sociaux et environnementaux des pays qui veulent vendre leurs produits et services dans l'Union.
Une Europe solidaire. Sans lien social et sans projet commun, l'Europe ne peut être attractive pour les citoyens. La création de véritables politiques communes fera des entrepreneurs, salariés, jeunes, tous Européens et tous solidaires. L'Europe doit revenir à l'esprit communautaire de ses débuts !
Jean Monnet disait: “Quand une idée est nécessaire, il ne faut pas se demander si elle est possible, il faut la rendre possible.” Le Comité économique et social européen et moi-même sommes convaincus que l'Europe est nécessaire. Et nous ferons tout pour la rendre possible. Maintenant. Henri Malosse est président du Comité économique et social européen.