login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10847
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

Pour Stournaras, la recapitalisation directe des banques devrait être rétroactive

Bruxelles, 16/05/2013 (Agence Europe) - Athènes poursuit ses efforts et garde résolument à l'esprit qu'atteindre ses objectifs budgétaires d'ici la fin de l'année lui permettra, d'une part, d'obtenir une nouvelle réduction de sa dette, et d'autre part de soulager la population en desserrant l'étau de la cure de rigueur. Le ministre grec des Finances, Yannis Stournaras, estime que les Européens sont désormais plus « sages et mieux équipés » qu'au début de la crise. Cependant, il met en garde, dans un entretien accordé à EUROPE, contre les outils de bail-in, visant à protéger le contribuable des crises bancaires, qui peuvent bouleverser la stabilité financière (propos recueillis par Élodie Lamer).

Agence Europe: L'objectif est de dégager un excédent primaire d'ici la fin de l'année pour obtenir une nouvelle restructuration de la dette. Quel type de restructuration espérez-vous ?

Yannis Stournaras: L'objectif budgétaire est un excédent primaire nul cet année. Mais nous allons intensifier nos efforts pour dégager un excédent primaire positif pour être en position d'activer l'accord passé en novembre avec l'Eurozone. En novembre, la restructuration s'est faite à travers l'opération de rachat de la dette et la réduction des taux d'intérêts. Maintenant, un rachat de dette n'est pas possible. La décision pour réduire davantage le ratio dette/PIB n'est pas spécifiée dans la décision de novembre, mais cela pourrait se faire à travers une réduction supplémentaire des taux d'intérêts. Il est possible de les rogner davantage.

AE: Seriez-vous satisfait avec cela ?

YS: Oui.

AE: Allez-vous poussez pour un OSI ?

YS: C'est quelque chose qui pourrait être discuté, mais ce n'est pas spécifié dans l'accord. L'accord prévoit que cela se fera 'par des mesures appropriées', et celles-ci seront définies quand l'excédent primaire sera atteint. Je ne peux rien dire là-dessus, c'est trop tôt.

AE: Cet excédent permettra également de desserrer la bride de l'austérité. Quelle sera la priorité ?

YS: En effet, un autre accord passé avec la 'troïka' dit que si nous dépassons l'objectif de l'excédent, 70% du surplus pourra être utilisé pour des politiques sociales et le reste pour une réduction supplémentaire de la dette. La Grèce est dans sa sixième année de récession et quatrième d'austérité. Les gens sont fatigués. Il y a beaucoup de candidats pour les réduction d'impôts, la politique sociale… Tout le monde ne pourra pas être satisfait mais si nous dépassons notre cible, alors nous pourrons satisfaire certaines de ces demandes.

AE: Vous venez d'obtenir un accord avec la 'troïka' sur la réduction du secteur public, 25 000 personnes vont entrer dans un programme de mobilité, que va-t-il leur arriver ?

YS: Cela ne veut pas dire qu'ils seront licenciés. Cela signifie qu'ils seront transférés dans des endroits du secteur public où il y a une demande de capital humain. 15 000 vont partir sur base de sorties obligatoires mais ceux-là seront remplacés par des jeunes, recrutés sur le marché. Quand des personnes partiront à la retraite, pour cinq personnes s'en allant, une seule sera employée. Nous avons déjà réduit le nombre des fonctionnaires grâce à cette règle. Nous sommes confiants qu'entre 2010 et 2015, nous allons dépasser la cible de réduction de 150 000 unités du secteur public. Ces efforts ne concernent pas que les chiffres mais aussi la qualité et la promotion des jeunes.

AE: Existe-t-il en Grèce un tabou contre le licenciement dans le secteur public ?

YS: Les trois partis du gouvernement se sont mis d'accord sur le fait qu'il y aura 15 000 licenciements obligatoires.

AE: Comment améliorer la collecte des impôts ?

YS: L'évasion fiscale est vraiment un problème en Grèce, qui, à un certain degré, est lié à l'administration fiscale mais il y a aussi des raisons structurelles à cela, comme le fait que le pourcentage de travailleurs indépendants est plus important que dans d'autres pays de la zone euro. Nous avons augmenté le nombre de contrôles et de contrôleurs, mais aussi les sanctions. Une autre raison de l'évasion fiscale se situe dans les hauts taux d'imposition alors quand la situation s'améliorera, nous avons l'intention de les diminuer.

AE: Comment vit-on avec le salaire minimum en Grèce ?

YS: Avec de grandes difficultés car les prix ne sont pas tombés en conséquence. C'est seulement en mars et avril que l'inflation a été négative, ce depuis 1968. C'est pourquoi nous appliquons des mesures structurelles pour faciliter la réduction des prix.

AE: Que faites vous pour lutter contre le chômage ?

YS: La première dimension du chômage est l'effet cyclique. À moins que la croissance ne revienne, le chômage continuera de grimper. Nous nous attendons à ce que la croissance redevienne positive l'année prochaine, et donc que le taux de chômage commence à tomber en 2014. À part cela, nous avons des politiques actives pour l'emploi, financées par le Fonds social européen. De plus, les changements structurels dans l'économie faciliteront le transfert du personnel des industries en déclin vers les industries montantes.

AE: Comment peut-on rendre la confiance ?

YS: Cela sera fait quand la croissance sera ravivée, quand le chômage commencera à tomber et quand la Grèce sera fermement ancrée dans la zone euro. Cette incertitude a causé plein de problèmes. Maintenant, il est fermement établi que la Grèce ne quittera pas la zone euro. Nous avons toutes les preuves (que la confiance revient): les dépôts reviennent et les spreads sont tombés. La production industrielle, aussi, semble se stabiliser.

AE: Pouvez-vous me citez d'autres signes de reprise ?

YS: Nous attendons plus de 17 millions de touristes cette année. Dans un sens, cela compensera la crise à Chypre qui aura un impact négatif sur la croissance de notre PIB. À part cela, nous observons déjà une reprise dans le secteur agricole, avec des hausses des exportations et une baisse des importations.

AE: Où en est-on de la fusion BNG et Eurobank ?

YS: La priorité est de recapitaliser BNG, Eurobank l'a déjà été. L'immédiate priorité est la recapitalisation des quatre banques systémiques et la résolution des banques qui ne sont pas viables. Les quatre banques systémiques agiront comme des intégrateurs pour les petites banques. Après que nous ayons fini cette phase de restructuration, nous nous pencherons sur les possibles fusions ou même dispositions des actifs. La fusion BNG/Eurobank a été gelée. Dans son rapport de janvier, le FMI était enthousiaste à propos de cette fusion. Nous examinons les choses du point de vue qui maximisera la viabilité du secteur bancaire. Nous n'avons pas l'intention de créer un géant gouvernemental dans le système bancaire.

AE: La 'troïka' est souvent critiquée. Est-ce un bon système pour gérer la crise?

YS: Je ne sais pas si c'est bon ou mauvais, mais c'est nécessaire puisque la 'troïka' représente nos créanciers. Nous avons de bonnes relations de travail avec eux. Nous ne sommes pas toujours d'accord. Par exemple, je pense que les mesures budgétaires qui nous ont été imposées ont été plutôt excessives par rapport aux objectifs fixés. La Grèce a payé un lourd prix en partie pour la procyclicalité des politiques. Nous ne sommes pas parvenus à les convaincre de prendre en compte une réponse plus appropriée des politiques sur la croissance et le chômage.

AE: Pensez-vous que l'UE y a été trop fort et trop rapidement sur la consolidation budgétaire ?

YS: Dans le cas de la Grèce, l'effort budgétaire a été, à mon sens, trop sévère. Mais je reconnais aussi tout à fait que la Grèce était au bord de l'effondrement. Aussi, au début de la crise, nous n'avions pas les mécanismes pour gérer la crise. Maintenant, nous sommes plus sages et plus équipés.

AE: Craignez-vous une contagion de la crise chypriote ?

YS: Plus maintenant. Nous avons eu des effets négatifs. Nous avons eu quelques fuites de capitaux des filiales des banques chypriotes au moment de la crise mais la situation s'est à nouveau stabilisée.

AE: Malgré le PSI, la dette grecque est toujours très élevée. Était-ce une bonne idée ?

YS: La croissance a été négative pendant six ans et cela a fait beaucoup grimper le ratio dette/PIB. Ce n'est pas utile de critiquer aujourd'hui les décisions du passé. Peut-être y aurait-il eu de meilleures manières de réduire la dette. Le rachat de dette de décembre était peut-être une meilleure manière.

AE: Chypre aurait-elle du recevoir une compensation pour les pertes du PSI?

YS: Si l'on donne une compensation, alors il n'y aurait pas de PSI. Si vous donnez une compensation à l'un, il faut la donner à tout le monde. Qui va la donner ? Si on ouvre la boîte de Pandore des compensations, on ne sait pas où ça va finir.

AE: La Grèce n'aurait-elle pas pu donner deux milliards de son enveloppe pour la recapitalisation bancaire ?

YS: Chypre n'a pas demandé à la Grèce ces deux milliards. De toute façon, la Grèce n'a pas cette somme. C'est malheureux mais c'est un fait.

AE: Est-il possible que l'union bancaire voit le jour sans changement de traité ?

YS: Nous devrions commencer immédiatement avec le traité actuel et procéder à un changement de traité si nécessaire dans le long terme.

AE: Les banques grecques sont-elles candidates à la recapitalisation directe par le MES ?

YS: La recapitalisation des banques grecques sera finie dans quelques semaines. Cependant, quand la recapitalisation du MES sera en place, je pense que ce serait juste que celle-ci puisse se faire rétroactivement.

AE: Les déposants des banques devraient-ils être mis à contribution en cas de bail-in?

YS: En tant qu'économiste, je suis contre le concept du bail-in des déposants car il bouleverse le consensus d'après-guerre sur la stabilité financière. Dans tous les cas, les dépôts garantis doivent être protégés. Chypre devrait être une leçon à ne pas répéter. C'est pourquoi nous devons mettre en place l'union bancaire au plus vite. L'Eurozone est toujours exposée à de nouveaux risques sans une union bancaire adéquate.

AE: Quand vous présiderez l'Écofin, quelles seront vos priorités ?

YS: Sans aucun doute le chômage et l'union bancaire, c'est ce qui me vient maintenant à l'esprit.

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉDUCATION - JEUNESSE - CULTURE
ACTION EXTÉRIEURE
COUR DE JUSTICE DE L'UE
INSTITUTIONNEL