Un accord à sauvegarder. Dans un certain nombre de pays de l'UE, l'enthousiasme pour le projet d'accord global avec les États-Unis s'est considérablement refroidi. Les objections ne concernent plus seulement l'exclusion du domaine culturel, elles portent à présent sur l'opportunité en elle-même d'un tel accord.
Cette rubrique a rendu compte d'autres perplexités, suscitées notamment par le coût de l'électricité, étant donné que le boom aux États-Unis de l'utilisation du gaz de schiste permettra à l'industrie américaine d'obtenir l'électricité à un coût radicalement plus bas (voir bulletin n° 10853). Mon objectif était d'affirmer l'exigence que l'Europe tienne compte de tous les aspects, certes pas d'inciter à abandonner le projet ! L'accord euro-américain est indispensable pour éviter que l'UE reste isolée et que les Américains abandonnent l'Atlantique pour concentrer leur attention sur l'Océan Pacifique.
Tenir compte des difficultés et des obstacles est indispensable pour négocier dans de bonnes conditions, mais pas pour saboter le projet ! Sans oublier l'urgence: si les négociations commencent en retard, elles ne pourront pas se conclure en temps utile, avant la fin de l'année prochaine. Renoncer à ce projet aurait pour l'Europe des conséquences désastreuses que certains milieux négligent.
Le vrai problème égyptien. Au-delà des divergences sur le fonctionnement controversé de la démocratie et des accords avec Israël, l'Égypte se rend compte que le problème dont dépend sa survie reste celui de l'eau du Nil, vital depuis toujours. L'Éthiopie a décidé de construire un immense barrage sur le Nil bleu, la partie du fleuve qui, après la confluence avec le Nil blanc, forme ce fleuve essentiel pour l'Égypte, que déjà Hérodote avait qualifié de don du Nil. Dans une réunion au Caire qui aurait dû être confidentielle, les représentants de toutes les forces politiques égyptiennes ont estimé qu'il fallait faire valoir le traité, remontant à l'époque coloniale, qui attribue à l'Égypte la faculté de s'opposer à tout projet nuisible pour ses intérêts vitaux ; en cas de refus, il n'y aurait d'autre solution que de détruire le barrage, que l'Éthiopie de son côté considère comme essentiel, car il en ferait le premier producteur africain d'électricité.
C'est la raison pour laquelle l'Égypte est sortie en pratique du groupe des pays du Printemps arabe, étant en fait géographiquement éloignée des pays du Maghreb et ses soucis et intérêts étant d'une autre nature.
L'équivoque grecque se complique. La Commission européenne et le FMI oublient l'essentiel. La polémique désagréable sur la politique appliquée ces dernières années à l'égard de la Grèce oublie les responsabilités de la Grèce elle-même. Le raisonnement théorique du FMI affirmant que, par une gestion différente, la crise grecque aurait pu être surmontée, fait abstraction du comportement des autorités d'Athènes, lesquelles ont continué à engager en masse des fonctionnaires inutiles (en augmentant leurs salaires) ou à ne pas collecter les impôts. Il était dès lors inévitable que le déficit public gonfle jusqu'à des niveaux insupportables. Le FMI et la Commission se bagarrent à présent en faisant abstraction de ces comportements et aussi de celui des banques qui, pour acheter des bons du trésor grecs, appliquaient des taux d'intérêt usuriers, justifiables seulement si leur remboursement n'était pas garanti.
La sortie de la zone euro et l'octroi à la Grèce de tous les soutiens des politiques communes de l'UE sont la seule voie du sauvetage, en laissant à certaines banques la responsabilité et les conséquences de leurs piratages. De son côté, la Grèce doit respecter ses engagements, notamment en matière de fiscalité et d'emplois publics. Le FMI restera de plus en plus en marge ; son texte polémique annonce son détachement.
Désintérêt populaire. L'opinion publique européenne a peu ou pas d'empathie pour le drame syrien. Voici comment elle le perçoit: - guerre féroce entre musulmans dont les différences religieuses ne sont compréhensibles que pour les spécialistes ; - citoyens d'un même pays dont le premier souci est de réclamer un maximum d'armes, les plus meurtrières, pour écraser le pouvoir en place ou a contrario les rebelles ;
- participation active de pays voisins de même religion pour des raisons difficilement compréhensibles ; - pays de l'UE qui se bagarrent pour savoir s'ils doivent intervenir en faveur d'on ne sait qui ; - Russie qui soutient le pouvoir d'el-Assad avec l'octroi aussi d'armes très modernes ; - Commission européenne qui doit consacrer de l'argent qui manque à l'aide de populations qui veulent la guerre. S'y ajoutent les jeunes musulmans qui ont obtenu la citoyenneté d'un pays de l'UE et partent pour combattre dans un conflit qui ne les concerne pas. Description en partie injuste ? Peut-être, mais elle correspond à ce que ressent une partie croissante de la population de l'UE, confrontée à des difficultés internes considérables.
(FR)