Position britannique et ses répercussions. La dernière interview de David Cameron sur le rapport entre son pays et l'UE mérite quelques remarques. Il constate que ses concitoyens sont de moins en moins enthousiastes à l'égard de la participation à l'Union européenne ; personnellement, il dit ne pas être isolationniste, mais le danger existe que la Grande-Bretagne glisse vers la sortie. Toutefois, il précise: je ne veux pas que ceci arrive. Il appelle donc à ne pas reculer devant les problèmes et à les discuter ouvertement au niveau communautaire, au lieu de faire semblant qu'ils n'existent pas. En d'autres mots, il préconise une véritable négociation sur les modalités de la participation britannique, avant le référendum national prévu pour 2017 au plus tard.
Ces réaffirmations impliquent que: a) l'Europe à deux vitesses est de plus en plus incontournable si l'on souhaite que le R.-U. reste dans l'UE ; b) M. Cameron a parlé exclusivement de Grande-Bretagne et jamais de Royaume-Uni, ce qui indique que l'Écosse n'entre pas dans son raisonnement.
Ce que cache parfois l'immigration illégale. L'UE a sans doute le devoir d'accueillir les réfugiés qui fuient les conflits ou la misère ; ceux qui frappent aux frontières européennes, il faut les aider. Mais il faut tenir compte aussi des raisons qui justifient parfois une certaine prudence. Prenez le cas de la Grèce: ses citoyens sont soumis à de lourds sacrifices pour que leur pays reste dans la zone euro et ils ne sont pas en mesure d'accueillir des masses de réfugiés. Et sur un plan plus général la prudence est parfois nécessaire. C'est un jeu facile d'accuser l'UE d'un manque de générosité, la bonté apparente peut sous-entendre des intérêts moins nobles.
Je m'explique. L'appui à l'immigration illégale cache parfois des motivations telles que disposer de main-d'œuvre à bas prix pour l'économie souterraine ou fournir de la main-d'œuvre à la criminalité organisée. Les avantages pour quelques-uns vont au détriment de l'ensemble de la population et le coût pour les pays d'accueil devient très lourd. Ceux qui, de bonne foi, se battent pour l'ouverture à tous les réfugiés deviennent parfois les instruments inconscients d'objectifs douteux. Et pour certaines catégories de « clandestins », il est plus facile de frapper à la porte de l'UE pour obtenir un accueil dans la vieille Europe fatiguée, que d'agir pour mettre fin à des conflits injustifiables et cruels chez soi. En principe et sauf exception, je serais favorable à un critère simple: porte ouverte aux femmes et aux enfants, prudence à l'égard des hommes dans la fleur de l'âge.
Tensions croissantes avec la Russie ? Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE au Parlement européen, a été très ferme. Il a demandé la convocation d'un sommet extraordinaire UE-Russie pour discuter des droits de l'homme et de la démocratie, en estimant que la liste des anomalies (j'emploie là un doux euphémisme) s'allonge en Russie. Les autorités de Moscou refusent d'aborder avec l'UE leurs affaires internes ? M. Verhofstadt a alors parlé de « graves cas de corruption et de blanchiment d'argent impliquant des activités frauduleuses qui affectent l'UE », et il a demandé « à Europol, à l'Autorité bancaire européenne et à d'autres institutions d'enquêter sur les cas signalés de corruption en Russie ayant un lien avec l'UE ».
Cette initiative n'est pas subordonnée au cas spécifique d'Alexeï Navalny. Elle a un caractère général et elle s'ajoute aux positions, déjà signalées dans cette rubrique, de Mme Dalia Grybauskaite, présidente de la Lituanie (pays qui, on le sait, préside actuellement le Conseil de l'UE), favorable au resserrement des liens de l'UE avec les États du Partenariat oriental, afin qu'ils puissent sortir de la zone d'influence russe. En même temps il existe des initiatives qui visent à demander à la Russie de réduire le prix de son pétrole et de son gaz destinés aux pays de l'UE. Et on sait que d'autres divergences entre UE et Russie persistent dans le domaine commercial.
Égypte: une visite prématurée. Vue la gravité de la situation en Égypte, Catherine Ashton s'y est rendue personnellement. Initiative louable, résultats douteux. Souhaitait-elle rencontrer l'ex-président Mohamed Morsi ? Résultat: « On m'a assuré qu'il allait bien, qu'il était bien traité. » Élections rapides ? Réponse: le processus pourrait prendre de 6 mois à un an. Et ainsi de suite. Elle a pu rencontrer président, vice-président, Premier ministre et ministres en grand nombre, et elle a même affirmé que le parti des Frères Musulmans de M. Morsi doit participer à l'avenir du pays. Pas un mot, je crois, en revanche, sur les trois causes essentielles du drame actuel (voir cette rubrique dans notre bulletin 10866).
Mon impression ? Mme Ashton aurait mieux fait de retarder son voyage. (FR)