Bruxelles, 12/09/2013 (Agence Europe) - Digne d'un scénario catastrophe, Oxfam International prévient de l'apparition d'ici 2025 de 25 millions de pauvres (moins de 60% du revenu médian) supplémentaires en Europe. Dans un rapport publié jeudi 12 septembre, cette confédération d'organisations indépendantes, luttant « contre les injustices et la pauvreté », met en garde l'UE contre ses politiques d'austérité. Des politiques « mal conçues », qui sapent le modèle social européen et divisent les pays et le continent dans son ensemble, tout en « enracinant la pauvreté pour toute une génération », estime-t-elle.
Pour justifier ces affirmations, Oxfam a remis au goût du jour un précepte de Karl Marx: « Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre ». C'est en effet en se référant aux divers plans de sauvetage appliqués par le FMI et la Banque mondiale dans les années 1980 et 1990 que le rapport, intitulé 'A cautionary tale: the true cost of austerity and inequality in Europe', pointe le retour d'une logique économique qui a pourtant déjà montré ses conséquences dramatiques. Cette logique se distingue par la mise en avant de coupes radicales dans les budgets de la sécurité sociale, de la santé et de l'éducation, par une réduction des droits des travailleurs et une fiscalité inéquitable. « L'expérience européenne présente des similitudes frappantes avec les politiques d'ajustement structurel imposées en Amérique latine, en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne », remarque l'ONG. Pour décrire leurs résultats, Oxfam ne manque pas d'inspiration sarcastique: « Ces politiques ont été un échec, un médicament qui a cherché à combattre la maladie en tuant le malade ».
Une telle comparaison historique est depuis longtemps mise en avant par une figure mondialement connue et qui représente le courant dit du 'nouveau keynésianisme'. Il n'est ainsi guère surprenant que Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d'Économie, cautionne le rapport d'Oxfam et soit en même temps l'auteur de l'épigraphe d'introduction. Il y dénonce « la vague d'austérité économique parsemée en Europe », avec le risque « de faire des dommages graves et permanents au modèle social longtemps chéri par le continent ». Une telle approche « contribue à une inégalité qui maintiendra longtemps la faiblesse économique et contribue inutilement, pour de nombreuses années, à la souffrance des chômeurs et des pauvres », ajoute-t-il.
Le rapport d'Oxfam tente justement d'apporter des chiffres à l'appui de cette dernière affirmation. Les estimations obtenues présagent qu'entre 15 et 25 millions d'Européens en plus seront touchés par la pauvreté d'ici à 2025, si la même politique d'austérité est maintenue. Et il faudra entre 10 et 25 ans pour faire revenir le taux de pauvreté à celui que connaissait l'Europe avant 2008. En même temps, Oxfam souligne avec ironie que l'austérité a quelques avantages: environ 10% des Européens ont en effet vu leur richesse croître. Un avantage directement imputable à l'austérité, qui favorise une répartition inéquitable des richesses, dénonce l'organisation. Y a-t-il une voie de sortie ? Oui, pour la directrice du bureau européen d'Oxfam, Natalia Alonso: « Un nouveau modèle de prospérité est possible. (Il faut) investir dans les écoles, les hôpitaux, le logement, la recherche et la technologie et des millions d'Européens pourraient être mis au travail et soutenir une économie durable ». (JK)